La voie du bonheur…

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Propos échangés entre Maitreya et Vidura… 

( Srimad-Bhagavatam – Chant 3 Chapitre 4 )

Verset 1

Sukadeva Gosvâmi dit:

« Vidura, le plus noble des membres de la dynastie Kuru, parfaitement accompli dans le service de dévotion offert au Seigneur, atteint la source du Gange céleste [à Hardwar], là où Maitreya, l’illustre sage au savoir infini, se trouve assis. Vidura, cet être d’une bonté infinie, comblé par la transcendance, s’enquiert auprès de lui. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Vidura avait déjà atteint la perfection grâce au service de dévotion pur qu’il offrait au Seigneur infaillible. Sur le plan qualitatif, tous les êtres distincts participent de la même nature que le Seigneur, mais sur le plan quantitatif, Celui-ci est infiniment plus grand que tout être distinct. Lui jouit à jamais de l’infaillibilité, tandis que les êtres distincts peuvent tomber sous l’emprise de l’énergie illusoire. Vidura avait déjà vaincu la nature faillible de l’être distinct prisonnier de l’existence conditionnée parce qu’il était acyuta- bhâva , ou véritablement absorbé dans le service de dévotion offert au Seigneur. Ce niveau d’existence, on le désigne par les mots acyuta-bhâva-siddha , indiquant la perfection atteinte par la pratique du service de dévotion. Ainsi, quiconque s’absorbe dans le service de dévotion offert au Seigneur est une âme libérée, et possède toutes les qualités. Maitreya, le docte sage, se trouvait assis en un lieu solitaire sur la rive du Gange, à Hardwar, et Vidura, en parfait dévot du Seigneur doté de toutes les qualités spirituelles, s’approcha de lui pour l’interroger.

Verset 2

Vidura dit:

« O noble sage, tous les êtres en ce monde se livrent à l’action intéressée en vue de connaître le bonheur, mais ils ne trouvent par cette voie ni la satisfaction ni le soulagement de leurs souffrances . Au contraire, ils ne font qu’aggraver leur situation par de telles activités. Veuille donc , nous t’en prions, nous indiquer la voie du véritable bonheur. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Vidura se prit à interroger Maitreya sur des questions plutôt communes, ce qui, à l’origine, n’était pas son intention. Uddhava lui avait, en effet, demandé d’approcher Maitreya Muni pour s’enquérir auprès de lui de tout ce qui concerne le Seigneur, Son Nom, Sa Renommée, Ses Attributs, Sa Forme, Ses Divertissements, Son Entourage, etc.; ainsi, parvenu devant le sage, Vidura n’aurait dû l’interroger que sur le Seigneur. Mais, de nature humble, il n’en vint pas immédiatement au fait, et préféra entamer la conversation sur un sujet d’importance majeure pour les hommes dans leur masse. Un homme ordinaire ne peut connaître, le Seigneur; il doit d’abord prendre conscience de sa position sous l’influence de l’énergie illusoire. En effet, sous le coup de l’illusion, on croit pouvoir trouver le bonheur dans les seuls actes intéressés, alors qu’en réalité, on s’enlise par là de plus en plus dans les méandres de l’action et de ses suites, et sans pour autant trouver de solution aux problèmes de l’existence. Il existe, à cet égard, un chant fort bien composé: « Animé d’un intense désir de trouver le bonheur, j’ai construit cette maison. Mais, par malheur, mes espoirs ont été réduits en cendres, car ma maison a soudainement pris feu .  » Ainsi agissent les lois de la nature. Tous s’efforcent de devenir heureux en échafaudant divers projets dans l’univers matériel, mais les lois de la nature sont si cruelles qu’elles réduisent en cendres nos desseins. Jamais celui qui se livre à l’action intéressée ne trouve la satisfaction à travers ses projets, non plus qu’il n’est comblé dans sa quête constante du bonheur.

Verset 3

« O maître, de grandes âmes animées de sentiments altruistes parcourent la terre au nom du Seigneur Suprême, et montrent leur compassion aux âmes déchues qui refusent de s’en remettre à Dieu. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Le propre de l’être distinct est de se rendre au désir du Seigneur Suprême. Mais du seul fait de ses méfaits passés, il en vient à refuser toute forme de subordination au Seigneur et à subir toutes les souffrances de l’existence matérielle. Pourtant nous n’avons rien d’autre à faire que de servir avec dévotion le Seigneur Suprême, Sri Krishna.. Par suite, toute activité autre que le service d’amour absolu offert au Seigneur se résume plus ou moins à un acte de rébellion contre la volonté suprême. Ainsi, tout acte intéressé, toute recherche philosophique empirique et tout effort en vue d’obtenir des pouvoirs surnaturels s’opposent plus ou moins au sentiment d’abandon à l’endroit du Seigneur; et tout être empruntant l’une ou l’autre de ces voies rebelles sera puni à divers degrés par les lois de la nature matérielle, laquelle agit parfaitement sous la direction du Seigneur. Les grands bhaktas au cœur pur éprouvent de la compassion pour les âmes déchues, et c’est pourquoi ils voyagent par toute la terre avec pour mission de ramener à Dieu, en leur demeure origi- nelle, les âmes égarées. Ces purs bhaktas portent le message de Dieu afin de sauver les âmes déchues, et l’homme du commun, égaré par l’influence de l’énergie externe du Seigneur, devrait rechercher leur compagnie.

Verset 4

« Par suite, ô illustre sage, veuille m’instruire sur la science du service de dévotion, qui donne de s’attirer les faveurs du Seigneur; sis dans le cœur de chaque être, Il peut alors révéler, de l’intérieur, la connaissance de la Vérité Absolue selon les antiques principes védiques. Cette connaissance n’est accessible qu’aux êtres qui se sont purifiés en suivant cette voie. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Tel qu’expliqué dans le premier Chant du $rimad-Bhâgavatam la Vérité Absolue peut être réalisée en trois phases —qui ne représentent véritablement que différentes facettes d’une même réalité — selon le pouvoir de compréhension de celui qui s’en enquiert. Le plus puissant de tous les spiritualistes est un pur dévot du Seigneur, que n’entachent nullement l’action intéressée ni la spéculation philosophique. Seul le service de dévotion permet d’écarter du coeur tout voile matériel, comme le karma , le jñana ou le yoga. Et ce n’est qu’une fois cet état de pureté atteint que le Seigneur, présent dans le cœur de chaque être au côté de l’âme individuelle, instruit Son dévot de manière à ce qu’il puisse atteindre le but ultime, retourner à Dieu, en sa demeure originelle. Ce que confirme la Bhagavad-gitâ (X.10): tesâm satata-yuktânâm bhajatâm . Le Seigneur ne révèle le savoir, comme II le fit pour Arjuna et Uddhava, que lorsqu’Il est satisfait par le service d’amour que Lui offre Son dévot.

Les jñanis , les yogis et les karmis ne peuvent s’attendre à une coopération  aussi directe de la part du Seigneur. Car, non seulement ils sont incapables de satisfaire le Seigneur en Le servant avec amour, mais ils ne croient même pas en ce service purement spirituel. La bhakti telle qu’accomplie selon les principes régulateurs de la vaidhi-bhakti (le service de dévotion selon des normes établies), est décrite dans les Ecritures et confirmée par les grands âcâryas. Cette pratique initiale peut aider l’aspirant à s’élever au niveau de la râga-bhakti , où le Seigneur Se manifeste de l’intérieur comme le caitya-guru , le maître spirituel (en tant que conscience suprême). Les autres spiritualistes n’établissent aucune distinction entre l’âme individuelle et l’Ame Suprême car ils croient, bien à tort, que la conscience suprême et la conscience individuelle sont identiques. Une telle erreur d’appréciation de la part des abhaktas les rend inaptes à recevoir de l’intérieur quelque directive que ce soit, et c’est pourquoi l’on dit qu’ils ne bénéficient pas de la coopération directe du Seigneur. Après de très nombreuses renaissances, ces non-dualistes viennent à saisir que le Seigneur est digne d’adoration et que Son dévot est à la fois différent et non différent de Lui; alors seulement peuvent-il s’abandonner à Lui, Vâsudeva. C’est à partir de ce stade que commence le service de dévotion pur. La voie adoptée par les non-dualistes pour connaître la Vérité Absolue se trouve jonchée d’embûches, quand celle qu’emprunte le bhakta est directement indiquée par le Seigneur, satisfait du service de Son dévot. Ainsi, Vidura, au nom de multiples bhaktas néophytes, s’enquit tout d’abord auprès de Maitreya de la voie du service de dévotion, par quoi le Seigneur, présent dans le cœur de chacun, peut être comblé.

Verset 5

« O noble sage, veuille expliquer comment le Seigneur Souverain, maître des trois mondes et de toutes les énergies, non dépendant et dénué de tout désir, apparaît en divers avatâras et crée la manifestation cosmique avec les lois parfaitement coordonnées pour en assurer le maintien. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Sri Krishna représente la Personne Suprême et Originelle, de qui émanent les trois avatâras responsables de la création, c’est-à-dire les purusa-avatâras: Karanarnavasayi Visnu, Garbhodakasâyi Visnu et Ksirodakasàyî Visnu. La création de l’univers matériel tout entier s’effectue par étapes successives à travers ces trois purusas et sous l’empire de l’énergie externe du Seigneur, lequel domine ainsi la nature matérielle. Croire que la nature matérielle possède sa propre indépendance, c’est comme croire qu’on peut extraire du lait des excroissances en forme de mamelles qui pendent au cou de la chèvre. Le Seigneur est indépendant et dénué de désir; Il ne crée pas l’univers matériel pour Sa propre satisfaction, de la manière dont nous fondons un foyer pour satisfaire nos désirs matériels. En vérité, le monde de la matière est créé pour engendrer l’illusion du plaisir en l’âme conditionnée, laquelle s’oppose au service sublime du Seigneur depuis des temps infinis. Les univers matériels forment des touts complets en eux-mêmes, et rien n’y manque pour assurer la subsistance des êtres. Mais en raison de leur pauvre savoir, les matérialistes se trouvent perturbés dès que la population terrestre semble s’accroître. Pourtant, dès qu’apparaît un être à la surface du globe, sa subsistance est aussitôt assurée par le Seigneur. Les autres espèces vivantes, qui, en nombre, surpassent de loin les hommes, ne se font jamais de souci, quant à leur maintien, et il bien rare de les voir mourir d’inanition. L’homme seul s’inquiète de sa nourriture, et pour camoufler ses erreurs dans sa façon de gouverner, il prétend qu’iI y a surpopulation. S’il y a un manque en ce monde, c’est au niveau de la conscience de Dieu; sinon, par la grâce du Seigneur, il n’existe aucune pénurie.

Verset 6

« Il S’allonge sur Son propre cœur, déployé sous la forme de l’espace, et y place l’entière création; après quoi II Se multiplie en d’innombrables êtres, manifestés sous différentes formes vivantes. Maître de tous les pouvoirs surnaturels et possesseur de tout ce qui est, Il n’a à fournir aucun effort pour assurer Sa subsistance; ainsi Se distingue-t-II de tous les êtres. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Les thèmes de la création, du maintien et de la destruction de l’univers sont traités en rapport avec différents âges ( kalpas ) en de nombreuses parties du Srimad-Bhâgavatam; c’est pourquoi les différentes autorités en la matière, interrogées sur ce sujet par divers disciples tout au long de cet Ecrit, apportent des réponses également différentes . En fait, il n’existe aucune différence quant aux principes de la création et à la domination que le Seigneur exerce sur eux, mais il y a cependant quelques différences dans les infimes détails de sa manifestation du fait qu’elle survient lors de différents kalpas. L’espace infini représente le corps matériel du Seigneur, ou ce qu’on appelle la virât-rûpa , et toutes les créations matérielles reposent sur l’éther, assimilé au cœur du Seigneur. Par suite, depuis l’éther —la première des manifestations matérielles visibles à l’œil nu  jusqu’à la terre, tout est dit brahman, sarvam khalv idam brahma :  » I l n’existe rien hormis le Seigneur, l ‘ Un sans second .  » Les êtres distincts constituent Ses énergies supérieures, tandis que la matière représente, elle, Son énergie inférieure; la combinaison des deux entraîne la manifestation de l’univers matériel, lequel se trouve dans le cœur du Seigneur.

Verset 7

« Veuille également décrire les traits de bon augure qui caractérisent les différents avatâras du Seigneur, apparus en ce monde pour le bien-être des deux-fois-nés, des vaches et des devas. Bien que nous écoutions sans répit le récit de Ses Activités absolues, jamais nos cœurs ne s’en trouvent pleinement rassasiés. « 

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Le Seigneur apparaît dans notre univers en différents avatâras , tels Matsya, Kurma , Varâha et Nrisimha, et II manifeste alors Ses diverses Activités spirituelles et absolues pour le bien des deux-fois-nés, des vaches et des devas. Le Seigneur Se sent directement concerné par les deux-fois-nés, ou les hommes civilisés — l’homme civilisé est, en effet , celui qui est né par deux fois. L’être naît dans l’univers matériel à la suite de l’union d’un mâle et d’une femelle. Ainsi, l’être humain naît de l’union du père et de la mère, ainsi l’homme civilisé naît une seconde fois en entrant au contact d’un maître spirituel, qui devient son véritable père. Le père et la mère qui engendrent le corps matériel ne sont tels que pour une vie; dans la vie suivante, on pourra tout aussi bien naître d’autres parents . Toutefois , on tient le maître spirituel authentique, en tant que représentant du .Seigneur, pour le père éternel, car il lui Incombe la responsabilité de conduire son disciple jusqu’au salut spirituel, jusqu’au but ultime de l’existence. Par suite, l’homme , pour être civilisé, doit être deux-fois-né, sans quoi il ne vaut pas mieux qu’un animal .

La vache est l’animal le plus important pour ce qui est du développement du corps humain vers la perfection spirituelle. On peut certes maintenir le corps avec n’importe quelle forme de nourriture, mais le lait de la vache joue un rôle essentiel dans le développement des fins tissus cérébraux qui permettent de saisir les complexités du savoir spirituel. L’homme civilisé est donc censé se nourrir de mets composés de fruits, de légumes, de céréales, de sucre et de lait. Quant au bœuf, il participe aux travaux agricoles destinés à la production des céréales et d’autres denrées, et pour cette raison, il représente en quelque sorte le père de l’humanité; quant à la vache, elle est une véritable mère, puisqu’elle nourrit l’homme de son lait. Il est donc naturel pour l’homme qui se dit civilisé d’accorder au bœuf et à la vache une protection totale. Les devas , ou les êtres habitant les planètes les plus évoluées de l’univers, sont de loin supérieurs aux humains. Bénéficiant de meilleures conditions de vie, ils jouissent de l’existence entourés d’un faste beaucoup plus grand que celui des humains, et pourtant, tous sont dévoués au Seigneur. Le Seigneur descend en ce monde en diverses Formes , celle d’un poisson, d’une tortue, d’un sanglier, d’un homme-lion, afin de protéger les hommes civilisés, les vaches et les devas , directement responsables de la progression régulière de l’homme vers la réalisation spirituelle. L’ensemble de la création matérielle est conçu de manière à fournir aux âmes conditionnées la possibilité d’atteindre à la réalisation spirituelle. Celui qui sait tirer parti de ces mesures est qualifié de deva, ou d’homme civilisé. La vache, elle, contribue au maintien de ces normes d’existence.

Les Divertissements du Seigneur, accomplis en vue de la protection des hommes civilisés (deux-fois-nés), des vaches et des devas , sont tous purement spirituels. Par nature, l’être humain est enclin à prêter l’oreille à un discours digne d’intérêt, et s’il y a tant de livres, de magazines et de journaux sur le marché, c’est pour étancher cette soif des êtres évolués. Toutefois, on se lasse vite du plaisir éprouvé à la lecture de tels écrits, et nul ne trouve d’intérêt à relire sans cesse les mêmes nouvelles. De fait, le journal s’avérera inté- ressant pour un peu moins d’une heure, après quoi il ira rejoindre les ordures. Destin que partagent souvent tous les autres écrits d’ordre matériel. Mais la beauté des Ecrits spirituels, comme la Bhagavad-gitâ et le Srimad- Bhâgavatam , réside dans leur perpétuelle fraîcheur. En effet, de par le monde entier, les hommes civilisés leur ont témoigné le même intérêt, et ce, depuis plus de 5000 ans. Ces textes conservent toujours leur fraîcheur pour les sages érudits et les bhaktas , et même s’ils répètent quotidiennement les versets de la Bhagavad-gitâ et du Srimad-Bhàgavatam, les bhaktas du niveau de Vidura ne s’en lassent jamais. Vidura avait sans doute entendu de très nombreuses fois le récit des Divertissements du Seigneur avant qu’il ne rencontre Maitreya, mais il désirait l’entendre une fois de plus, car il ne s’en lassait jamais. Telle est la nature absolue des glorieux Divertissements du Seigneur.

Verset 8

« Le souverain roi d’entre les rois a créé les différentes planètes et les divers lieux où habitent les êtres vivants selon leur occupation et les attributs de la nature matérielle qui agissent sur eux, et II a également créé leurs divers monarques et dirigeants. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Sri Krishna est le roi qui domine tous les autres rois, et c’est Lui qui a créé différentes planètes pour divers types d’êtres. Même sur la planète que nous habitons, il existe différents lieux d’habitation destinés à divers types d’hommes. On trouve des déserts, des terres glacées, des vallées sises en des régions montagneuses, et dans chacun de ces endroits vivent différentes sortes d’hommes nés sous diverses influences matérielles selon leurs actes passés. Ainsi les nomades qui peuplent le désert d’Arabie, les habitants des vallées himalayennes et les habitants du pôle diffèrent-ils les uns des autres. Pareillement, il existe toute une variété de planètes, dont les conditions de vie diffèrent les unes des autres. Il y a, par exemple, diverses planètes situées sous la Terre jusqu’à  celle qu’on nomme Pâtâla, et toutes sont peuplées d’êtres différents. Contrairement à ce que croient les hommes de science modernes, aucune planète n’est inhabitée. Le Seigneur affirme d’ailleurs à ce propos dans la Bhagavad- gita que les êtres vivants sont sarva-gata , ou présents dans toutes les sphères d’existence. Cela ne fait donc aucun doute: les autres planètes sont aussi habitées et parfois par des êtres plus intelligents et mieux nantis., que nous. Et les conditions de vie de ces derniers sont plus fastueuses que les nôtres, sur terre. Mais il existe également certains êtres qui, de par leurs actes passés, sont contraints de vivre sur d’autres planètes situées hors d’atteinte des rayons du soleil. La condition de chaque être est ainsi déterminée par le Seigneur Suprême, et Vidura pria Maitreya de l’éclairer davantage sur ce point.

Verset 9

« O toi le meilleur des brâhmanas , veuille également nous dire comment Nârâyana, le créateur de l’univers, qui trouve en Lui-même Sa plénitude, a fait apparaître la diversité de natures, d’activités, de formes, de traits et de noms chez les divers êtres créés. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Chaque être doit se plier à l’ensemble des inclinations qui sont siennes en fonction des influences de la nature matérielle. Ainsi, son occupation se manifeste selon l’influence que les trois gunas exercent sur lui. Sa forme et ses traits corporels sont conçus en fonction de ses actes, et déterminent son nom. Par exemple, les ethnies supérieures ont le teint clair ( sukla ), alors que les hommes de classe inférieure ont le teint noirâtre; et ces divisions sont établies par les occupations respectives de chacun des deux groupes, les unes dites saines ou  » blanches  » , et les autres malsaines ou « noires ». Les actes de vertu nous amènent à renaître dans une famille de haut lignage, à devenir riche, érudit et physiquement attirant. A l’opposé, les actes impies conduiront à une naissance de bas lignage, ou l’on sera toujours dans le besoin; ce sont les sots, les illettrés et les êtres laids. Vidura prie Maitreya de lui expliquer toutes les différences ainsi créées par Nàrâyana, le Seigneur Suprême.

Verset 10

« O maître, j’ai maintes fois écouté Vyâsadeva décrire les différents statuts de l’homme dans la société, et je suis plutôt rassasié de ces sujets d’ordre inférieur, avec les joies qui s’y rattachent. Ils n’ont pu satisfaire mon désir de goûter au nectar des propos à la gloire de Krishna. »

Sa Divine Srila Prabhupada explique :

Parce que les hommes éprouvent beaucoup d’intérêt pour les sujets à caractère social et historique, Srila Vyâsadeva a compilé de nombreux ouvrages, comme les Purânas et le Mahâbhârata. De tels livres s’adressent aux masses, et ils sont destinés à raviver leur conscience de Dieu, oubliée dans le courant de la vie conditionnée, de l’existence matérielle. Le but réel de ces écrits n’est donc pas vraiment de relater des faits historiques, mais plutôt de raviver la conscience divine des hommes. Ainsi, le Mahâbhârata contient le récit de la Bataille de Kuruksetra, et les hommes du commun le lisent pour sa richesse en enseignements sociaux, politiques et économiques, utiles pour résoudre les problèmes de la société. Mais à dire vrai, la partie la plus importante du Mahâbhârata , c’est la Bhagavad-gîtâ , qui s’insère naturellement dans le cours historique de la Bataille de Kuruksetra.

Vidura explique ici à Maitreya qu’en ce qui concerne les sciences sociales et politiques, il est pleinement rassasié, et ne porte plus guère d’intérêt à ces sujets d’ordre matériel. Il désire maintenant par-dessus tout entendre les propos spirituels concernant le Seigneur, Sri Krishna. Du fait que les Purânas, le Mahâbhârata et d’autres écrits de ce genre ne parlent pas suffisamment de Krishna de façon directe, il se trouve insatisfait, et désire combler ce manque. La krishna-kathâ , ou les propos à la gloire de Krishna, revêt un caractère pure- ment spirituel, et jamais on ne se lasse de l’entendre. Or, la Bhagavad-gîtâ relève certes de la krishna-kathâ puisqu’elle contient les paroles mêmes de Sri Krishna, et elle prend de ce fait une importance particulière. Le récit de la Bataille de Kuruksetra peut intéresser la masse des hommes, mais un être comme Vidura, fort avancé dans le service de dévotion, ne trouve d’intérêt que dans la krishna-kathâ ou dans les propos directement reliés à la krishna- kathâ. Il veut tout apprendre de Maitreya, et l’interroge donc à cet effet, mais il désire que tous les sujets soient traités en relation avec Krishna. A la manière du feu qui n’est jamais rassasié de consumer le bois qu’on y jette pour l’alimenter, le pur dévot du Seigneur ne se lasse jamais d’entendre parler de Krishna. Il est intéressant de noter que tous les récits historiques ou autres, qu’ils soient à caractère social ou politique, deviennent spirituels dès l’instant où ils sont liés à Krishna. Voilà le moyen de transformer toutes choses matérielles en pure énergie spirituelle. Le monde entier peut ainsi être transformé en Vaikuntha, pourvu que toutes les activités matérielles soient reliées à la krishna-kathâ.

Il existe deux véhicules majeurs de la krishna-kathâ dans le monde: la Bhagavad-gîtâ et le Srimad-Bhâgavatam. La Bhagavad-gîtâ est qualifiée de krishna-kathâ parce qu’elle contient les propos mêmes de Krishna, tandis que le Srimad-Bhâgavatam est tel parce qu’il parle de Krishna. Sri Caitanya recommanda à tous Ses disciples de répandre la krishna-kathâ partout dans le monde, sans faire de discrimination, car la valeur sublime de la krishna-kathâ peut purifier tous les êtres de la souillure matérielle.

Verset 11

« Qui parmi les hommes peut trouver satisfaction sans entendre à suffisance les propos à la gloire du Seigneur, Lui dont les pieds pareils-au-lotus réunissent tous les lieux de pèlerinage, et qui reçoit l’adoration des nobles sages et bhaktas. Ces propos ont le pouvoir de trancher tout lien avec la famille par le seul fait de pénétrer l’oreille. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

La krishna-kathâ possède un pouvoir tel que par le seul fait de pénétrer l’oreille, elle libère aussitôt de l’enchaînement qu’entraîne l’affection pour la famille. Cette affection pour les membres de sa famille représente, en effet, une manifestation illusoire de l’énergie externe, et c’est elle seule qui motive toute action matérielle. Or, tant qu’il y a activité matérielle et que le mental n’absorbe dans de telles occupations, on doit subir le cycle répétitif des morts et des renaissances, emporté par le courant de l’ignorance matérielle. Les hommes sont surtout influencés par l’ignorance, et certains par la passion; sous l’emprise de ces deux gunas , l’être vivant se voue à l’action, animé par une conception matérielle de l’existence. Or, l’influence matérielle des gunas ne lui permet pas de saisir sa position réelle. L’ ignorance et la passion l’enchaînent fortement à une conception illusoire de son identité, tout entière axée sur le corps. Les mieux situés parmi ces êtres sottement égarés sont ceux qui se vouent à des activités altruistes sous l’influence matérielle de la passion.

La Bhagavad-gîtâ , qui rapporte directement les propos de Krishna (krishna- katha), donne aux hommes un savoir élémentaire: le corps est périssable, mais la conscience qui le parcourt tout entier, elle, est impérissable. L’être conscient, le moi impérissable, existe éternellement et ne peut être tué en aucune circonstance, même après la dissolution du corps. Toute personne qui s’identifie au corps périssable et lui consacre son énergie au nom de la sociologie, de la politique, de la philanthropie, de l’altruisme, du nationalisme ou de l’universalisme, est certes un insensé, et ne connaît pas la portée respective du réel et de l’irréel. Certains, parmi ceux qui entretiennent cette conception erronée de l’existence, se situent au-delà des influences de l’ignorance et de la passion , et se placent sous le signe de la vertu ; mais la vertu matérielle est toujours souillée par quelques pointes d’ignorance et de passion. Elle peut nous amener à réaliser que le corps et l’âme diffèrent l’un de l’autre, et celui qui s’y établit se soucie de l’âme, et non du corps. Mais parce qu’ils sont contaminés, même ceux que gouverne la vertu matérielle ne peuvent saisir la véritable nature personnelle de l’âme. Leur conception impersonnelle du moi distinct du corps les garde prisonniers de la vertu , enchaînés à la nature matérielle, et à moins qu’ils ne soient attirés par la krishna-kathâ, jamais ils ne seront libérés de cet asservissement à la matière. La krishna-kathâ représente l’unique remède qui puisse sauver tous les habitants de ce monde, car elle a le pouvoir d’établir quiconque en reçoit le message au niveau de la conscience pure du moi et de l’affranchir de l’esclavage de la matière. Ainsi, celui qui prêche la krishna-kathâ par toute la terre, tel que l’a recommandé Sri Caitanya, accomplit la plus grande activité missionnaire, et tous les hommes et femmes sensés du monde devraient se joindre à cet important mouvement de prédication qui fut fondé par Sri Caitanya.

Verset 12

Ton ami, l’illustre sage Krishna-dvaipâyana Vyâsa, a déjà dépeint les Attributs spirituels et absolus du Seigneur dans son important ouvrage, le Mahâbhârata . En vérité, toute sa démarche a pour but d’attirer l’attention des hommes du commun vers la krishna-kathâ [la Bhagavad-gitâ] en utilisant leur forte attirance pour les propos à caractère matériel.

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique:

L’illustre sage Krishna-dvaipâyana Vyâsa est l’auteur de tous les Textes védiques, parmi lesquels le Vedânta-sûtra, le Srimad-Bhâgavatam et le Mahâbhârata jouissent d’une grande popularité. Comme l’établit le Srimad- Bhâgavatam (1.4.25), Srila Vyâsadeva a composé le Mahâbhârata pour les hommes d’intelligence moindre, qui portent davantage d’intérêt aux propos matériels qu’à la philosophie de la vie. Le Vedânta-sùtra quant à lui, fut rédigé pour ceux qui ont déjà dépassé les sujets éphémères, et qui ont goûté l’amertume du prétendu bonheur issu de liaisons matérielles de ce monde. Le premier aphorisme du Vedânta-sûtra: athâto brahma-jijñâsâ , signifie que c’est lorsqu’on a mis un terme à l’exploration du marché aux plaisirs sensoriels que l’on peut s’enquérir de façon pertinente du Brahman, de la Transcendance. Ceux qui sont absorbés par des questions matérielles —celles dont traitent les journaux et autres semblables publications— sont comptés parmi les strîsûdra-dvija-bandhus , ou les femmes, les manuels et les fils indignes de brâhmanas, de ksatriyas et de vaisyas , ceux-ci formant les classes supérieures de la société. Ces hommes de moindre intelligence ne peuvent comprendre le but du Vedânta-sûtra, bien qu’ils affectent d’étudier les sûtras, dans leur optique évidemment. L’objet réel du Vedântasùtra, son auteur lui-même l’a exposé dans le Srimad-Bhâgavatam , et quiconque cherche à comprendre le Vedânta-sûtra sans se référer au Srimad-Bhâgavatam se fourvoit certes. De tels égarés, intéressés par des préoccupations d’ordre matériel, comme la philanthropie et l’altruisme, du fait qu’ils s’identifient faussement au corps matériel, feraient mieux de se tourner vers le Mahâbhârata, spécialement écrit par Srïla Vyâsadeva dans leur intérêt. La composition de cette œuvre est telle que les hommes de moindre intelligence, davantage portés vers les propos matériels, puissent trouver un plaisir profane à la lecture de cette œuvre, tout en profitant, au fil de celle-ci, des enseignements de la Bhagavad-gitâ, qui prépare à l’étude du Srimad-Bhâgavatam ou du Vedânta- sûtra. En rapportant un récit d’ordre matériel, Srila Vyâsadeva n’avait d’autre  motivation que de donner aux intelligences inférieures la possibilité d’accéder à la réalisation spirituelle à travers la Bhagavad-gîtâ. Le fait que Vidura se réfère au Mahâbhârata indique qu’il en avait entendu le récit des lèvres de Vyâsadeva, son père véritable, alors qu’il se trouvait loin du foyer et visitait divers lieux de pèlerinage.

Verset 13

« Celui qui désire ardemment s’absorber dans l’écoute constante de la krishna-kathâ voit peu à peu croître son indifférence pour toute autre chose. Ce souvenir constant des pieds pareils-au-lotus de Sri Krishna anéantit sans délai toutes les souffrances du bhakta qui a ainsi trouvé la félicité spirituelle. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Il faut bien savoir que, sur le plan absolu, la krishna-kathâ et Krishna Lui- même ne font qu’Un. Comme le Seigneur est la Vérité Absolue, Son Nom, Sa Forme, Ses Attributs…, qui relèvent tous de la krishna-kathâ , ne diffèrent en rien de Lui. Ainsi, la Bhagavad-gîtâ, énoncée par le Seigneur, n’est pas différente de Sa Personne. Lorsqu’un bhakta sincère lit la Bhagavad- gîtâ , c’est comme s’il voyait le Seigneur face à face, présent devant lui; mais cette vérité ne s’applique certes pas aux théoriciens profanes. Lorsqu’on lit la Bhagavad-gîtâ , toutes les puissances du Seigneur se manifestent, à condition que l’on suive les prescriptions qu’il nous donne Lui-même dans  cette Ecriture. Il est impossible d’inventer une sotte interprétation de la Bhagavad-gîtâ et d’obtenir quand même un bénéfice spirituel. Quiconque cherche à extraire quelque signification artificielle ou interprétation de la Bhagavad-gîtâ pour appuyer ses intérêts personnels ne peut être qualifié de sraddadhâna-pumsah (celui qui s’absorbe avidement dans l’écoute authenti- que de la krishna-kathâ). Un tel individu ne retirera aucun bénéfice de la lecture de la Bhagavad-gîtâ , fût-il le plus grand érudit aux yeux des hommes du commun. Au contraire le sraddadhâna , ou le fidèle bhakta , peut la lire avec profit puisque par la toute-puissance du Seigneur il obtient la félicité spirituelle, laquelle a pour effet de détruire l’attachement et de neutraliser toutes les souffrances matérielles qui s’y rattachent. Seul le bhakta , de par son expérience vécue, est à même de saisir la teneur de ce verset énoncé par Vidura. Le pur dévot du Seigneur jouit de la vie en se rappelant sans cesse les pieds pareils-au-lotus de Krishna à travers l’écoute de la krishna-kathâ. Pour un pur bhakta , on ne saurait parler d’existence matérielle; et pour celui qui nage dans les eaux profondes de l’océan de la félicité spirituelle, le bonheur si convoité du brahmânanda fait piètre figure.

Verset 14

« O sage, ceux qui, du fait de leurs actes coupables, s’opposent aux propos liés à la Transcendance et qui, par conséquent, ignorent l’objet du Mahabhârata [de la Bhagavad-gîtâ] , suscitent la pitié de ceux-là même qui sont pitoyables. Et j’éprouve également de la pitié pour eux, car je vois le temps éternel user leurs jours pendant qu’ils s’adonnent à la spéculation philosophique, théorisent sur tel ou tel autre but ultime à atteindre, et se livrent à divers rituels. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Les gunas déterminent trois types de rapports entre l’homme et le Seigneur Suprême. Ceux qu’enveloppent l’ignorance et la passion s’opposent à l’existence de Dieu, ou alors ils L’acceptent de façon très formelle et voient en Lui celui qui doit satisfaire leurs désirs. Plus évolués qu’eux sont ceux que gouverne la vertu. Ce second groupe croit à l’impersonnalité du Brahman Suprême. Ils pratiquent volontiers la bhakti , où l’écoute de la krishna-kathâ occupe la première place, mais pour eux, elle ne représente qu’un moyen, et non une fin. Toutefois, les purs bhaktas sont les plus élevés d’entre tous les spiritualistes, car ils sont établis au niveau de la transcendance, par-delà même la vertu. Ceux-là sont fermement convaincus que le Nom, la Forme, la Renommée, les Attributs et autres traits du Seigneur Suprême ne diffèrent pas les uns des autres puisqu’ils se situent sur le plan absolu. Pour eux, l’écoute des propos à la gloire de Krishna vaut tout autant qu’un e rencontre directe avec Sa Personne. Selon eux, qui servent le Seigneur avec une dévotion pure, le plus haut objectif de la vie humaine est le purusârtha , le service dévotionnel offert au Seigneur, la mission réelle de l’existence. Les impersonnalistes, pour leur part, du fait qu’ils s’adonnent à la spéculation intellectuelle et qu’ils n’ont aucune foi en le Seigneur Suprême, n’ont que faire d’écouter les propos à la gloire de Krishna. Et ils suscitent la pitié chez ces hommes de premier ordre que sont les purs bhaktas ; les impersonnalistes, eux-mêmes pitoyables, éprouvent de la pitié pour ceux qu’influencent l’ignorance et la passion , mais les purs dévots du Seigneur les prennent tous en pitié, car les uns comme les autres gaspillent le temps précieux que la forme humaine met à leur disposition en le vouant à de vaines poursuites, aux plaisirs sensoriels et aux élaborations spéculatives sur diverses théories et sur le but présumé de l’existence.

Verset 15

« O Maitreya, toi l’ami des malheureux, les gloires du Seigneur Suprême peuvent seules servir le bien de tous les hommes. Aussi, à la manière des abeilles qui recueillent le miel des fleurs, veuille rapporter l’essence de tous les sujets: les propos à la gloire du Seigneur. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Il existe de nombreux sujets de discussion propres à diverses personnes influencées de différentes manières par la nature matérielle, mais les propos essentiels sont ceux qui ont un lien avec le Seigneur Suprême. Malheureusement, les êtres conditionnés, affectés par la matière, montrent plus ou moins d’aversion pour les propos à la gloire du Seigneur Suprême, d’autant plus que certains refusent de croire en l’existence de Dieu et que d’autres n’ont foi qu’en Son aspect impersonnel. Ces deux types d’hommes n’ont rien à dire sur Dieu. Ensemble, les incroyants et les impersonnalistes renient l’essence de tous les sujets de discussion, et par suite, ils se perdent en considérations relatives, dans le domaine de la satisfaction des sens ou dans celui de la spéculation intellectuelle. Pour un pur bhakta comme Vidura, les propos des matérialistes comme ceux des théoriciens sont vains à tous égards. C’est pourquoi Vidura prie Maitreya de ne lui faire part que de l’essence de tous les sujets, les gloires de Krishna, et d’éviter tout autre propos.

Verset 16

« Veuille chanter tous les exploits surhumains et transcendants du Seigneur, le Maître Suprême, qui est apparu en tant que divers avatâras possédant toutes les puissances nécessaires pour la manifestation et le maintien parfaits de la création cosmique. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada dit :

Vidura était sans aucun doute avide d’entendre les propos qui se rattachent spécifiquement à Krishna, mais il était accablé par le fait que le Seigneur venait tout juste de disparaître de ce monde. Aussi exprima-t-il le désir d’entendre parler de Lui lorsqu’il Se manifeste en tant que purusa-avatâras avec toutes les puissances nécessaires pour la création et le maintien du cosmos. En vérité, les activités des purusas ne sont qu’un prolongement des Divertissements du Seigneur. Vidura donna cet indice à Maitreya parce que ce dernier ne parvenait pas à déterminer quelle partie des Activités de Krishna il devait louer.

Verset 17

Sukadeva Gosvâmi dit:

« Après avoir grandement honoré Vidura, le sage Maitreya Muni entreprit-il, à sa requête, de parler pour le plus grand bien de tous. »

Sa divine Grâce Srila Prabhupada dit :

L’illustre et sage Maitreya Muni est ici désigné par le mot bhagavân , car il surpasse en érudition et en expérience tous les hommes de ce monde. Ainsi, son choix de la plus grande œuvre de bienfaisance pour le monde est-il-tenu pour parfaitement juste. Cette œuvre, qui inclut tous les autres services pouvant être rendus à l’humanité, c’est le service de dévotion offert au Seigneur; et à la requête de Vidura, le sage la définit de façon très exacte.

Verset 18

 Sri Maitreya dit:

« O Vidura, gloire à toi. Tu m’as interrogé sur le bien suprême, et tu as ainsi répandu ta miséricorde sur le monde et sur moi, car ton cœur est à jamais absorbé dans des pensées liées à la Transcendance. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique : 

Maitreya Muni, versé qu’il était dans la science de la Transcendance, pouvait comprendre que les pensées de Vidura étaient tout entières absorbées dans la Transcendance. Le mot adhoksaja désigne ce qui dépasse les limites de la perception sensorielle, ou de l’expérience acquise à travers les sens. Le Seigneur Se trouve hors d’atteinte de nos sens, mais II Se révèle tel qu’il est aux bhaktas sincères. Parce que Vidura était toujours plongé dans la pensée du Seigneur, Maitreya put évaluer sa richesse spirituelle. Il apprécia grandement ses précieuses questions et ne manqua pas de le remercier avec tous les honneurs qui lui étaient dus.

Verset 19

« O Vidura, je ne m’étonne nullement de ce que toutes tes pensées soient pour le Seigneur, sans déviation aucune, car tu es né de la semence de Vyâsadeva. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Ce verset met en valeur les vertus d’un haut lignage et d’une noble naissance, en s’appuyant sur l’exemple de Vidura. L’éducation d’un homme commence dès l’instant où le père place sa semence dans le sein de la mère. Selon la nature de ses activités, un être vivant se verra placé dans la semence de tel ou tel père, et c’est ainsi que Vidura, qui n’était pas un être ordinaire, obtint de naître de la semence de Vyâsa. La conception d’un être humain relève d’un e grande science; d’où l’importance majeure, pour mettre au monde des êtres sains et vertueux, d’avoir recours au rite védique qu’on nomme le garbhâdhâna-samskâra , qui a pour effet de purifier l’acte de fécondation. Le problème ne consiste pas à empêcher une surpopulation certes indésirable, mais plutôt à produire une population saine, constituée d’hommes de la qualité de Vidura, de Vyâsa et de Maitreya. Il n’est nul besoin de freiner la croissance de la population si les enfants sont engendrés comme des êtres humains dignes de ce nom, avec toutes les précautions requises en regard de leur naissance. Le prétendu contrôle des naissances n’est pas seulement perni- cieux, il est également inutile.

Verset 20

« Je sais que tu es le roi Yamarâja, le puissant seigneur qui règne sur la destinée des êtres après leur mort, et que si tu portes maintenant le nom de Vidura, c’est par l’effet d’une malédiction proférée contre toi par Mândavya Muni. Ainsi as-tu été engendré par le fils de Satyavati, Vyâsadeva, dans le sein d’une femme entretenue par son frère. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Mândavya Muni était un grand sage et Vidura était en fait le puissant Yamarâja, qui veille à la destinée des êtres après leur mort. La naissance, la vie et la mort sont trois formes de conditionnement auxquelles sont soumis tous les êtres dans l’univers matériel; et Yamarâja, en sa qualité de seigneur de la mort, eut un jour à juger Mândavya Muni pour un crime qu’il avait commis lors de son enfance: il le condamna à être transpercé d’une lance. Mais Mândavya, se mettant en colère contre Yamarâja qui lui avait infligé un châtiment selon lui immérité, le frappa d’une malédiction par laquelle il devrait renaître tel un sudra. C’est ainsi que Yamarâja naquit dans le sein d’une femme entretenue par Vicitravirya, grâce à la semence du frère de ce dernier, Vyâsadeva, lui-même le fils de Satyavati et de l’illustre roi Sântanu, le père de Bhismadeva. Cette mystérieuse histoire concernant Vidura était connue de Maitreya Muni, qui était contemporain et ami de Vyâsadeva, Mais bien qu’il fût issu d’une femme de basse condition, Vidura jouissait des attributs d’un haut lignage et avait eu l’occasion de grandir au contact des âmes les plus nobles, si bien qu’il hérita du privilège unique qui fit de lui un magnanime dévot du Seigneur. Il faut comprendre que le fait de naître au sein d’une famille aussi vertueuse constitue un avantage pour le développement de la dévotion au Seigneur, et Vidura avait obtenu ce privilège de par ses antécédents prestigieux.

Verset 21

« Ta Grâce compte parmi les compagnons éternels de la Personne Suprême. Alors qu’il S’apprêtait à retourner en Son royaume, le Seigneur m’a laissé pour toi certaines instructions. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Yamarâja, le puissant seigneur de l’après-mort, détermine la destinée des êtres dans leur existence future, et de ce fait, il compte certes parmi les représentants les plus intimes de Dieu. En effet, les postes d’une telle importance sont offerts à de grands dévots du Seigneur, qui égalent Ses compagnons éternels dans le monde spirituel. Et parce que Vidura comptait parmi ces âmes magnanimes, le Seigneur, au moment de retourner à Vaikuntha, laissa des instructions à Maitreya Muni pour qu’il les lui transmette. D’ordinaire, les compagnons éternels du Seigneur, dans le monde spirituel, ne descendent pas dans l’univers matériel. Il arrive toutefois qu’ils y viennent sur Son ordre, non pour occuper un poste de dirigeant, mais pour se joindre à Lui, ou encore pour répandre le message divin parmi les hommes. De tels envoyés du Seigneur, dotés par Lui de pouvoirs particuliers, sont qualifiés de saktyâvesa- avataras ou avatâras investis du pouvoir représentatif divin.

Verset 22

« Je vais donc te décrire dans l’ordre chronologique les Divertissements à travers lesquels le Seigneur Suprême déploie Sa puissance divine pour la création, le maintien et la destruction de l’univers cosmique. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Le Seigneur tout-puissant peut accomplir tout ce qu’il désire à travers Ses différentes énergies. Or, la création de l’univers cosmique s’effectue à travers celle de Ses énergies que l’on nomme yoga-mâyâ.

Verset 23

« Le Seigneur Suprême, le maître de tous les êtres, existait avant la création en tant que principe unique. De par Sa seule volonté, Il manifeste la création pour à nouveau tout résorber en Lui. Et cet Etre Suprême est caractérisé par différents Noms. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

L’illustre sage commence ici à expliquer l’objet des quatre versets originels du Srimad-Bhâgavatam. Les adeptes de l’école mâyâvâda (les impersonnalistes), bien qu’ils n’aient aucun moyen de pénétrer le Srimad-Bhâgavatam, s’évertuent parfois à forger quelque explication imaginaire de ces quatre versets; nous nous devons au contraire d’accepter l’explication véritable qu’en donne Maitreya Muni dans ces pages, lui qui, avec Uddhava, l’a personnellement reçue des lèvres mêmes du Seigneur. La première ligne de ces quatre versets originels commence par les mots aham evâsam evâgre. Or, l’école mâyâvâda prête au premier mot, aham, des définitions tordues que nul, sinon leur auteur, ne peut comprendre. Il ressort de notre verset que le mot aham désigne le Seigneur Suprême, et non les êtres distincts. Avant la création, seule existait la Personne Souveraine; il n’y avait pas d’avatâra purusa , et certes pas d’êtres distincts, pas plus que d’énergie matérielle, par quoi s’opère la création. Les manifestations purusas et les différentes énergies du Seigneur Suprême n’existaient alors qu’en Lui.

Le Seigneur Souverain est ici décrit comme le maître de tous les autres êtres. En cela, on peut Le comparer au disque solaire, et les êtres distincts aux molécules qui composent ses rayons. Les srutis confirment, en outre, que le Seigneur existait bel et bien avant la création: vâsudevo vâ idam agrà âsit na brahmâ na ca sahkarah, eko vai nârâyana âsin na brahmâ nesânâh. En vérité, puisque tout ce qui existe émane du Seigneur Suprême, Il représente toujours l’existence unique, l’Un sans second. C’est là Sa prérogative, car II est infiniment parfait et tout-puissant. Toute existence autre que la Sienne propre —ce qui inclut Ses émanations plénières, les visnu-tattvas — fait partie intégrante de Sa Personne; avant la création, il n’y avait ni Kâranârnavasâyi-Visnu ni Garbhodakasâyi- Visnu ni Ksirodakasàyi Visnu, non plus que n’existait Brahmâ ou Sankara. Les manifestations plénières de Visnu et les êtres vivants, dont le premier est Brahmâ, sont autant d’émanations distinctes du Seigneur. Avant la création, l’existence spirituelle était déjà manifestée, mais l’existence matérielle se trouvait encore en Lui à l’état latent. C’est par Sa seule volonté que la manifestation matérielle se déploie et se résorbe. Quant à la diversité propre à Vaikunthaloka, elle ne fait qu’U n avec le Seigneur, de la même manière que la diversité d’une armée fait totalement corps avec son chef. Comme l’explique la Bhagavad-gitâ (IX.7), la création matérielle survient à intervalles par la volonté du Seigneur, et au cours des périodes qui séparent l’annihilation de la création, les êtres distincts et l’énergie matérielle demeurent en Lui dans un état de sommeil.

Verset 24

« Le Seigneur, le maître incontesté de tout ce qui est, était alors l’unique « témoin », le seul qui eut la faculté de voir. La manifestation cosmique n’existait pas encore, et II Se sentait imparfait en l’absence de Ses émanations plénières et distinctes. L’énergie matérielle demeurait à l’état latent, tandis que la puissance interne était manifestée. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Ie Seigneur est le témoin suprême, car c’est sous l’effet de Son seul regard que l’énergie matérielle devient active pour que soit manifesté le cosmos. A l’origine, seul le  » t é m o i n  » existait, mais non l’énergie externe, sur laquelle le Seigneur pose Son regard; d’où naquit en Lui un certain sentiment d’insuffisance, comme celui qu’éprouve un homme esseulé en l’absence de son épouse. C’est là une image poétique, mais le fait demeure que le Seigneur désirait créer la manifestation cosmique afin de donner aux âmes conditionnées jusqu’alors assoupies dans l’oubli une nouvelle occasion de se racheter. La manifestation cosmique donne aux âmes conditionnées la possibilité de retourner à Dieu, en leur demeure originelle, et c’est là son but premier. Le Seigneur fait preuve d’une telle bonté qu’en l’absence de cette manifestation, Il éprouve comme un manque, d’où la création. Bien que l’existence de la puissance interne fût déjà manifestée, l’autre puissance du Seigneur paraissait endormie, latente, et le Seigneur voulut la rappeler à l’activité, à la manière de l’époux qui tire sa femme du sommeil pour jouir de sa compagnie. Ainsi se révèle la compassion du Seigneur pour Son énergie assoupie: Il désire la voir éveillée pour qu’elle participe à son plaisir, comme le font les autres épouses éveillées. Le processus de création dans son ensemble a pour but d’éveiller à l’existence réelle, celle de la conscience spirituelle, les âmes conditionnées jusqu’alors endormies, de façon à ce qu’elles puissent devenir aussi parfaites que les âmes à jamais libérées qui vivent sur les Vaikunthalokas. Le Seigneur étant sac-cid-ânanda-vigraha , Il aime voir toutes les entités émanant de Ses différentes puissances partager le rasa sublime de la félicité spirituelle, car de participer â l’éternelle râsa-lilâ du Seigneur représente la plus haute perfection de l’existence, toute de félicité spirituelle et de connaissance éternelle.

Verset 25

« Le Seigneur est Celui qui peut voir, et l’énergie externe, qui fait l’objet de Son regard, agit à la fois comme la cause et l’effet de la manifestation cosmique. O Vidura, toi qui es si fortuné, on désigne cette énergie externe du nom de mâyâ, l’illusion, et c’est à travers elle seule que s’effectue l’entière création matérielle. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

La nature matérielle, connue sous le nom de mâyâ , représente aussi bien la cause matérielle que la cause efficiente du cosmos, mais en dernière analyse, le Seigneur est Lui-même la conscience nécessaire à toute activité. De même que la conscience représente la source de toutes les énergies des corps individuels, la conscience suprême du Seigneur forme l’origine de toutes les ressources de la nature matérielle. Ce que corrobore la Bhagavad-gïtâ (IX. 10):

mayâdhyaksena prakrtih

suyate sa-carâcaram

hetunânena kaunteya

jagad viparivartate

« A travers toutes les énergies de la nature matérielle agit la main du Seigneur Seigneur Suprême, son maître ultime. C’est grâce à cette cause suprême, et à elle seule, que les activités de la nature matérielle se déroulent de façon ordonnée et réglée, et que tout évolue dans un cycle sans fin  »

Verset 26

Dans Sa manifestation purement spirituelle de purusa-avatâra , une émanation plénière de Sa Personne, l’Etre Suprême féconde la nature matérielle caractérisée par les trois gunas; et ainsi, sous l’influence du temps éternel, apparaissent les êtres vivants.

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

La descendance de tout être vivant ne se manifeste qu’après la fécondation de la mère par le père, et l’être distinct, ainsi porté par la semence du père, reçoit un corps semblable à celui de la mère. De même, mère nature (l’énergie matérielle) ne peut produire aucun être à partir de ses éléments matériels, à moins que cet être distinct ne soit déjà placé en son sein par le Seigneur en personne. Tel est le mystère de la génération des êtres vivants; Et cet acte de fécondation est accompli par le premier purusa-avatâra Kâranàrnavasâyi Visnu, qui, pour ce faire, pose tout simplement Son regard sur la nature matérielle.

Nous ne devons certes pas voir en cet acte de conception du Seigneur Suprême une intervention d’ordre sexuel. Le Seigneur tout-puissant peut, en effet, féconder la nature matérielle de Son seul regard, et voilà précisément pourquoi on Le qualifie de tout-puissant. Chaque partie de Son Corps spirituel et absolu peut remplir les fonctions de toutes les autres. Ce que confirme la Brahma-samhitâ (5.32): angâni yasya sakalendriya-vrittimanti. La Bhagavad-gitâ (XIV) corrobore également ce principe: marnayonir mahad- brahma tasmin garbham dadhâmy aham. Lorsque vient le moment de manifester la création matérielle, les êtres vivants y sont directement déposés par le Seigneur; jamais ils ne sont issus de la nature matérielle. Voilà pourquoi aucune découverte scientifique ne permettra jamais de produire un être vivant. Et c’est là tout le mystère de la création matérielle. L’être distinct, l’âme, est étranger à la matière, en sorte qu’il ne peut connaître le bonheur à moins de vivre sur le plan spirituel, comme le Seigneur. Les êtres égarés, ayant oublié leur condition originelle, passent vainement leur temps à chercher le bonheur dans l’univers matériel. Or, le système védique dans son ensemble est conçu de façon à ce que chacun se rappelle cet aspect essentiel de l’existence. Le Seigneur offre à l’âme conditionnée un corps de matière qui devrait lui assurer un prétendu bonheur, mais si cette âme ne retrouve pas ses esprits et n’accède pas à la conscience spirituelle, le Seigneur la replonge dans l’état non manifesté où elle se trouvait au début de la création. Notre verset décrit le Seigneùr comme le plus puissant de tous les êtres, ou viryavân , car II imprègne la nature matérielle d’un nombre incalculable d’êtres conditionnés depuis des temps immémoriaux.

Verset 27

« Ensuite, sous l’action du temps éternel, la totalité ultime de la matière, qu’on nomme le mahat-tattva , devint manifestée; alors, le Seigneur Suprême, personnification de la vertu pure et absolue, y introduisit les semences de la manifestation universelle, issues de Son propre Corps. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

« Le moment venu, l’énergie matérielle fécondée devint tout d’abord manifestée sous la forme globale des composants matériels. Chaque chose se développe en son temps, et c’est pourquoi les mots kâla-coditât , sous l’action du temps  » , sont utilisés ici. Le mahat-tattva est la conscience universelle, puisqu’il est représenté en chaque être sous la forme fragmentaire de l’intellect. Il se trouve en contact direct avec la conscience suprême de l’Etre Souverain, mais il n’en apparaît pas moins comme matériel. C’est à partir de ce mahat-tattva , l’ombre de la conscience pure, que va germer l’entière création. Il s’agit, en fait, de la vertu pure additionnée d’une légère touche de passion matérielle; c’est donc ainsi que naît l’action.

Verset 28

« Puis, le mahat-tattva , à partir duquel tous les êtres vont être manifestés, se différencie en de nombreuses formes variées. Il subit surtout l’influence de l’ignorance et produit le faux ego. Il s’agit d’une émanation plénière du Seigneur Suprême, possédant la pleine conscience des principes de la création et du temps dévolu à la fructification. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Le mahat-tattva agit comme intermédiaire entre l’élément spirituel pur et l’existence matérielle. Il se situe à la frontière du matériel et du spirituel, source du faux ego de l’être conditionné. Tous les êtres sont des âmes distinctes émanant du Seigneur Suprême, mais sous la pression du faux ego, les âmes conditionnées, bien qu’elles fassent partie intégrante de l’Etre Souverain, prétendent être les maîtres et bénéficiaires de la nature matérielle. Ce faux ego est la force qui enchaîne l’être distinct à l’existence matérielle. Le Seigneur offre encore et encore aux âmes conditionnées et égarées, la possibilité de s’affranchir de ce faux ego, et c’est à cette fin que la création matérielle survient à intervalles réguliers. Il est vrai qu’Il met à la disposition des âmes conditionnées tous les moyens requis pour rectifier l’activité du faux ego, mais II n’interfère en rien avec l’infime indépendance dont ils jouissent en tant qu’émanations partielles de Sa Personne.

Verset 29

« Le mahat-tattva , ou la grande vérité causale, devient le faux ego, lequel revêt trois aspects, soit la cause, l’effet et l’agissant. Toutes ces activités relèvent du niveau mental et s’appuient sur les éléments matériels. Le faux ego, quant à lui, peut se manifester dans l’ignorance , la passion ou la vertu. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

L’âme pure, en son existence spirituelle première, a pleinement conscience de sa position naturelle de serviteur éternel du Seigneur. Toutes les âmes situées dans cette conscience pure sont libérées et vivent éternellement dans la félicité et le savoir sur les diverses planètes Vaikunthas, dans le monde spirituel. La création matérielle n’est pas manifestée à leur intention. Ces âmes éternellement libérées, les nitya-muktas , ne sont nullement concernées par cette création, qui est destinée aux âmes rebelles, celles qui ne sont pas disposées à se soumettre au Seigneur Suprême. Et c’est cet esprit de domination artificielle qu’on nomme le faux ego; il se manifeste à travers les trois gunas et n’est qu’une création mentale. Ceux que gouverne la vertu croient que tous les hommes sont Dieu, et ils se rient des purs bhaktas qui s’efforcent de servir le Seigneur d’un amour purement spirituel. Quant aux êtres enorgueillis par la passion , ils cherchent à dominer la nature matérielle de diverses laçons. Certains d’entre eux empruntent la voie de l’altruisme, comme s’ils avaient pour mission de faire le bien autour d’eux à travers différents projets issus de leur mental. Bien qu’ils souscrivent ainsi aux normes courantes de l’altruisme matériel, leurs plans reposent tout entiers sur le faux ego. Celui-ci se développe jusqu’au point où l’on désire se fondre dans l’existence même de Dieu. Quant à la dernière catégorie d’âmes conditionnées de mentalité égoiste, celles qu’enveloppe l’ ignorance , elles s’identifient avec le corps grossier et n’agissent qu’en fonction de celui-ci. Tous ces êtres obtiennent la possibilité de jouer avec diverses conceptions qui se fondent sur le faux ego, mais simultanément, le Seigneur a la bonté de mettre à leur disposition les Ecritures védiques, comme la Bhagavad-gîtâ et le Srimad-Bhâgavatam , de manière à ce qu’ils puissent comprendre la science de Krishna et rendre ainsi leur existence parfaite. L’entière création matérielle est donc destinée aux âmes dominés par le faux ego qui errent sur le plan mental subissant l’Influence de diverses illusions engendrées par les trois gunas.

Verset 30

« Au contact de la vertu , le faux ego se transforme pour devenir le mental. Tous les devas qui dirigent le monde phénoménal sont également issus de cette interaction du faux ego et de la vertu. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

En entrant au contact des divers gunas , le faux ego devient la source de tous les composants du monde phénoménal.

Verset 31

« Les sens, quant à eux, sont issus de l’action de la passion sur le faux ego, en sorte que la spéculation philosophique et l’action intéressée sont princi- palement des produits de la passion. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

La fonction principale du faux ego est d’entretenir l’athéisme. Lorsqu’un être oublie sa position naturelle en tant qu’étincelle divine éternellement subordonnée au Seigneur Suprême, et cherche indépendamment de Lui le bonheur, il développe en gros deux attitudes: d’abord, il se livre longtemps à l’action intéressée afin d’en retirer quelque avantage personnel ou de satisfaire ses sens, puis, après s’être épuisé et frustré à ce genre de poursuite, il emprunte la voie de la spéculation philosophique, et il en vient à se croire égal à Dieu. Ce sentiment erroné de ne plus faire qu’Un avec Dieu représente le dernier piège de l’énergie illusoire, qui garde l’être prisonnier des chaînes de l’oubli, et le place tout entier sous le charme du faux ego.

Le meilleur moyen de se libérer de l’emprise du faux ego est d’abandonner ses habitudes spéculatives à l’égard de la Vérité Absolue. Il faut savoir sans conteste que la Vérité Absolue ne peut être réalisée à travers les conjectures philosophiques d’un être égoiste et sujet à l’imperfection. La Vérité Absolue, ou Dieu, la Personne Suprême est réalisée par l’être qui écoute avec soumission et amour les paroles d’une autorité en la matière, qui représente les douze grands maîtres mentionnés dans le Srimad-Bhâgavatam . Par cet effort seul peut-on vaincre l’énergie illusoire du Seigneur, qui pour tout autre demeurera insurmontable, ainsi que le confirme la Bhagavad-gitâ (VII. 14):

« l’énergie que constituent les trois gunas, cette énergie Divine, la Mienne, on ne peut, sans mal, la dépasser. Mais qui s’abandonne à Moi en franchit facilement les limites. »

Verset 32

« L’éther est produit par le son, et le son représente lui-même la transformation de la passion unie au faux ego. En d’autres mots, l’éther est la représentation symbolique de l’Ame Suprême. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Les hymnes védiques nous enseignent: etasmâd âtmanah âkâsah sam- bhûtah , ce qui signifie que l’éther est la représentation symbolique de l’Ame Suprême. Les êtres égoistes dominés par la passion et l’ignorance ne peuvent concevoir la Personne Suprême, et pour eux, l’éther contenu dans l’espace représente l’Ame Suprême.

Verset 33

 « Quand le Seigneur Suprême porte ensuite Son regard sur l’éther, celui-ci, partiellement mélangé avec le temps éternel et l’énergie externe, fait apparaître les sensations tactiles, desquelles apparaît l’air qui emplit l’espace. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Le grossier procède du subtil; il en va ainsi de toutes les créations matérielles, et c’est de cette façon que l’univers entier s’est développé. De l’éther naissent les sensations tactiles, qui sont produites par l’action conjointe du temps éternel, de l’énergie externe et du regard de la Personne Suprême. Puis, ces sensations tactiles engendrent l’air dans l’espace. Pareillement, tous les autres éléments matériels apparaissent depuis le plus subtil jusqu’au plus grossier: le son se transforme pour donner l’éther, la sensation tactile donne l’air, la forme devient le feu, la sensation de goûter devient l’eau, et l’odorat devient la terre.

Verset 34

« Puis, l’air à l’extrême puissance, en se combinant avec l’éther de l’espace, engendre la forme, perceptible par les sens, et cette perception se transforme en électricité, cette lumière qui permet de contempler le monde. »

Verset 35

« Lorsque l’électricité surcharge l’air et que l’Etre Suprême pose sur elle Son regard, survient alors, par une combinaison du temps éternel et de l’énergie externe, la création de l’eau et du goût. »

Verset 36

« Quand l’eau ainsi créée à partir de l’électricité est ensuite touchée par le regard du Seigneur Souverain, et qu’elle se mêle au temps éternel et à l’énergie externe, elle se transforme en terre, dont l’odeur représente la qualité première. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhjupada explique :

11 ressort clairement de ces descriptions des éléments physiques qu’à chaque nouvelle étape, le regard de l’Etre Suprême doit accompagner les diverses additions et modifications qui entraînent leur manifestation. A chaque nou- velle transformation, la touche finale est apportée par le regard du Seigneur, lequel agit tel un artiste peintre qui mélange différentes teintes en vue d’obte- nir une nuance particulière. Quand un élément se combine à un autre, le nombre de ses attributs s’accroît. Par exemple, l’éther est à l’origine de l’air et ne possède qu’un seul attribut, c’est-à-dire le son; mais dès qu’il entre au contact du regard du Seigneur et qu’il se mélange au temps éternel et à l’éner- gie externe, il fait apparaître l’air, lequel possède, lui, deux attributs, soit le son et l’objet du toucher. De même, après la création de l’air, l’interaction de l’air et de l’éther, touchés par le temps et l’énergie externe du Seigneur, engendre l’électricité. Et de l’interaction de la force électrique avec l’air et l’éther, mêlés au temps, à l’énergie externe et au regard du Seigneur, apparaît l’eau. Au stade ultime de l’éther, il n’existe qu’un seul attribut: le son; dans l’air toutefois, on remarque la présence de deux attributs: le son et l’objet du toucher; dans la force électrique, trois attributs: le son, l’objet du toucher et la forme; dans l’eau, quatre attributs: le son, l’objet du toucher, la forme et le goût; et au dernier degré de développement physique apparaît la terre, qui possède ensemble les cinq attributs: le son, l’objet du toucher, la forme, le goût et l’odeur. Bien qu’il s’agisse de combinaisons variées de divers compo- sants matériels, celles-ci ne surviennent pas d’elles-mêmes, pas plus qu’un agencement de couleurs n’est susceptible d’apparaître de lui-même, sans le geste de l’artiste peintre. L’automatisme de ces transformations est, en fait, l’ œuvre du Seigneur, dont le regard représente la touche personnelle. La conscience vivante constitue ainsi le fin mot de toutes les transformations physiques. Ce que corrobore d’ailleurs la Bhagavad-gïtà (IX. 10): mayadhyaksena prakritih, suyate sa-caracaram, hetunanena kaunteya, jagad viparivartate

En conclusion, les éléments physiques agissent certes de façon merveil- leuse aux yeux des hommes du commun, mais il faut savoir que tout s’opère sous la direction du Seigneur. Ceux qui notent seulement les transformations des éléments physiques sans percevoir derrière elles la main invisible du Sei- gneur possèdent, sans aucun doute, une intelligence inférieure, même s’ils passent pour de grands hommes de science au niveau matériel.

Verset 37 

« O noble Vidura, sache que tous les attributs inférieurs et supérieurs des éléments physiques, depuis l’éther jusqu’à la terre, n’existent que par la touche finale apportée par le regard du Seigneur Suprême. »

Verset 38

« Les deva-maîtres de tous les éléments physiques décrits précédemment sont des émanations de Sri Visnu, dotées par Lui de pouvoirs spécifiques. Ils s’incarnent dans l’énergie externe sous l’action du temps éternel, et représentent autant de parties infimes de Sa Personne. Incapables d’assumer les diverses responsabilités qu’ils s’étaient vu confier dans l’organisation de l’univers, ils offrirent au Seigneur de fascinantes prières. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

L’idée de l’existence de divers êtres surhumains habitant les systèmes pla- nétaires supérieurs et ayant charge de régir l’ordre universel ne relève pas de l’imagination, comme l’affirment certains ignares. Les devas sont des éma- nations fragmentaires du Seigneur Suprême, Sri Visnu. Ils se manifestent sous l’action du temps, de l’énergie externe et d ‘ u n e partie de la conscience de l’Etre Suprême. Les humains, les animaux, les oiseaux et les autres êtres sont également des parties infimes du Seigneur, revêtues de divers corps matériels, mais eux n’ont pas le pouvoir de régir l’ordre de l’univers. Ils sont, bien au contraire, sous le contrôle des devas. Et ce gouvernement de l’univers n’est pas superflu; il importe tout autant que celui d’un Etat moderne, avec tous ses ministères. Aussi les devas ne doivent-ils pas ctre dénigrés par leurs subordonnés; ils sont tous de grands dévots du Seigneur, chargés par Lui de remplir certaines fonctions au sein de l’univers. On pourrait, par exemple, en vouloir à Yamarâja, qui a pour tâche ingrate de punir les pécheurs, mais Yamarâja compte parmi les dévots de confiance du Seigneur, comme d’ail- leurs tous les autres devas. Un bhakta ne se trouve jamais sous la domination de ces devas chargés de pouvoirs et agissant en tant qu’assistants du Seigneur, mais il ne leur en montre pas moins tout son respect en raison des lourdes responsabilités qui leur ont été confiées. Toutefois, il ne commet pas l’erreur grossière de les prendre pour le Seigneur Suprême. Seuls les insensés placent les devas au même niveau que Visnu, car en vérité, ils sont tous employés à Son service.

Quiconque place Dieu et les devas sur un pied d’égalité mérite le nom de pâsandïy ou d’athée. Seuls vénèrent les devas les personnes qui adhèrent plus ou moins aux voies du jfiâna, du yoga et du karma , c’est-à-dire les im- pcrsonnalistes, les fervents de la méditation et ceux qui se livrent à l’action intéressée. Les bhaktas y cependant, n’adorent que le Seigneur Suprême, Srï Visnu. Et leur adoration ne vise l’acquisition d’aucun bienfait matériel comme ceux que convoitent tous les matérialistes, qu’ils soient attachés aux fruits de leurs actes, qu’ils poursuivent les perfections yoglques ou qu’ils recherchent le salut. Les bhaktas adorent le Seigneur Suprême à seule fin de développer une dévotion sans partage pour Sa Personne. Les autres, qui ne projettent nullement de développer leur amour pour Dieu —ce qui repré- sente pourtant le but fondamental de l’existence —, ne Lui vouent pas leur adoration. Et tous ceux qui s’opposent à une relation d ‘ a m o u r avec Dieu se condamnent, de par leurs propres actes, à un bien noir destin.

Comme le Gange dans son cours, le Seigneur Se montre égal envers tous les êtres. Les eaux du Gange sont destinées à la purification de tous, et pour- lant, les arbres qui poussent sur ses rives n ‘ o n t pas tous la même valeur. Le manguier se nourrira de son eau, et de même le nimba ; mais leurs fruits diffé- reront considérablement: l’un sera d’une douceur céleste, l’autre d ‘ u n e amer- tume infernale. Or, l’amertume du nimba est tout simplement le fait de ses actes passés, tout comme la douceur de la mangue lui vient de son propre karma. Le Seigneur affirme Lui-même dans la Bhagavad-gîtâ (XVI. 19):

tân ahatfi dvisatah krûrân, samsâresu narâdhamân

ksipâmy ajasram asubhân âsurîsv eva yonisu

« Les envieux et malfaisants, les derniers des hommes, Je les plonge et les replonge dans l’océan de l’existence matérielle au sein de diverses formes de vie démoniaques. » Les devas comme Yamarâja et les autres maîtres de la création n’existent que pour les âmes conditionnées indésirables qui menacent constamment la tranquillité du royaume de Dieu. Comme ils sont tous d’intimes serviteurs et dévots du Seigneur, jamais il ne faut les dénigrer.

Verset 39

Les devas dirent:
O Seigneur, Tes pieds pareils-au-lotus sont pour les âmes soumises comme une ombrelle les protégeant des souffrances de l’existence matérielle. De fait, tous les sages qui les acceptent comme refuge se débarrassent de toute souffrance. Nous offrons donc notre hommage respectueux à Tes pieds pareils au-lotus.

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

Il existe de nombreux sages et saints qui cherchent à triompher des renaissances successives et autres souffrances matérielles. Mais d’entre tous, ceux qui se réfugient sous les pieds pareils-au-lotus du Seigneur peuvent sans mal se débarrasser entièrement de tous ces maux. Les autres spiritualistes, engagés sur diverses voies, ne peuvent y parvenir. La tâche leur est fort ardue. Ils croient arbitrairement qu’ils seront libérés sans avoir accepté comme refuge les pieds pareils-au-lotus du Seigneur, ce qui est impossible. Cette fausse libération les conduira à coup sûr vers une nouvelle chute dans l’existence matérielle, et ce, en dépit de leurs dures austérités. C’est là l’opinion des devas, qui sont non seulement versés dans le savoir védique, mais voient également le passé, le présent et le futur. Leur jugement doit être pris en considération du fait qu’ils sont autorisés à occuper divers postes dans l’organisation de l’univers; ils sont désignés par le Seigneur en personne pour être Ses serviteurs intimes.

Verset 40

« O Seigneur, Toi notre Père, ô Etre Souverain, les êtres qui vivent dans rnnivers matériel ne peuvent jamais connaître le bonheur, accablés qu’ils sont par les trois formes de souffrances. Par suite, ils cherchent refuge à l’ombre de Tes pieds pareils-au-lotus, tout empreints de connaissance, et nous faisons de même. »

Sa Divine Grâce Srila Prabhupada explique :

La voie du service de dévotion n’a rien de sentimental ou de matériel. C’est la voie de la réalité, par quoi l’être distinct peut trouver le bonheur spirituel qui existe au-delà des trois formes de souffrances matérielles —celles qui proviennent du corps et du mental, celles qui proviennent des autres êtres  et celles qui proviennent des catastrophes naturelles. Tout être conditionné par l’existence matérielle, qu’il s’agisse d’un homme, d’un animal, d’un oiseau ou d’un deva, doit connaître ces trois formes de souffrance, dites âdhyâtmika celles issues du corps et du mental), âdhibautika (celles provoquées par les autres êtres) et âdhidaivika (celles qu’entraînent des forces surnaturelles). Son bonheur n’est en fait qu’un dur combat pour échapper aux souffrances de l’existence conditionnée, Mais il n’y a qu’une planche de salut qui s’offre à l’être, et c’est d’accepter le refuge des pieds pareils-au-lotus du Seigneur Suprême.
On ne saurait nier qu’à moins d’avoir une connaissance suffisante, nul ne peut s’affranchir des souffrances matérielles. Mais parce que les pieds pareils-au-lotus du Seigneur sont tout empreints de savoir spirituel, celui qui y trouve refuge remplit aussitôt cette condition. Cette vérité a d’ailleurs déjà été présentée au premier Chant de l’ouvrage:

vâsudeve bhagavati
bhakti-yogah prayojitah
janayaty âsu vairâgyam
jnânam ca y ad ahaitukam

Le service de dévotion offert à Vâsudeva ne manque certes pas de connaissance. Le Seigneur Se charge Lui-même de dissiper les ténèbres de l’ignorance dans le cœur du bhakta, ce qu’il confirme dans la Bhagavad-gïtâ (X.10): 

tesâm satata-yuktânâm
bhajatâm priti-pûrvakam
dadâmi buddhi-yogam tam
yena mâm upayânti te

Retenons que la spéculation philosophique empirique ne saurait nous affranchir des trois formes de souffrances liées à l’existence matérielle. Porter ses efforts uniquement vers l’acquisition du savoir, sans être dévoué au Seigneur, c’est perdre un temps précieux.

 

Les véritables raisons de la venue de Buddha…

Srimad-Bhagavatam : 1er chant, 3ème chapitre, 24 ème verset.

« Puis, au début de l’âge de Kali, le Seigneur apparaîtra sous la forme de Buddha, le fils d’Anjana, dans le district de Gayâ, à seule fin d’égarer ceux qui jalousent les fidèles. »

Sa Divine Grâce A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada explique:

Buddha, puissant avatâra , parut dans le district de Gayâ (Bihar) en tant que fils d’Anjana. Il répandit une interprétation qui lui est propre du concept de non-violence et rejeta même les sacrifices d’animaux autorisés par les Vedas. A l’époque de son avènement, la masse des hommes versait dans l’athéisme et montrait un goût immodéré pour la consommation de chair animale. Sous prétexte d’accomplir des sacrifices védiques, on avait pratiquement transformé chaque maison en abattoir, et il était donné libre cours à la tuerie des animaux. Prenant les pauvres bêtes èn pitié, Buddha se mit à prêcher la non-violence. Il répandit l’idée qu’il n’attachait nulle foi à la norme védique, mais insista fortement sur les effets psychologiques néfastes encourus par l’abattage des animaux. Les hommes du kali-yuga, privés de foi en Dieu d’où leur intelligence diminuée, adhérèrent alors à ses principes et s’initièrent par cette voie à la discipline morale et à la non-violence, les deux étapes préliminaires à tout progrès dans la réalisation de Dieu. Il leurra de cette manière les athées, car s’ils refusaient de croire en Dieu, ils avaient une foi absolue en lui, qui n’était rien moins qu’une manifestation de Dieu. Les incroyants crurent donc en Dieu, sous la forme de Buddha. Telle fut sa miséricorde: il fit en sorte que les infidèles croient en lui.

Avant que vienne Buddha, le trait dominant dans la société, c’était l’abattage des animaux, sous prétexte de sacrifices védiques. Quand l’approche des Vedas n’est pas accomplie à travers la succession disciplique autorisée, les esprits se laissent facilement égarer par le langage fleuri qui véhicule cet immense savoir. D’esprits aussi infortunés, la Bhagavad-gitâ affirme qu’ils se fourvoieront nécessairement, parce qu’ils ne reçoivent pas la connaissance des Vedas à partir des sources purement spirituelles de la succession disciplique. En effets ils ne voient pas au-delà des sacrifices rituels; c’est pourquoi la Bhâgavad-gitâ affirme encore que leur savoir n’a pas de profondeur. Toute la connaissance contenue dans les Vedas est destinée à nous élever graduellement jusqu’au Seigneur Suprême. Tous les Textes védiques sont centrés sur la connaissance du Seigneur Suprême, de l’âme distincte, de l’ordre universel et des liens existant entre ces divers objets. Lorsqu’on connaît ces liens, on commence d’agir en conséquence et le but de l’existence, qui est de retourner à Dieu, alors s’atteint le plus facilement du monde. Mais par malheur, les gens qui possèdent une fausse érudition sur les Vedas se laissent fasciner par les seules cérémonies, ou rites, purificatoires, et leur progrès spirituel est ainsi entravé.

Buddha est venu pour conduire vers le théisme tous ces impies, égarés par l’athéisme. C’est pourquoi il voulut tout d’abord mettre un terme à leur habitude de massacrer les bêtes. Les tueurs d’animaux représentent en fait des éléments de danger sur la voie du retour à Dieu. On en distingue deux types: ceux qui massacrent les bêtes à proprement parler, mais également ceux qui ont délaissé leur identité spirituelle, puisqu’on nomme l’âme aussi parfois « l’animal », ou l’être vivant. Maharaja Pariksit affirmait que seuls les assassins d’animaux ne pourront jamais goûter le message sublime du Seigneur Suprême. Par suite, si les hommes veulent s’initier à la voie du retour à Dieu, ils doivent d’abord et avant tout mettre fin à toute tuerie animale, sous l’une et l’autre de ses formes. Il est absurde de croire que le massacre des animaux ne freine en rien la réalisation spirituelle. Avec l’âge de Kali sont apparus un grand nombre de prétendus sannyâsis propageant cette idée dangereuse et encourageant par là, sous le couvert de la loi védique, l’abattage des animaux. La question a d’ailleurs déjà été soulevée lors d’une conversation entre Sri Caitanya et Maulana Chand Kâdi Shaheb; les sacrifices d’animaux recommandés dans les Vedas n’ont rien à voir avec le massacre d’innocentes bêtes dans les abattoirs. Mais parce que les asuras, ou les faux érudits des Vedas , insistaient si fortement sur cet aspect des sacrifices d’animaux, Buddha ne put que feindre de renier, l’autorité des textes sacrés. Il n’agit de la sorte qu’afin d’arracher les hommes à ce vice de tuer les animaux, et aussi, pour protéger les pauvres bêtes, du massacre que leur réservaient leurs « aînés »,si désireux —en paroles — de fraternité, de paix, de justice, et d’égalité universelles. Où est donc la justice lorsqu’on permet que soient tuées d’innocentes bêtes? Buddha voulut donc mettre un terme définitif à toute cette boucherie, et son culte de l’ahimsâ fut propagé dans ce but, non seulement en Inde, mais aussi loin hors du continent.

D’un point de vue technique, on dira que la philosophie de Buddha est une forme de l’athéisme, car elle ne reconnaît pas le Seigneur Suprême et renie l’autorité des Vedas. Mais il ne s’agit là que d’une manœuvre de camouflage de la part du Seigneur. Buddha, en tant que manifestation divine, s’identifie à l’auteur originel du savoir védique: il ne peut donc le rejeter. S’il feignit de le faire, c’est que les sura-dvisas, les êtres démoniaques qui jalousent sans cesse les dévots du Seigneur, tentaient de justifier l’abattage de la vache, ou des animaux en général, à partir des Textes védiques (comme le font d’ailleurs encore certains sannyâsis « à la mode »). C’est uniquement pour cette raison que Buddha eut à rejeter en bloc l’autorité des Ecritures védiques. Son entreprise relève de la pure tactique, et il faut comprendre que s’il en avait été autrement, on ne l’aurait pas reconnu pour l’avatâra annoncé dans les Ecritures elles-mêmes; le poète Jayadeva, l’âcârya vaisnava , ne l’aurait pas non plus révéré dans ses hymnes sublimes. Buddha reprit l’enseignement des principes de base des Vedas , mais selon les exigences du temps (comme le fera aussi plus tard Âcârya Sankara), afin justement de rétablir l’autorité des Vedas. Tous deux, l’avatâra Buddha et Sankarâcàrya, défrichèrent à nouveau la voie du théisme, et les âcâryas vaisnavas qui vinrent par la suite, plus spécialement Sri Caitanya Mahâprabhu, qui n’était autre que le Seigneur, guidèrent les hommes sur cette voie, les amenant à réaliser Dieu et à faire retour vers Lui.

Pour notre part, nous considérons comme positif l’intérêt général du public pour le mouvement non violent de Buddha; mais sera-t-il suffisamment pris au sérieux pour qu’on ferme tous les abattoirs? Et sinon, quel sens peut prendre le culte de l’ahimsâ?

Le Srimad-Bhâgavatam fut compilé tout juste avant le début du kali-yuga, voici près de 5 000 ans, et Buddha apparut voici environ 2 600 ans. Le Srimad-Bhagavatam avait donc prédit sa venue. Telle est la valeur de cet Ecrit de lumière, qui contient par ailleurs nombre d’autres prophéties, qu’on voit toutes se réaliser les unes après les autres. Ce point contribue à établir le caractère absolu du Srimad-Bhâgavatam, où n’apparaît nulle trace d’erreur, d’illusion, de tromperie ou d’imperfection, c’est-à-dire des quatre faiblesses propres à tout être conditionné par la matière. Les âmes libérées se tiennent au-delà de ces imperfections, et c’est ainsi qu’elles peuvent voir et prédire des événements futurs, même très éloignés.

La connaissance de l’âme.

La connaissance de l’âme fut révélée par le Seigneur Krishna, à son ami et dévot Arjuna, sur le champ de bataille de Kuruksetra. Cette connaissance fut couchée dans une oeuvre historique narrant des hauts faits de l’époque.

La Bhagavad-gîta telle qu’elle est

Il est dit qu’en buvant Peau du Gange, on obtient certes le salut, que dire alors de celui qui boit les eaux sacrées de la Bhagavacl-gitâ , le nectar intime du Mahâbhârata  qui émane de Sri Krishna, le Visnu originel, la Personne Suprême, et coule de Ses lèvres mêmes (tandis que le Gange prend source à Ses pieds pareils-au-lotus). Il n’existe, certes, nulle différence entre la bouche et les pieds du Seigneur, mais nous comprenons facilement que la Bhagavad-gitâ prévaut sur le Gange.

On peut comparer la Bhagavad-gitâ à une vache qu’un jeune pâtre, qui est, bien sûr, Krishna, commence de traire. Son lait, c’est l’essence des Vedas; Arjuna est comme un jeune veau. Et tout homme d’intelligence, le sage et le pur bhakta , en boira le nectar à longs traits.

L’homme moderne proclame sa volonté d’unir tous les hommes par une seule Ecriture, un seul Dieu, une seule religion et un devoir unique. Que cette Ecriture soit donc la Bhagavad-gitâ , et ce Dieu Sri Krishna. Qu’il y ait un seul mantra:

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Râma Rare Râma Râma Râma Hare Hare

Et qu’un devoir unique rassemble tous les êtres: le service de Dieu, la Personne Suprême.

Situation de la Bhagavad-gitâ

La Bhagavad-gitâ est un dialogue entre Sri Krishna, Dieu, la Personne Suprême, et Arjuna Son dévot, ami intime et disciple. Arjuna interroge Krishna, qui lui répond en exposant la science de la réalisation spirituelle. La Bhagavad-gitâ fait partie du Mahâbhârata , compilé il y a 5 000 ans par SrIla Vyâsadeva, l’avatara-Ecrivain, paru sur Terre pour mettre par écrit la sagesse védique pour le bien des générations à venir.

Le Mahâbhârata est constitué par le récit historique des hauts faits du roi Bharata et de ses descendants, jusqu’aux trois fils du roi Vicitravirya : Dhritaràstra, Pàndu et Vidura. Dhritaràstra, en tant que fils aîné, aurait dû hériter du trône, mais en raison de sa cécité native, le pouvoir échut à son frère cadet, Pàndu. Pàndu eut cinq fils: Yudhisthira, Bhima, Arjuna, Nakula et Sahadeva; Dhritaràstra en eut cent, dont le principal se nommait Duryodhana.

Jamais Dhritaràstra n’avait accepté la prééminence de son jeune frère, et il éleva Ses fils, déterminé à les voir régner un jour sur le monde à la place des Pàndavas, les fils de Pàndu. Duryodhana et ses frères grandirent, imprégnés des ambitions de leur père, de son orgueil et de son avidité. Pàndu se trouva mourir prématurément, et ses fils furent désormais placés sous la tutelle de Dhritaràstra. Ce dernier attenta à leur vie et à celle de leur mère, Prithà, également appelée Kunti. Mais les complots de l’aveugle furent déjoués, grâce en particulier à l’intervention de Vidura, l’oncle des Pàndavas, et à la protection bienveillante de Sri Krishna.

Les guerriers et les chefs de l’époque, les ksatriyas , observaient un code de chevalerie qui leur interdisait de refuser un défi, pour le combat ou pour le jeu. Abusant de ce code, Duryodhana, en trichant au jeu, parvint à frustrer les cinq frères de leur royaume, et même de leur liberté, puisqu’il les força à un exil de douze ans. Ces douze années écoulées, les Pàndavas se rendirent à la cour de Duryodhana et lui demandèrent quelque terre où régner, car selon le code ksatriya , un guerrier ne pouvait remplir d’autres fonctions que celle de protecteur ou suzerain. Mais Duryodhana les accabla de son mépris: jamais il ne leur accorderait même assez de terre pour planter une aiguille. Arjuna et ses frères n’eurent donc d’autre choix que de recourir aux armes; ainsi commença une guerre d’une ampleur prodigieuse. Les grands guerriers de la Terre entière s’affrontèrent, les uns pour mettre Yudhisthira, l’aîné des Pàndavas, sur le trône, les autres pour l’empêcher d’y accéder. La bataille qui s’ensuivit à Kuruksetra devait durer dix-huit jours.

Alors que les armées s’assemblent, Sri Krishna tente d’intervenir en faveur d’un règlement pacifique, mais II trouve Duryodhana déterminé à gouverner la Terre comme bon lui semble et à se défaire des Pàndavas, dont l’existence même menace son droit à la couronne.
Les Pândavas, purs dévots du Seigneur, et de la plus haute vertu morale, reconnaissent en Krishna Dieu, la Personne Suprême; mais les fils de Dhritarâstra, privés d’une telle vertu, s’aveuglent sur Sa nature divine. Krishna offre cependant de participer à la bataille, en respectant le désir de chacun des antagonistes. Il ne combattra pas en personne, mais ordonnera que Ses propres armées rallient un camp, tandis que Lui-même ira à l’autre, où II agira comme conseiller. Les Pândavas choisissent d’avoir la Personne de Krishna, et Duryodhana voit se joindre à ses forces les armées du Seigneur. C’est ainsi que Krishna devient le conducteur du char de Son dévot et ami intime d’Arjuna . Alors commence la Bhagavad-gitâ : les armées sont déployées en ordre de combat, et Dhritarâstra, inquiet, demande à son secrétaire, Sanjaya, de lui décrire la situation : « Qu’ont fait mes fils et les fils de Pându ? »

2 versets du premier chapitre :

dhritarâstra uvâca 
dharma-ksetre kuru-ksetre
samavétâ yuyutsavah 
mâmakah pàndavas caiva
 kim akurvata sanjaya 

Dhritarâstra dit:

« O Sanjaya, qu’ont fait mes fils et les fils de Pându après s’être assemblés au lieu saint de Kuruksetra, prêts à livrer bataille? »

Srila Prabhupada explique :

La Bhagavad-gitâ est un texte sacré fort répandu, qui expose la science de Dieu. La Gitâ-mâhâtmya (« Les gloires de la Bhagavad-gitâ « ) la résume, ajoutant ce conseil de l’étudier très attentivement sous la direction d’un maître entièrement voué à Sri Krishna. Elle recommande également d’en chercher la signification sans y introduire ses propres idées. D’ailleurs, la Bhagavad-gitâ indique elle-même comment il faut étudier et comprendre son contenu, par l’exemple d’Arjuna qui comprit sans défaillance l’enseignement reçu des lèvres mêmes du Seigneur. Qui a la chance de recueillir ce savoir dans un même esprit de fidélité à la filiation spirituelle* de Krishna, sans y introduire aucune interprétation personnelle, acquerra une connaissance supérieure à celle qu’on pourrait obtenir en étudiant toutes les Ecritures védiques*, ou même tous les textes sacrés du monde. La Bhagavad-gïtâ contient non seulement le message de tous les autres Ecrits révélés, mais aussi des informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs. De là son caractère exceptionnel: la Bhagavad-gitâ nous livre la perfection de la science de Dieu, car elle fut directement énoncée par le Seigneur Lui-même, Sri Krishna. Le dialogue entre Dhritarâstra et Sanjaya, tel que le Mahâbhârata le rapporte, fait ressortir cette grande philosophie. C’est sur le champ de bataille de Kuruksetra (terre sacrée, lieu de pèlerinage depuis les temps immémoriaux de l’ère védique) que l’exposa le Seigneur, venu en personne sur notre planète pour guider les hommes.

Le mot dharma-ksetra (littéralt: lieu où s’accomplissent les rites du sacrifice) est chargé de signification dans ce contexte, car c’est la Personne Suprême, nul autre que Dieu, qui Se trouve aux côtés d’Arjuna sur le champ de bataille de Kuruksetra. Le père des Kurus, Dhritarâstra, doute fort que ses fils aient une chance de remporter la victoire, et il demande à son secrétaire Sanjaya:  » Qu’ont fait mes fils et les fils de Pându ?  » Il sait bien que ses fils et ceux de son jeune frère Pându sont réunis sur le champ de bataille de Kuruksetra, bien déterminés à se battre. Il veut être sûr que ses fils et leurs cousins ne sont parvenus à aucun compromis, en même temps qu’il désire être rassuré sur leur sort. Or, Dhritarâstra craint beaucoup l’influence du lieu sacré sur l’issue de la bataille, car les Vedas en parlent comme d’une aire de sacrifice où descendent même les habitants des cieux, et il sait que son influence bénéfique jouera en faveur d’Arjuna et des Pândavas, à cause de leur vertu.

Sanjaya, élève de Vyâsa, possède, par la grâce de son maître, le privilège de voir le champ de bataille sans quitter le palais du roi Dhritarâstra. Averti de son pouvoir, Dhritarâstra lui demande de décrire ce qui se passe sur le champ de bataille.

Dhritarâstra dévoile ici ses pensées: bien que les fils de Pându et les siens appartiennent à la même famille, il affirme que seuls ces derniers sont des Kurus, et tente d’écarter les Pândavas de l’héritage royal. Par là, nous voyons plus clairement la position qu’adopte Dhritarâstra vis-à-vis de ses neveux, les fils de Pându . Et il devient évident, dès le début de cette narration, que le fils de Dhritarâstra (Duryodhana) et ses partisans seront balayés du champ sacrificiel de Kuruksetra, où Se trouve Krishna, père de la religion, lis en seront arrachés comme les mauvaises herbes d’une rizière, et les gens profondément vertueux, conduits par Yudhisthira, remporteront la victoire par la grâce du Seigneur. Tel est le sens des mots dharma-ksetre et kuru-ksetre, mise à part leur importance historique et védique.

sanjaya uvâca

drstvâ tu pândavânïkam

vyûdham duryodhanas tadâ

âcâryam upasangamya

râjâ vacanam abravit

Sanjaya dit:

« O Dhrtarâstra, après avoir observé l’armée des fils de Pându déployée en ordre de combat, le roi Duryodhana s’approche de son précepteur et lui tient ces propos: »

Srila Prabhupada explique :

Aveugle par les yeux du corps, Dhritarâstra souffre malheureusement, d’une autre infirmité: il est dépourvu de vision spirituelle. Il sait bien, d’autre part, que ses fils sont aussi aveugles que lui sur le plan de la spiritualité, que par suite, ils n’arriveront jamais à un accord avec les Pândavas, dont la foi est native. Sanjaya, son secrétaire, connaît les craintes du roi concer nant l’influence de la plaine sacrée sur l’issue de la bataille. Il sait pourquoi le roi l’interroge, et pour pallier à son découragement, assure que ses fils n’accepteront aucun compromis, même sous l’emprise du saint lieu. Duryo dhana, l’informe-t-il, vient d’évaluer les forces militaires des Pândavas et se dirige à présent vers le chef de ses armées, Dronâcârya, pour lui décrire la situation. Duryodhana, bien qu’il soit roi, comme ce verset l’indique, doit consulter le chef de ses troupes tant la situation est sérieuse. Habile politique, il ne parvient cependant pas à masquer la crainte que lui inspire le déploiement des Pândavas.

Arjuna, voyant l’armée de ses cousins avec ses précepteurs, ses maîtres, etc…refuse de combattre…

Arjuna dit dans le 45ème verset de ce 1er chapitre.

« Mieux vaut mourir de la main des fils de Dhrtaràstra, sans armes et sans faire de résistance, que de lutter contre eux. »

Les principes militaires du ksatriya lui ordonnent de ne pas attaquer un ennemi désarmé, ou qui refuse la lutte. Sans tenir compte de l’immense désir de lutte animant l’ennemi,  Arjuna se refuse au combat, même s’il est attaqué. Son attitude résulte d’une grande bonté, signe de son ardente dévotion pour le Seigneur.

sanjaya uvâca
evam uktvârjunah sankhye
rathopastha upâvisat
visrjya sa-saram câpam
soka-samvigna manasah

Sanjaya dit:

« Ayant ainsi parlé sur le champ de bataille, Arjuna laisse choir son arc et ses flèches; il s’assoit sur son char, accablé de douleur. »

Arjuna se tenait debout sur son char tant qu’il observait l’armée ennemie. Mais une telle détresse l’accable maintenant devant ce qu’il a vu qu’il se rassied, posant à côté de lui son arc et ses flèches. Seul celui qui,voué au Seigneur, possède la grandeur d’âme et la tendresse de c œur d’Arjuna , est digne de recevoir la connaissance spirituelle.

2 ème chapitre : la connaissance de l’âme.

Verset 1

Sanjaya dit:

« Voyant la profonde tristesse et la grande compassion d’Arjuna, dont les yeux sont baignés de larmes, Madhusudana, Krishna, S’adresse à lui. »

Srila Prabhupada explique :

La pitié pour le corps, les lamentations et les larmes sont des signes dévoilant que nous ignorons notre identité réelle. Car, c’est pour l’âme éternelle, au contraire, que pleure l’être conscient de son moi véritable. Le Nom que porte ici Krishna, Madhusudana, rappelle qu’il a tué Madhu, un monstre maléfique. Arjuna l’utilise afin d’exprimer à Krishna son désir de Le voir tuer le monstre du doute, qui l’assaillit au moment d’accomplir son devoir. En général, nous ignorons quand et à qui montrer notre pitié. Quel sens y a-t-il à pleurer sur les vêtements d’un homme qui se noie? Il serait certes absurde, pour sauver un homme de la noyade, de s’occuper de son manteau. De même, comment sauver un homme perdu dans l’océan de l’ignorance si l’on cherche à satisfaire d’abord les demandes de son corps physique, lequel n’est qu’une manière de vêtement? S’apitoyer sur le corps est le signe du sudra, qui ignore l’existence de l’âme: qui aurait pu croire qu’Arjuna, un ksatriya, manifeste une telle faiblesse? Mais le Seigneur peut sans mal dissiper l’illusion de l’ignorant, et c’est dans un tel but qu’il a énoncé la philosophie de la Bhagavad-gitâ.

Dans ce deuxième chapitre, Krishna, le maître suprême en matière de connaissance, nous conduit vers la réalisation de notre moi éternel par l’étude analytique du corps matériel et de l’âme spirituelle. Un tel niveau de réalisation peut s’atteindre à travers nos responsabilités matérielles, si nous ne perdons jamais de vue notre identité spirituelle véritable.

 

Qui est fou ?

Ce verset est tiré de l’Upadesamrita écrite par Srila Rupa Goswami, grand acarya de notre succession disciplique : la Brahma-Madhva-Gaudiya-Vaisnava-Sampradaya, au XV ème siècle de notre ère.

 

vàco vegam manasah krodha-vegam

jihvà-vegam udaropastha-vegam

etàn vegàn yo visaheta dhirah

sarvàm apimàm prithivim

L’être sobre, capable de résister aux tentations du verbe, aux sollicitations du mental, aux incitations à la colère et aux impulsions de la langue, de l’estomac et des organes génitaux, trouve qualité pour faire des disciples par toute la terre.

Le Srimad-Bhàgavatam nous montre Maharaja Pariksit soumettant à Srila Sukadeva Gosvâmi nombre de questions pertinentes, dont l’une se formule comme suit: «Ceux-là qui ne peuvent maîtriser leurs sens, pourquoi tentent-ils d’expier leur fautes?» De tels êtres sont semblables à un voleur qui, même s’il sait fort bien qu’il peut être arrêté pour ses vols, et même s’il a vu d’autres voleurs appréhendés par les représentants de la loi, continue cependant de perpétrer ses méfaits. Il est deux voies par quoi s’acquiert le savoir: par l’écoute et par la vue. Une intelligence moindre l’acquerra par la vue; une intelligence plus haute, à travers l’écoute. Ainsi, lorsqu’un homme doué d’intelligence entend les enseignements des écrits juridiques et des sàstras (Textes révélés) stipulant que voler est un crime et que tout malfaiteur qui se fait prendre sera arrêté et châtié, il s’abstient de le faire. Mais l’homme d’in- telligence moindre devra d’abord subir arrestation et punition avant de comprendre. Quant à l’homme à l’esprit vil et privé de toute intelligence, il continuera ses crimes même après avoir vu et entendu, et même après avoir été puni. Châtié par l’Etat, ayant ainsi expié ses fautes, un homme de ce genre récidive dès sa sortie de prison. La question se pose alors: si l’emprisonnement doit permettre au voleur de racheter ses fautes et qu’il reprend, une fois libre, ses activités malfaisantes, quelle peut être la valeur d’une telle expiation? Telle est d’ailleurs la question de Maharaja Pariksit, rapportée dans le Srimad-Bhàgavatam (VI. 1.9-10):

drista-srutàbhyàm yat pàpam

jànann apy âtmano ‘hitam

karoti bhùyo vivasah

pràyascittam atho katham

 

kvacin nivartate ‘bhadràt

kvacic carati tat punah

pràyascittam atho ‘pàrtham

manye kunjara-saucavat

Il compare ce genre d’expiation au bain des éléphants. On voit cet animal s’asperger d’eau avec grand soin, mais sitôt hors de la rivière, il se couvre à nouveau de poussière. Que lui vaut alors de s’être si soigneusement baigné? Pareillement, des spiritualistes pratiquent le chant du mahà-mantra Hare Krishna tout en se livrant aux actes défendus, forts de croire que le chant annulera leurs fautes. Des offenses qui peuvent être commises lors du chant des Saints Noms du Seigneur (1) , celle qui consiste à commettre sciemment des actes coupables en espérant que le chant du mahà-mantra efface leurs conséquences porte le nom de nâmno balàd yasya hi pàpa-buddhih. Certains chrétiens vont de la même manière à l’église confesser leurs péchés, croyant de cette manière, et moyennant quelque pénitence, obtenir l’absolution de leurs péchés de la semaine. Mais dès que la suivante commence, ils reprennent leurs activités coupables, en attendant le pardon du prochain dimanche. Mais dans ces versets du Srimad- Bhàgavatam , Maharaja Pariksit — le roi le plus intelligent de son époque — condamne une telle expiation (pràyascitta). Sukadeva Gosvâml, doué lui aussi d’une intelligence remarquable, et digne du maître spirituel de Maharaja Parïkçit, répondit au roi en confirmant le bien-fondé de ses dires, car un acte coupable ne peut être neutralisé par un acte vertueux. Le véritable prâyascitta , ou rachat de nos fautes passées, s’effectue en ravivant notre conscience de Krishna, maintenant assoupie.

Il demande donc le développement du vrai savoir, lequel s’acquiert par une voie précise. Tout comme il faut apprendre à se plier à des règles d’hygiène strictes pour rester en bonne santé, il faut de même apprendre à se soumettre à certains principes de vie si on aspire à ranimer sa conscience originelle, une conscience de parfaite connaissance. Mener une vie ainsi réglée constitue ce qu’on appelle le tapasyà , l’austérité. On peut graduellement s’élever au niveau du savoir véritable — de la Conscience de Krishna — par la pratique de l’austérité et de la continence (le brahmacarya ), par la maîtrise du mental et des sens, par le don de ses biens, en se gardant profondément véridique, et propre, ainsi que par la pratique des yoga-àsanas  . Toutefois, celui qui aura l’heureuse fortune de bénéficier de la compagnie d’un pur bhakta, d’un maître spirituel* authentique, et, sous sa direction, d’observer les principes régulateurs de la Conscience de Krishna — s’abstenir de tout rapport sexuel illicite, ne pas manger de viande, ne faire usage d’aucune substance enivrante et re- jeter tout jeu de hasard — et à sa suite de s’engager dans le service du Seigneur Suprême, pourra facilement atteindre le même but sans devoir se soumettre à toutes les pratiques yogiques visant à maîtriser le mental. C’est d’ailleurs la méthode, fort simple, que recommande Srila Rupa Gosvâmi

D’abord, maîtriser ses paroles. Chacun possède le pouvoir de parler, dont il se hâte d’user dès que s’en présente l’occasion. Que nos dires ne se rapportent pas à la Conscience de Krishna, et mille sottises sortiront alors de notre bouche. Le crapaud des champs ne peut s’empêcher de coasser; de même, tout homme qui a une langue veut parler, fût-ce pour dire des inepties. Mais par ses cris, le crapaud ne fait que convier le serpent: «S’il te plaît, viens me manger!» Bien qu’il appelle ainsi sa propre mort, rien ne peut l’empêcher de poursuivre son tapage. Les paroles des  matérialistes et des philosophes mâyâvâdis, ou impersonnalistes, sont comme les coassements du crapaud. Par les sornettes qui se précipitent sans arrêt de leur bouche, ils invitent la mort à les engloutir. Maîtriser ses paroles, cependant, ne signifie pas s’imposer le silence ( mauna), comme le croient les philosophes màyâvâdis. La pratique du silence peut apporter une aide temporaire, mais qui se traduira finalement par l’échec. Pour réaliser la maîtrise du verbe telle que l’entend Srila Rupa Gosvâmi, il faut plutôt adopter la voie positive de la Krishna -kathà; cette voie consiste à utiliser nos paroles pour la glorification du Seigneur Suprême, Srî Krihsna, à user de sa langue pour exalter Son Nom, Sa Forme, Ses Attributs et Ses Divertissements; le prédicateur de la Krishna -kathà se situe éternellement hors d’atteinte des griffes de la mort. Voilà ce que signifie maîtriser son désir de parler, ou «résister aux tentations du verbe».

La fébrilité, ou inconstance, du mental (mano-vega) peut être dominée lorsqu’on le fixe sur les pieds pareils-au- lotus* de Krishna. Le Caitanya-caritàmrta (Madhya, XXII.31) enseigne à cet effet:

krishna — sûrya-sama; màyà haya andhakàra yàhàh krishna, tâhâh nàhi màyàra adhikàra

Sri Krishna est comparable au soleil, et mâyâ à l’obscurité. Là où brille le soleil, il ne saurait exister de ténèbres. De même, si l’on garde Krishna présent en son mental, aucun risque de voir mâyà venir le troubler. La techique de yoga qui vise à nier toute pensée matérielle ne s’avère ici d’aucune aide; le vide créé dans le mental ne peut être qu’artificiel, et ne tardera pas à se combler. Cependant, si l’on absorbe toujours ses pensées en Krishna, méditant sur le moyen de mieux Le servir, tout naturellement le mental sera maîtrisé.

La colère aussi peut être maîtrisée. Impossible d’en faire simplement abstraction, mais nous pouvons nous en rendre maîtres si, l’assujettissant à la Conscience de Krishna, nous en usons contre ceux qui blasphèment le Seigneur ou Ses dévots.

Sri Caitanya Mahàprabhu montra un courroux de cette qualité lorsqu’il S’en prit aux deux frères mécréants Jagâi et Màdhài après qu’ils eurent blasphémé et blessé Sri Nityânanda Prabhu. Certes, Il écrit dans Son Siksàstaka: trnàd api sunicena taror api sahisnunâ , «Les Saints Noms du Seigneur, on devrait les chanter sans prétention aucune, en toute humilité, en se considérant moins qu’un fétu de paille dans la rue, en devenant plus tolérant que l’arbre et toujours prêt à offrir à autrui ses respects.» Pourquoi donc, alors, de la part du Seigneur, une telle colère? Il faut comprendre le principe suivant: un homme doit être prêt à tolérer les pires insultes dès lors qu’elles sont dirigées vers sa propre personne, mais le vrai bhakta s’enflammera de colère et sévira aussitôt contre quiconque offense Krishna ou Son pur dévot. Il est impossible d’enrayer la colère (krodha), mais elle peut être appliquée à bon escient. Hanumân était aussi animé d’une grande colère lorsqu’il livra aux flammes Lanka, pourtant il demeure célébré comme le plus fervent dévot de Sri Ràmacandra; c’est qu’il fit un juste usage de la colère. De même Arjuna, il n’avait aucun désir de combattre, mais Sri Krishna l’incita à la colère: «Tu dois combattre!» Nul ne peut en effet combattre sans colère. Mais il faut, pour la maîtriser, l’utiliser au service de Krishna.

Quant à la langue, nous savons tous par expérience qu’elle aspire toujours à goûter les mets succulents. Cependant, nous ne devrions pas la laisser se satisfaire à sa fantaisie, mais la discipliner, en lui donnant du prasâda. Ainsi, un bhakta ne mange que lorsque Krishna le pourvoie en prasâda. Voilà comment maîtriser les impulsions de la langue. On doit en outre honorer le prasâda à des heures régulières, et ne jamais fréquenter les restaurants ou confiseries, selon les caprices de la langue et de l’estomac. Si l’on adhère à ce principe, de n’accepter pour toute nourriture que du prasâda, leurs impulsions s’en trouveront maîtrisées.

De même, les impulsions sexuelles sont maîtrisables, pourvu qu’on n’y réponde pas sans jugement. Les organes génitaux doivent servir à engendrer des enfants qu’on élèvera dans la Conscience de Krishna, et à nul autre usage. Le Mouvement pour la Conscience de Krishna ne favorise pas le mariage en vue de satisfaire les pulsions génitales, mais bien pour que viennent au monde des enfants qu’on élèvera dans la Conscience de Krishna. Dès qu’ils ont un peu grandi, vers l’âge de cinq ans, on les envoie au guru- kula, à nos écoles védiques, où ils reçoivent l’éducation nécessaire pour devenir parfaitement conscients de Krishna. La société requiert un grand nombre d’hommes formés de cette manière. Ainsi, celui qui est en mesure d’engendrer une descendance de bhaktas pourra-t-il avantageusement user de ses organes de reproduction.

Or, quiconque possède une parfaite maîtrise des divers modes de discipline dans la Conscience de Krishna se donne qualité pour devenir un maître spirituel authentique.

Dans l’anuvrtti, son commentaire sur l’Upadesâmrta, Srïla Bhaktisiddhànta SarasvatI Thâkura explique que l’i- dentification de l’être à la matière éveille en lui trois sortes d’impulsions: celles de la parole, celles du mental et celles du corps. Que l’être y succombe, et sa vie prendra aussitôt un caractère défavorable. On désigne celui qui, pour sa part, entreprend de leur résister sous le nom de tapasvi, signifiant qu’il pratique l’austérité. Grâce à ce tapasyà , il pourra briser le joug de l’énergie matérielle, l’énergie externe du Seigneur Suprême.

Lorsque nous parlons de «tentations du .verbe», nous nous référons aux vaines paroles, comme en profèrent les philosophes impersonnalistes, ou mâyâvâdis, ceux qu’absorbe l’action intéressée (qu’on nomme techniquement karma-kânda ), ou encore les matérialistes, dont le seul désir est le plaisir sans restriction aucune. Leurs dires et leurs écrits à tous sont l’expression concrète de ce que nous entendons par «tentations du verbe». Nombreuses les inepties proférées par l’homme et nombreux les vains ouvrages; or il s’agit là d’autant de fruits, d’efforts, portant à sa- tisfaire les tentations du verbe.

Pour pouvoir vaincre ces tendances, il nous faut faire de Krishna l’Objet de nos paroles. On lit dans le Srimad- Bhàgavatam:

na yad vacas citra-padaih harer yaso

jagat-pavitram pragrnita karhicit

lad vàyasath tirtham usanti mànasà

na yatra hamsà niramanty usikksayàh

«Les mots qui point ne dépeignent les gloires du Seigneur, lesquelles suffisent à rendre pure l’atmosphère des trois mondes, pour les saints hommes ne valent guère plus que pèlerinages aux corbeaux. Les êtres parfaitement accomplis, parce qu’ils habitent le monde spirituel, n’y trouvent aucun plaisir.» (S.B., 1.5.10)

tad-vàg-visargo janatàgha-viplavo

yasmin prati-slokam abaddhavaty api

nâmâny anantasya yaso ‘nkatàni yat

srinvanti gàyanti grinanti sâdhavah

«D’autre part, les ouvrages où l’on trouve abondamment décrites les gloires absolues du Seigneur Suprême et Infini sont d’inspiration purement spirituelle, et les mots sublimes qui en remplissent les pages ont vocation de révolutionner les habitudes impies des cultures égarées de ce monde. Même si la lettre de ces Ecrits comporte des irrégularités, ils demeurent écoutés, chantés et accueillis par tous les hommes purs qu’anime une profonde intégrité.» {S.B., 1.5.11)

La conclusion en est que nous ne pourrons éviter les vains et ineptes propos à moins de parler du service de dévotion offert au Seigneur Suprême. Ainsi devons-nous toujours nous efforcer d’user de la parole dans le seul but de réaliser la conscience de Krishna.

Pour ce qui est des agitations, ou «sollicitations», du mental vacillant, elles se divisent en deux groupes. Le premier consiste en attachements non maîtrisés (avirodha priti ), et le second en accès de colère nés de la frustration (yirodha-yukta-krodhà ). L’adhérence à la philosophie mâyâvâda, la foi en les fruits de l’action intéressée — qu’ont les karma-vàdis — et dans la réussite de divers projets échafaudés sur des désirs matériels, voilà autant de manifestations de l’avirodha-priti. Les jnànis, les karmîs et les «échafaudeurs de projets» attirent facilement sur eux l’attention des âmes conditionnées, mais dès que ces matérialistes voient leurs plans s’écrouler, leurs efforts aboutir à l’échec, ils se laissent envahir par la colère. Car, la frustration des désirs matériels engendre aussitôt la colère.

Les exigences du corps, quant à elles, peuvent se diviser en trois groupes: les impulsions de la langue, de l’estomac et de l’appareil génital. On remarquera que ces trois sources de désir se situent sur une même ligne dans le corps, et que c’est la langue qui provoque les premiers désirs du corps. Si, donc, nous pouvons la discipliner, en ne lui laissant goûter que du prasâda, les exigences de l’estomac et des organes génitaux seront également maîtrisées par contre coup, Srlla Bhaktivinoda Thàkura dit à cet effet:

sarIra avidyâ-jàla, jadendriya tàhe kâla,

jive phele visaya-sâgare

ta ‘ra madhye jihvà ati, lobhamaya sudurmati

tà ‘ke jeta kathina samsàre

krihsna bada dayâmaya, karibàre jihvà jaya,

sva-prasâda-anna dila-bhài

sei annâmrta khào, râdhà- krishna-guna gâo,

preme dàka caitanya-nitài

«Le corps matériel n’est qu’ignorance, ô Seigneur, et les sens forment un réseau de sentiers qui mènent à la mort. Pour une raison ou pour une autre, nous avons chu dans l’océan du plaisir des sens; or, de tous les organes des sens, c’est la langue le plus vorace et le plus difficile à maîtriser. Mais Tu fais montre, ô Krishna, d’une grande bonté envers nous, car Tu nous donnes, pour en devenir maître, ce délicieux prasâda, cette nourriture consacrée. Prenons donc de ce prasâda à notre entière satis- faction, rendons gloire à Leurs Grâces Sri Sri Râdhâ et Krishna, et invoquons avec amour l’aide de Sri Caitanya et de Prabhu Nityânanda.»

Il existe six sortes de saveurs ( rasas ), et il suffira que l’une d’entre elles agite l’être pour qu’il devienne aussitôt soumis aux impulsions de la langue. Certains sont attirés par la viande, le poisson, les crustacés, les oeufs, etc.: «aliments» produits à partir de semen et de sang, et consom- més sous forme de cadavres. D’autres se sentent plutôt enclins à savourer légumes, plantes comestibles diverses et produits laitiers, mais toujours pour l’unique satisfaction de leur langue. Par contre, l’homme conscient de Krishna doit éviter toute habitude alimentaire centrée sur le seul plaisir des sens. Quant aux épices comme le piment rouge et le tamarin, il doit en faire un usage modéré, et doit complètement rejeter le haritaki. (myrobolan), la noix de bétel, le pan et diverses épices utilisées dans sa préparation, le LSD, la marijuana, l’opium, le tabac, l’alcool, le café et le thé, tous destinés à satisfaire des désirs illicites. Si nous prenons l’habitude de n’accepter que les reliefs de la nourriture offerte à Krishna, nous pourrons secouer le joug oppressant de mâyâ. Les légumes, céréales, fruits et produits laitiers, de même que l’eau, sont tout à fait propres à être offerts au Seigneur; c’est ce qu’a Lui-même enseigné Sri Krsna. Toutefois, n’accepter le prasâda que pour sa saveur —ce qui conduit à en consommer trop—, c’est éga lement devenir victime des exigences de la langue. Sri Caitanya Mahàprabhu nous a enseigné d’éviter les mets hau- tement savoureux, s’agirait-il même de prasâda: bhàlanâ khàibe àra bhàla nà paribe , «Ne portez pas de vêtements somptueux et tenez-vous à l’écart des aliments délecta- bles.» (C.c., Antya VI.236). On devient également prisonnier des impulsions de la langue si l’on offre à la Murti des mets succulents avec l’intention de s’en régaler par la suite. De même si l’on accepte l’invitation d’un homme riche dans l’idée de se voir offrir d’appétissantes nourritures. Le Caitanya-caritâmrta enseigne:

jihvàra làlase yei iti-uti dhâya

sisnodara-paràyana krsna nàhi paya

«Celui qui court de ça et de là, en quête du seul plaisir de sa langue, et demeure attaché aux impulsions de son estomac et de ses organes génitaux, celui-là ne peut atteindre Krishna.» (C.c., Antya VI.227).

La langue, l’estomac et les organes de reproduction se trouvent, nous l’avons vu, sur une même ligne dans le corps, et étroitement liés.

Ceux-là qui souffrent de maladies de l’estomac n’ont certes pas pu en maîtriser les demandes. Dès qu’on en vient à manger plus que nécessaire, la vie se grève de toute une suite de désagréments. Si, au contraire, nous obser- vons les jours de jeûnes, tel l’ekâdasi et le janmàstami, bientôt les exigences de l’estomac se réduiront.

Quant aux impulsions des organes génitaux, elles se divisent en deux ordres: celles qui sont recevables et celles qui ne le sont pas, respectivement liées aux rapports, sexuels licites et illicites. L’homme, s’il est réfléchi, peut se marier selon les règles établies par les sâstras et user de ses organes reproducteurs en vue d’engendrer de bons enfants. Voilà ce qu’on entend par acte sexuel licite, en accord avec les principes de la religion. Dans toute autre hypothèse, il s’efforcera, par toutes sortes de moyens, d’obéir aux exigences de ses organes génitaux, sans retenue au- cune. Que par suite l’être se livre à des activités sexuelles illicites, telles que les définissent les sâstras , c’est-à-dire par la pensée, en faisant le projet, ou l’objet de notre conversation, en accomplissant l’acte en lui-même ou en stimulant les organes génitaux par des moyens artificiels, le voilà aussitôt dans les griffes de mâyà. Ces enseignements ne sont pas destinés aux seuls grihastas, mais aussi aux tyâgis , ou ceux qui ont embrassé l’ordre du renoncement. A cet égard, Sri Jagadânanda Pandita écrit, dans le septième chapitre de son Prema-vivarta:

vairâgi bhâi grâmya-kathâ na sunibe kâne

grâmya-vârtâ nâ kahibe yabe milibe âne

svapane o nâ kara bhâi stri-sambhâsana

grihe stri châdiyâ bhâi âsiyâcha vana

yadi câha pranaya râkhite gaurângera sane

chota haridâsera kathâ yena mane

bhâla nâ khâibe âra bhâla nâ paribe

hridayete râdhâ-krishna sarvadâ sevibe

«O mon frère, tu as pris l’ordre du renoncement, et ne dois donc prêter l’oreille à nul propos matériel, ni débattre des choses temporelles. Ne pense pas aux femmes, ne serait-ce qu’en rêve, car tu as embrassé l’ordre du renoncement et prononcé le voeu qui t’interdit tout rapport avec elles. Aspirant à vivre en compagnie de Caitanya Mahâprabhu, tu dois toujours garder souvenir de l’histoire de Chota Haridâsa, de la manière dont le Seigneur l’a banni de Sa présence. Ne te nourris pas de mets savoureux ni ne te couvre de somptueux vêtements; reste toujours humble et sers Leurs Grâces Sri Sri » Râdhâ et Krishna du plus profond de ton coeur.»

En conclusion, celui qui peut maîtriser ces six facteurs — le verbe, le mental, la colère, la langue, l’estomac et les organes génitaux — mérite le nom de «svâmi», ou «gosvàmi». Svàmi signifie maître, et gosvâmi maître des sens. Celui qui prend le sannyâsa se voit dès lors attribué le titre de svâmi. Ce n’est pas pour signifier qu’il est le maître de sa famille, de la communauté à laquelle il appartient ou de sa nation, mais bien de ses propres sens. S’il n’a maîtrisé ses sens, nul ne doit être appelé gosvâmf; mais bien plutôt godas a, serviteur de ses sens. Marchant sur les traces des six Gosvàmïs de Vrndâvana, tout svâml ou gosvàml doit pleinement s’absorber dans le service d’amour su- blime du Seigneur. Les godàsas , au contraire, servent leurs propres sens ou la nature matérielle; ce sont là leurs seules occupations. Prahlàda Maharaja décrit encore les godàsas comme adànta-go , mot signifiant que leurs sens ne sont pas maîtrisés. Un adànta-go ne peut devenir un serviteur de Krsna. Les paroles exactes de Prahlàda Maharaja, telles que les rapporte le Srimad-Bhàgavatam, sont les suivantes:

matir na krçne paratah svato và mitho ‘bhipadyeta grhavratànàm adànta-gobhir visatàM tamisram punah punas carvita-carvanànàm

«Ceux qui ont décidé de poursuivre leur sé- jour dans l’Univers matériel* afin d’offrir da- vantage de plaisirs à leurs sens n’ont aucun es- poir de devenir conscients de Krçna, que ce soit par leurs efforts propres, par les conseils d’autrui ou par divers échanges et rencontres. Leurs sens les entraînent, emballés, vers les plus profondes ténèbres de l’ignorance, où ils s’évertuent frénétiquement à «mâcher du déjà mâché.» (S.B., VII.5.30)

(1) Par offense, on entend tout acte mental, verbal ou physique qui, selon les Ecritures, entrave le progrès spirituel du bhakta . Voici celles qu’il faut éviter lorsqu’on chante ou récite le mahà – mantra Hare Krishna:

1) Injurier, critiquer ou jalouser un bhakta , une personne qui se consacre à la propagation du chant des Saints Noms du Seigneur.

2) Séparer la Personne Suprême de Son Saint Nom , de Sa Forme , de Ses Attributs et de Ses Divertissements, en les considérant comme matériels. Ne pas reconnaître la Personne Suprême , Sri Krishna , comme la Vérité Absolue, mettre K rishna  et les devas sur un pied d’égalité, ou encore croire en l’existence de plusieurs Dieux.

3 ) Considérer le maître spirituel c omme un homme ordinaire, vouloir se mettre à sa place ou négliger ses instructions.
4 ) Critiquer ou minimiser les Ecritures.
5) Juger les gloires du mahâ-mantra comme exagérées ou le prendre pour une invention, ou salir les Saints Noms du Seigneur.
6 )Accomplir sciemment des actes coupables en comptant sur le chant du mahâ-mantra pour en annuler les conséquences.
7 ) Considérer que les rites, les austérités, le renoncement et les sacrifices portent les mêmes fruits que le chant du mahâ-mantra.
8 ) Parler des gloires du mahâ-mantra aux incroyants et aux ignorants qui refusent de le chanter.
9 ) Etre inattentif pendant le chant du mahâ-mantra.
10 ) Demeurer attaché à la vie matérielle ou se désintéresser du mahâ-mantra, même après avoir entendu ses gloires et compris les enseignements du maître spirituel.

Voilà un verset du Srimad-Bhagavatam qui établit clairement qui est fou et qui ne l’est pas.

Dieu, la Personne Suprême, dit:

« O mon cher roi, même la totalité de tout ce qui peut exister dans les trois mondes pour satisfaire les sens d’une personne ne peut satisfaire celui qui n’est pas maître de ses sens. »

Le monde matériel est une énergie illusoire destinée à faire dévier les êtres vivants de la voie de la réalisation spirituelle. Quiconque se trouve dans le monde matériel est extrêmement anxieux d’obtenir de plus en plus de choses pour satisfaire ses sens. Pourtant, le vrai but de la vie n’est pas la satisfaction des sens mais la réalisation spirituelle. En conséquence, ceux qui s’adonnent trop aux plaisirs des sens se voient conseiller la pratique de l’astânga-yoga (yama, niyama, âsana, prânâyâma, pratyâhâra , et ainsi de suite). De cette façon, on peut dominer ses sens. Le but de la maîtrise des sens est de mettre un terme au processus qui nous enchaîne au cycle des morts et des renaissances. Comme le dit Risabhadeva:

nunam pramattah kurule vikarma

yàd indriya-prîtaya âprinoti

na sâdhu manye yata âtmano ‘yam 

asann api klesada âsa dehah 

« Lorsque quelqu’un considère la satisfaction des sens comme le but de sa vie, il s’engage dans la vie matérielle à en devenir fou et se livre à toutes sortes d’activités coupables. Il ne sait pas que c’est en raison de ses méfaits passés qu’il a déjà reçu un corps matériel, lequel, malgré sa nature transitoire, est à l’origine de sa souffrance. A la vérité, l’être distinct n’aurait jamais dû revêtir cette enveloppe charnelle, mais celle-ci lui a été attribuée pour la satisfaction de ses sens. Aussi, je ne crois pas qu’il sied à l’homme intelligent de s’empêtrer à nouveau dans des activités matérielles qui le contraindraient perpétuellement à revêtir des corps, vie après vie. » (S.B/ 5.5.4) Ainsi, selon Risabhadeva, les êtres humains sont tout comme des fous qui s’adonnent à des activités qu’ils ne devraient pas accomplir mais auxquelles ils se livrent néanmoins pour satisfaire leurs sens. De telles activités ne sont pas bonnes parce que l’être se crée ainsi un autre corps pour sa vie prochaine, en punition de ses actes infâmes. Et dès qu’il reçoit un autre corps matériel, il se trouve plongé dans les souffrances répétées de l’existence matérielle. Aussi la culture védique, ou brahmanique, enseigne-t-elle l’art d’être satisfait avec le minimum nécessaire.

Pour enseigner cette culture des plus élevées, le varnâsrama-dharma est recommandé. Le but des divisions du varnâsramabrâhmana, ksatriya, vaisya, sûdra, brahmacarya, grihastha, vânaprastha, et sannyasa — est d’entraîner l’être à maîtriser ses sens et à se contenter du strict nécessaire. Ici, Sri Vâmanadeva, en tant que brahmacârî idéal, refuse l’offre de Bali Maharaja qui voulait Lui donner tout ce qu’il désirait. Il dit que si l’on ne se contente pas de son sort, on ne pourra être heureux même si l’on possède l’univers entier. En conséquence, dans la société humaine, les cultures brahmanique, ksatriya et vaisya doivent, être maintenues, et il faut expliquer aux gens comment se satisfaire de ce dont ils ont strictement besoin. Dans la civilisation moderne, une telle éducation fait défaut; chacun essaie de posséder toujours plus, et tout le monde est insatisfait et malheureux. C’est la raison pour laquelle le Mouvement pour la Conscience de Krishna fonde des communautés rurales dans le monde entier, surtout en Amérique, afin de montrer comment être heureux et satisfait avec le minimum nécessaire et épargner du temps pour la réalisation spirituelle, que l’on peut très facilement atteindre en chantant le màha-mantra:

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Râma Hare Râma Rama Râma Hare Hare

 

Prières choisies

Les prières des Védas personnifiés.

Le roi Pariksit s’enquit auprès de Sukadeva Gosvâmi d’un sujet de première importance dans l’entendement de la spiritualité. Telle fut sa question: « Puisque le savoir védique s’attache généralement au chapitre des trois gunas, dans les limites de l’Univers matériel, comment peut-il vraiment traiter de la Transcendance, qui gît au-delà de l’influence des gunas ? Le mental étant matériel, et les mots s’identifiant eux-mêmes à des émissions sonores matérielles, comment le savoir védique, exprimant en mots des notions issues du mental, pourrait-il toucher à la Transcendance? Pour décrire un objet, il faut nécessairement définir sa source, ses attributs et son action, et telle description n’est rendue possible que par l’usage de mots matériels traduisant des considérations nées du mental matériel. Or, le Brahman, ou la Vérité Absolue, n’a point d’attributs matériels; comment, dès lors, peux-tu Le dépeindre en mots, puisque notre pouvoir d’expression verbale n’est effectif que dans le champ des attributs matériels? Je ne vois guère comment la Transcendance pourrait être perçue à travers des vibrations sonores matérielles. »

Par cette question, le roi Pariksit demandait à Sukadeva Gosvami d’établir la nature ultime de la Vérité Absolue selon les Vedas : était- elle personnelle ou impersonnelle? Or, nous savons que la réalisation de la Vérité Absolue s’échelonne selon ces trois aspects: le Brahman impersonnel, puis le Paramatma localisé dans le cœur de chacun, et enfin, Dieu, la Personne Suprême, Sri Krishna.

Les Vedas traitent de trois secteurs d’activités: le karma-kanda, auquel appartiennent les actes accomplis selon les prescriptions védiques, et qui purifient peu à peu leur auteur, jusqu’à ce qu’il puisse comprendre sa véritable nature; le jñana-kanda , ou la voie qui consiste à approcher la Vérité Absolue par le biais de la spéculation philosophique; et l’upasana-kanda , qui s’attache à l’adoration de Dieu, la Personne Suprême, ou parfois à celle des devas aussi. L’adoration des devas telle que prescrite par les Textes védiques, repose sur le fait de comprendre leur relation avec le Seigneur Suprême. De Dieu procèdent d’innombrables émanations, qui représentent autant de fragments de Sa Personne; certaines, identiques à Lui-même, portent le nom de svamsas, les autres de vibhinnamsas: ce sont les êtres distincts. Toutes ces émanations, les svamsas comme les vibhinnamsas, aussi appelées Visnu-tattvas et jiva-tattvas , procèdent de Dieu, la Personne originelle. Notons au passage que les multiples devas appartiennent aux jiva-tattvas. Les âmes conditionnées se voient le plus souvent impliquées dans les  activités du monde matériel en vue de la satisfaction des sens; et comme l’indique la Bhagàvad-gita, pour modérer les élans de ceux qui recherchent avec trop d’ardeur les diffé-rentes formes de plaisirs matériels, le culte des devas est parfois recommandé. Ainsi les Ecrits védiques préconisent-ils le culte de la déesse Kali pour ceux qui sont par trop attachés à la consommation de la viande; suivant les règles précises contenues dans le karma-kanda, ils devront sacrifier une chèvre (et aucun autre animal) devant la déesse; dans ces conditions seulement peuvent-ils être autorisés à consommer de la viande. Le but d’un tel enseignement n’est point d’encourager la consommation de chair animale, mais de permettre aux obstinés d’en manger sous certaines conditions. Donc, le culte des devas n’est en rien l’adoration de la Vérité Absolue ; mais il peut néanmoins permettre d’accepter graduellement Dieu, la Personne Suprême, de façon indirecte. Or, cette voie indirecte est qualifiée d’avidhi dans la Bhagavad-gita , ce qui signifie « non autorisée ». Et pour cette raison, les impersonnalistes préconisent la concentration sur l’aspect impersonnel de la Vérité Absolue. Le roi Pariksit, par sa question, désirait donc percer le but ultime du savoir, védique: s’agissait-il de porter toute son attention vers l’aspect impersonnel de la Vérité Absolue ou plutôt vers Son aspect personnel? Car, somme toute, l’un comme l’autre se situent au-delà de notre entendement matériel. L’aspect impersonnel de l’Absolu, la radiance du Brahman, n’est autre que l’éclat émanant du Corps de la Personne de Sri Krishna. Cette lumière s’étend à travers l’entière Création du Seigneur, dont la partie qu’obscurcit le nuage matériel porte le nom de cosmos créé, règne des trois gunassattva, rajas et tamas . Or, comment les êtres vivant dans la région ennuagée de l’Univers matériel pourraient-ils concevoir la Vérité Absolue à travers la méthode spéculative?

Pour répondre à sa question, Sukadeva Gosvami instruisit Maharaja Pariksit de ce que Dieu, la.Personne Suprême, a créé le mental, les sens et l’énergie vitale pour que les êtres conditionnés satisfassent leurs désirs matériels à travers des transmigrations successives d’un corps à un autre, mais aussi afin, qu’ils s’affranchissent, des conditions matérielles. En d’autres mots, les sens, le mental et l’énergie vitale peuvent être utilisés pour la satisfaction des sens et le passage répété d’un corps à un autre, ou encore pour obtenir la libération. Or, les préceptes védiques sont précisément destinés à permettre aux âmes conditionnées de connaître les plaisirs de ce monde suivant certains principes régulateurs, leur offrant par là l’occasion de connaître des conditions de vie supérieures, pour enfin, une fois leur conscience purifiée, retrouver leur position d’origine, et retourner en leur demeure première, dans le Royaume de Dieu.

La force de vie est dotée d’intelligence, et cette intelligence doit prévaloir sur le mental et les sens: . Ces derniers purifiés par un usage approprié de l’intelligence, l’âme conditionnée devient libérée; sinon, lorsque l’intelligence n’est pas employée à la maîtrise des sens et du mental, l’âme conditionnée continue de transmigrer d’une forme de corps à une autre, poursuivant sans trêve la satisfaction des sens. Un autre point ressort clairement de la réponse de Sukadeva Gosvâmi, lorsqu’il enseigne que le Seigneur a créé le mental les sens et l’intelligence de l’être vivant et distinct: il ne mentionne aucunement que les êtres vivants eux-mêmes aient jamais été créés.

A suivre…

 

Les illuminatis ont infiltré le mouvement pour la conscience de Krishna. (ISKCON)

Ne pas comprendre que toutes les institutions des pays alignés sur le   concept démocratique américain, sont infiltrées par les franc-maçons,   c’est faire preuve de beaucoup d’ignorance en matière de connaissance géopolitique.

La secte des illuminatis est omniprésente avec l’aide des franc-maçons qui sont leurs porte-paroles en terme de « culture », de politique, de religion, d’économie, d’industrialisation des pays conquis, de justice, etc…

Ce sont les illuminatis qui ont infiltré ou créé de toutes pièces les innombrables sectes, la plupart des partis politiques, afin de contrôler leurs agissements pour les mettre dans « le droit chemin ». Ils ont un plan, une ligne directrice, des méthodes de rétorsion, après avoir pris soin de faire promulguer de nouvelles lois ou amender certaines qui existent déjà. Leurs actions sont souterraines, imprévisibles, immondes, etc…particulièrement efficaces.

Il n’y a eu aucune difficulté pour ces êtres sans scrupule d’infiltrer le mouvement pour la conscience de Krishna. Sa Divine Grâce A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada, grand saint parmi les saints, parfait représentant de notre guru-sampradaya : la Brahma- Madhva- Gaudiya- Vaisnava- Sampradaya, envoyé personnel du Seigneur Caitanya Mahaprabhu, donnait sa miséricorde à qui acceptait de réciter 16 chapelets de 108 grains du mantra Hare Krishna, sur chaque grain, de suivre quatre principes régulateurs ( qui n’étaient pas suivis dans la majorité des cas) de se raser la tête, de faire preuve d’humilité, d’assister aux célébrations du matin, des différentes fêtes commémorant la naissance de Krishna, de Ramacandra, de Srimati Radharani, etc…, de prendre des positions de responsables dans l’institution ISCKON, que Srila avait créée pour rendre la prédication plus efficace. Tous ces différents principes ne leur posaient aucun problème puisqu’ils n’avaient pas pour objectif de les suivre mais de faire semblant afin de tirer profit des écrits de Sa Divine Grâce Srila Prabhupada et de les polluer avec des ajouts ou des retraits des assertions Védiques fondamentales.

Le complot visant à se débarrasser de Srila Prabhupada ne fait aucun doute. Il semblerait que Tamal Krishna Goswami fut un exécutant dans un plan fomenté par les disciples plus aînés de Srila Prabhupada dont le noyau dur serait Kirtanananda aidé de certains frères en Dieu de Sa Divine Grâce dont Bon Maharaja fut le principal acteur et metteur en scène.

Kirtanananda premier et proche disciple de Sa Divine Grâce était un disciple très désobéissant. Sa Divine Grâce Srila Prabhupada lui a octoyé, sous la demande de Kirtanananda, le statut de sannyasi, bien que celui-ci n’avait pas les qualités ni les compétences pour mener à bien les responsabilités à ce titre prestigieux. Mais Srila Prabhupada avait une grande confiance dans le processus de purification donné au monde par le Seigneur Caitanya Mahaprabhu qui consistait, dans un premier temps, à chanter les Saints Noms de Krishna sans commettre la moindre offense.

Très rapidement, Kirtanananda manifeste son désir d’être guru. Srila Prabhupada le reprend lui rappelant qu’il fallait être qualifié pour être maître spirituel. Kirtanananda témoigne de son mécontentement en critiquant Srila Prabhupada dans son management, la philosophie de la conscience de Krishna. Il voulait plus de libéralisme afin que cette philosophie soit plus « accessible » à une plus grande majorité. Mais je vous laisse le soin de découvrir ces lignes mettant à jour la personnalité de Kirtanananada dans ses responsabilités au sein de l’ISKCON.

http://www.harekrsna.org/gbc/themes/kirt-sp-quote.htm

Tamal Krishna avait émis l’hypothèse, à plusieurs reprises, de faire de l’ISCKON un système pyramidal, oligarchique, où toute l’administration du mouvement serait centralisée à Mayapura en Inde. Srila Prabhupada refusa catégoriquement et demanda à Tamal Krishna de suivre les directives qu’il avait données dans des meetings précédents.

Sa Divine Grâce voulait que les temples soient indépendants, auto-suffisants. La direction du temple devait être assurée par un président, un secrétaire et un trésorier. Le corps du GBC n’avait été institué que pour enthousiasmer les dévots, les encourager à poursuivre leur programme spirituel, à s’élever au-delà des aléas de l’existence, communs à chacun de nous, à se rendre compte comment le standard  Le corps de GBC devait prêcher la conscience de Krishna comme Srila Prabhupada l’a enseignée en se référant aux Ecritures. Le corps de GBC ne devait avoir aucun droit sur les recettes des temples. Leur gestion ne lui appartenait pas. Par contre, il devait venir en aide d’un temple qui pouvait se trouver en difficulté. Il devait analyser la situation et y recourir en prenant des instructions de Srila Prabhupada et donner des directives  afin que ce temple se relève rapidement et qu’il puisse continuer à prêcher en se référant aux textes Védiques commentés de façon magistrale par Sa Divine Grâce…

Il est évident qu’un complot avait été fomenté par « les disciples aînés de Srila Prabhupada, puisque dès le décès de Sa Divine Grâce, l’organisation de l’ISCKON avait été revue et corrigée par une « autorité  » de 11 personnes outrepassant les directives de Srila Prabhupada et les injonctions scripturaires. Ils se sont auto-proclamés gurus, GBC afin de contrôler l’ensemble du mouvement pour la Conscience de Krishna et d’établir un gouvernement fasciste, dictatorial…

Les onze gurus auto-proclamés qui ont détruit l’ISCKON, l’institution fondée par Sa Divine Grâce A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada.

De gauche à droite :

Harikesha : ( Robert Campagnola)

Parti pour se marier avec sa thérapeute, emportant avec lui plusieurs millions de dollars appartenant à l’ISKCON.

Jaytirtha : ( James Hammel )

Très engagé dans le « culte » du LSD. S’est fait tranché la tête par un de ses disciples dans un super-marché de Londres

Hansadutta 😦 Hans Kary)

Parti pour s’engager dans des activités illicites. Il s’est repris et a demande pardon publiquement à ses disciples qu’il avait trompés. C’est le seul des onze gurus qui a proclamé que Srila Prabhupada n’avait jamais nommé de successeurs. 

Hridayananda : ( (Howard Resnick)

 » Toujours dans l’ISKCON » C’est un playboy très entouré de femmes qui l’adorent comme un grand « guru ». C’est un homme très friand de volley-ball et de ping-pong. Il recherche les mondanités, l’adulation.

Ramesvara ( Robert Grant )

Il a quitté l’Iskcon après avoir été vu, engagé, dans des activités illicites. Actuellement, il                     travaille dans l’immobilier. Il essaie de revenir dans  l’ISKCON. 

Jayapataka ( Gordon John Erdman )

Sous l’investigation de la police indienne pour incitation au suicide. Dirigeant du militantisme du concept des faux gurus. Supporte que les gurus vicieux, homosexuels, pédophiles soient adorés. Il s’est auto-proclamé être comme étant le « pape » de l’Iskcon, bien qu’il soit dans un état mental totalement diminué. En effet, il a fait deux AVC qui l’ont rendu comme un légume.

 Bhavananda ( Charles Backus ) ( Bacis? )

A quitté l’Iskcon après avoir été vu, engagé, dans des activités sexuelles illicites. Bien qu’il ait fait des choses abominable dans l’Iskcon, ( homosexualité, pédophilie ) il est toujours accepté comme une autorité, dans cette institution.

Satvarupa ( Steven Guarrino )

Il admis avoir eu des relations sexuelles avec une femme mariée. Actuellement, il n’est plus dans l’Iskcon. Il a un enfant et vit avec la mère de cet enfant. 

Tamal Krishna ( Thomas Hertzog , Hertzig ? )

Tué dans un terrible accident de voiture le 15/03/2002, il eut la tête coupée. Elle fut propulsée à l’extérieur du véhicule. Tamal Krishna fut le fondateur du système des faux gurus dans l’Iskcon.

Kirtanananda ( Keith Gordon Ham )

Ce personnage monstrueux s’est engagé dans de multiples activités illicites : homosexualité, pédophilie, racket, encouragement à l’avortement, trafic en tout genre, commanditer certains crimes, inexpliqués. C’était un être redoutable. Après avoir été emprisonné pendant de longues années, il décède à l’âge de 74 ans.

Bhagavan ( William R Ehrlichman )

Il a quitté l’ISKCON après avoir été vu, engagé, dans des activités illicites. Plus tard, il fût emprisonné et de nos jours, il est sur la touche du mouvement. Actuellement, il est très engagé dans le militantisme en ce qui concerne les faux gurus.

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Il est bien évident que toutes ces crapules ont honteusement trompé leurs disciples. Il s’en est suivi un bouleversement considérable dans l’Iskcon. Certains disciples responsables qui n’ont pas obtempéré devant les instructions de ces faux gurus, ont été destitués de leur poste, certains ont été tués, torturés psychologiquement, voir physiquement.

A suivre

La condition matérielle…

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Nul n’échappe à la mort.

asitim caturas caiva laksams tan jiva-jatisu

bhramadbhih purusaih prâpyam manusyam janma-praryayat

tad apy abhalatâm jatah tesâm âtmâbhimâninâm

varâkânâm anâsritya govinda-carana-dvayam

Asitim caturah; asitim signifie « quatre-vingts » et catura signifie « quatre », soit quatre-vingt-quatre. Laksâms veut dire « centaines de milliers ». En tout, cela fait 84 centaines de milliers, ou 8 millions 400 mille (8 400 000). Asitim caturas caiva laksâms tan jiva-jâtisu , 8 millions 400 mille espèces vivantes (Jiva-jâti ), 8 millions 400 mille formes d’existence à travers lesquelles errent et transmigrent les âmes. Jalava nava-laksâni sthavara laksa-vimsati, il y a d’abord les espèces aquatiques, au nombre de 900 mille, puis les espèces végétales, et ainsi de suite. Et l’être vivant, l’âme, (jiva-jâtisu ) passe d’une espèce à l’autre, transmigrant sans fin ( bhramadbhih).

Quant au mot purusa , il désigne également l’être vivant, parce que celui-ci désire jouir de l’existence. En vérité, le bénéficiaire réel de tous les plaisirs est Dieu, ou Krishna, mais nous voulons imiter Krishna, nous voulons devenir Dieu. Voilà notre problème. Et il s’agit bien là d’un problème, car nous nous efforçons de devenir quelque chose que nous ne pouvons être. En effet, personne ne peut devenir Dieu. Pourtant, combien ne s’y acharnent-ils pas ? Et sous le coup de cette conception erronée, ces êtres conditionnés recherchent le bonheur à travers d’innombrables formes d’existence, passant d’une espèce à une autre. Ils sont déjà tombés du monde de Vaikuntha, mais ils continuent de se dégrader ici-bas. Cependant, dans leur désir d’évolution, ils finissent, après de très nombreuses existences, par obtenir une forme humaine (prâpyam mânusyam janma-paryayât). Et c’est bien ainsi qu’il faut entendre l’évolution. Ce ne sont pas les corps qui se transforment, mais bien les êtres qui transmigrent d’un type de corps à un autre. Au départ, les différentes espèces vivantes existent déjà toutes, et de même, les âmes ont leur propre existence. Or, ce sont les âmes qui revêtent successivement — paryayât veut dire « dans un ordre chronologique » — les différentes formes de corps, et non pas les corps eux-mêmes qui évoluent. Bhramadbhih purusaih prâpyam manusyam janma-paryayât.

Les mots tad api désignent la forme humaine, et abhalatâm veut dire ‘ « gâchée ». Cela signifie que celui qui ne tire pas parti de sa naissance dans un corps humain doit renaître au sein d’espèces inférieures et subir à nouveau le cycle des transmigrations. On se trouve ainsi comme sur un manège, parfois dans une position élevée et l’instant d’après au point le plus bas. Il faut donc savoir que le cycle des morts et des renaissances continue d’entraîner tous les êtres dans sa course, et que la forme humaine représente l’occasion d’y échapper.

Notre premier objectif, en venant en ce monde, reste de dominer la nature matérielle. Bien qu’il ne nous soit pas possible de nous en rendre maîtres, nous en chérissons tout de même le désir. Or, celui qui possède une telle mentalité peut être appelé sarva-kama , pour indiquer que ses désirs ne connaissent pas de limites. Vous pouvez demander à toutes les personnes que vous rencontrez en ce monde quel est leur désir ultime, et toutes se verront dans l’incapacité de vous fournir une réponse définitive, car il n’y a pas de fin à leurs désirs. D’où le qualificatif de sarva-kama.

Pralayântam upasritam , l’être conditionné continue d’être hanté de dé- sirs jusqu’à l’instant de sa mort. Même le mourant bouillonne de désirs; ce que j’ai pu moi-même constater. J’ai en effet connu un homme respectable d’Allahabad —nous étions du même âge— qui se trouvait sur le point de mourir à l’âge de 54 ans et qui, confiant en ses immenses richesses, suppliait le docteur de lui donner encore quatre ans de vie pour qu’il puisse réaliser tous ses projets. Mais quels projets tiennent devant la mort ? N’est-ce pas là faire preuve de bêtise ? J’ai personnellement assisté à cette scène. Ce genre d’homme est donc qualifié de sarva-kama : il n’y a aucune fin à ses désirs. Il nage dans l’ignorance… Il est sur le point de mourir, et s’imagine que le médecin peut prolonger sa vie. Nul ne saurait prolonger son existence fût-ce d’une seconde. Lorsque votre heure a sonné, vous devez mourir. Mrityuh sarva-haràs caham , la mort est Dieu Lui-même et vous ne pouvez défier Dieu. Krishna l’affirme clairement: mrityu  aham sarva-haras ca. Nous avons l’exemple d’Hiranyakasipu, le père de Prahlâda Maharaja. Il était très fier, et tout à fait confiant: « J’ai maintenant obtenu la bénédiction de Brahmâ, je vais vivre éternellement. » Tout comme les karmis qui pensent: « Lorsque la maladie me frappera et que j’arriverai au seuil de la mort, je prendrai grand soin de rétablir ma condition. Il existe d’excellents docteurs, et je ferai appel à eux pour qu’ils me redonnent la vie. » Mais c’est là une mentalité démo- niaque. Nul ne peut se protéger au moyen de la science, des médecins ou de quelque autre pouvoir. La chose s’avère impossible, car la mort n’est autre que Krishna. Hiranyakasipu, Râvana et nombre d’autres asuras croyaient qu’ils allaient vivre éternellement, mais aucun d’eux ne put arrêter la mort. Il faut donc renoncer à cette mentalité démoniaque et apprendre à donner à Krishna, sans quoi Krishna finira par nous apparaître comme II le fit en la Forme de Nrisimhadeva pour Hiranyakasipu: Il nous tuera et nous enlèvera tout.

La qualité de la vie importe davantage que sa longueur.

Les matérialistes prétendent que la vie est faite pour manger, boire, s’accoupler et s’amuser aussi longtemps que possible. L’homme moderne espère vivre éternellement grâce aux progrès de la science, et il existe de nos jours maintes théories insensées pour la prolongation maximale de l’existence en ce monde. Mais le SrImad-Bhagavatam affirme que la vie n’est nullement destinée à la poursuite des richesses ou au développement des sciences matérielles en vue de servir la philosophie hédoniste du « mieux-jouir de la vie matérielle ». La vie est uniquement destinée au tapasya à la purification de notre existence, de manière à ce que nous puissions entrer dans la vie éternelle immédiatement après avoir quitté notre corps d’homme. Et ceux qui connaissent ainsi le but de l’existence sont seuls dignes d’être appelés des humains. Si les matérialistes, pour leur part, désirent prolonger leur existence aussi longtemps que possible, c’est qu’ils n’ont aucune information sur la vie future. Ils s’efforcent donc de tirer le maximum d’avantages de leur vie présente, convaincus de ce qu’il n’y a pas de vie après la mort. Cette ignorance généralisée de l’éternité de l’âme et de sa transmigration à travers différentes formes de corps en ce monde a d’ailleurs largement contribué à la dégradation de la société moderne. C’est également ce qui fait que les divers projets de l’homme visant à résoudre ses problèmes n’ont fait que les aggraver et les multiplier. Il faut en conclure que même s’il était possible de prolonger la durée de la vie au-delà de cent ans, l’évolution de la civilisation ne s’ensuivrait pas nécessairement.

Le Srimad-Bhâgavatam nous informe de ce que certains arbres vivent des centaines, et parfois même des milliers d’années. Dans le jardin bota- nique de Calcutta, par exemple, on peut voir un banian âgé, dit-on, de plus de cinq cents ans. Et à Vrindâvana —le lieu exact se nomme Imlitala — se trouve un tamarinier qu’on dit exister depuis l’époque où Krishna Se trouvait sur terre, il y a cinq mille ans. Et il existe ainsi plusieurs arbres très anciens en différents endroits du globe. Par ailleurs, Swami Sankaràcarya ne vécut que trente-deux ans, et Sri Caitanya, Lui, quarante-huit. Or, est-ce que cela signifie que la vie des arbres dont nous avons parlé a davantage d’importance que celle de Sankara ou de Caitanya ? Certes non. Une longue vie dénuée de valeurs spirituelles n’a pas grande importance. Certains objecteront que la comparaison ne tient pas du fait que les arbres n’ont pas vraiment de vie puisqu’ils ne respirent pas; mais les hommes de science, comme Bose, ont déjà prouvé que les plantes sont aussi des êtres vivants, et que la respiration, au sens où nous l’entendons, n’est pas une condition sine qua non de la vie. En outre, le SrImad-Bhâgavatàm ajoute que les soufflets de forge respirent très bruyamment, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils possèdent la vie.

Les matérialistes pourront alors rétorquer que la vie des arbres ne peut être comparée avec celle de l’homme, car ils n’ont pas la possibilité de jouir de l’existence en mangeant des plats appétissants ou en se livrant au plaisir charnel. En guise de réponse, le Srîmad-Bhagavatam pose cette question: d’autres animaux, comme les chiens et les porcs, vivant dans le même village que l’homme, ne mangent-ils et ne s’accouplent-ils pas eux aussi ? Et le fait que le texte de l’Ecriture fasse allusion aux autres animaux indique bien que les hommes tout entiers occupés à améliorer leurs conditions de vie animale, c’est-à-dire à mieux manger, à mieux respirer, à mieux s’accoupler…, ne sont rien d’autre que des animaux à forme humaine. Or, une société d’animaux, même raffinés, ne peut être d’aucun secours pour l’humanité souffrante, car un animal cause facilement du tort à un autre tandis qu’il ne lui fait que très rarement du bien.

Les hommes de science prétendent que, grâce à leurs recherches, ils pour- ront rendre l’homme immortel. Lorsqu’un homme devient fou, il dit n’importe quoi, tout comme les enfants qui disent tant de choses insensées et qui amusent ainsi leurs parents. De même, les prétendus hommes de science soutiennent que, par leurs recherches, ils parviendront à mettre un terme à la mort. Mais l’histoire de l’humanité ne nous présente pas un seul cas d’homme qui n’ait pas eu à affronter la mort. La chose est tout simplement impossible. Nous parlions d’Hiranyakasipu; or, cet athée, ce matérialiste, avait lui aussi en son temps eu l’idée de devenir immortel. Il avait formé le dessein, un dessein pour le moins fourbe, de tromper Brahmâ en obtenant qu’il lui accorde de ne pas mourir sous telle ou telle autre condition. Mais il fut tout de même tué. Krishna dit:  » Je suis la mort, et à l’heure de la mort J’enlève tout .  » ( mrityuh sarva-haras câham). Il n’est donc pas possible de tromper Dieu ou de déjouer Sa loi. Peut-être avons-nous suffisamment d’intelligence pour déjouer la police ou le gouvernement, mais nul ne peut échapper aux lois suprêmes.

La Bhâgavad-gita (IX. 10) enseigne: mayâdhyaksena prakrtih suyate sa- carâcaram , « Les lois de la nature agissent sous Mon ordre. » Nous sommes sujets aux lois de la nature, et la nature représente un agent de Krishna extrêmement vigilant et puissant (daivi hy esa  gunamayi mama mâyâ duratyayâ). Même si, espérant par là échapper à nos responsabilités, nous renions l’existence de Dieu comme de toute loi et de tout ordre systématique en ce monde, cela ne nous sauvera pas. Que nous le voulions ou non, le temps qu’il nous reste à vivre décroît sans cesse. Les hommes de science peuvent toujours avancer qu’ils finiront par vaincre la mort, mais le Srimad-Bhâgavatam leur demande à quoi peut bien servir de prolonger indéfiniment la durée de l’existence et de vivre tant d’années. Revenons à nos arbres. J’ai même vu un arbre à San Francisco, un pin rouge, très haut et très solide, qu’on dit se tenir là depuis sept mille ans. Encore une fois, certains diront qu’il n’est pas possible de nous comparer aux arbres, et que nous jouissons de nombreux avantages par rapport à eux. Mais de quels avantages ? Eh bien, admettons que les arbres possèdent la vie; mais peuvent-ils respirer comme nous ? Le Srimad-Bhâgavatam explique que le soufflet de forge est aussi fait de peau, comme notre corps, il a un grand nez et respire beaucoup mieux que nous. Certes, répondra-t-on, mais il ne peut pas jouir des plaisirs de la langue ni de la chair. Et le Srimad-Bhâgavatam de poursuivre: kim na khâdanti na mehanti kim grâme pasavo ‘pare ; où que vous viviez, il y a plusieurs autres animaux, que ce soit des chiens, des chats, des porcs, des ânes, des chameaux, des singes… Bien entendu, vous ne trouverez pas ces animaux dans les villes, mais dans les villages on trouve de tels animaux domestiques. Ainsi le mot grâne —dans votre entourage — est-il utilisé; il y a tant d’animaux dans votre entourage, et tous mangent à leur faim et tous se livrent aux plaisirs de la chair. Alors en quoi les dépassons-nous ? L’homme moderne, dans sa bêtise, se croit évolué; mais en quoi est-il évolué ? Les animaux, et même les arbres, sont beaucoup plus évolués que lui sur le plan matériel. En ce qui concerne les avantages corporels, nous ne pouvons même pas entrer en compétition avec eux. Peut-être pensez-vous: « Mais nous avons des avions.  Et que faites- vous des vautours à la vue perçante qui peuvent voler à plusieurs kilomètres de hauteur ? Seulement, leur seul souci consiste à trouver une carcasse. Comprenez-vous ? Oui, il atteint une très haute altitude, mais une seule chose l’intéresse: une charogne.

La science nous promet une longévité accrue, et, particulièrement de nos jours, une augmentation de la puissance sexuelle. Car, sitôt que faiblit ce pouvoir, le divorce survient. Mais jusqu’où pouvons-nous aller dans ce sens ? Vous avez observé les chiens et les chats ? Voyez leur puissance sexuelle ! Les porcs, par exemple, peuvent avoir une bonne douzaine de petits par portée. Et nous, que pouvons-nous faire ? En trois ans, nous pouvons à peine mettre au monde un seul enfant, tandis que dans la même durée de temps la truie en aura trente-six. Quelle est donc notre position. ? Par suite, le fait de chercher à améliorer nos seules conditions de vie animale ne saurait constituer le privilège de la forme humaine. La différence réelle entre nous et les animaux réside en ce qu’ils n’ont pas, eux, la possibilité de devenir conscients de Dieu, ou conscients de Krishna. Vous ne pouvez surpasser les animaux inférieurs, les arbres, les oiseaux et les bêtes qu’en éveillant en vous votre conscience de Krishna. Et telle devrait être votre unique préoccupation, vous n’avez pas d’autres raisons d’être. Si cet apanage vous manque, alors vous devez savoir que tous les autres animaux sont plus évolués que vous. En tant qu’êtres humains, nous devons prendre le temps de considérer ces vérités. A cet effet, le Srimad-Bhâgavatam nous aide à faire de chaque étape de notre existence un pas vers la Conscience de Krishna. Nârada Muni avait conseillé Vyâsadeva en ces termes:  » T u as écrit tant de livres, mais ils ne sont pas d’un grand bien pour l’humanité. Tu devrais écrire un ouvrage par quoi tous pourront devenir conscients de Krishna. » Et cet ouvrage, c’est le Srîmad-Bhâgavatam , particulièrement écrit pour amener les animaux et les crapules de ce monde à la Conscience de Krishna. La civilisation moderne, soi-disant si avancée, s’en va au diable, et tout le monde l’ignore. Adânta-gobhir visatâm tamisram punah punas carvita-carvanânâm , on ne sait que mâcher du déjà mâché. Il y a partout tant de publicité, et pourquoi ? Pour encourager les gens à boire et à jouir des plaisirs charnels. Vous ne voyez partout que des panneaux-réclame vous encourageant à ces activités. Une telle civilisation ne peut être qualifiée autrement que d’animale. Ne soyez pas fiers d’une civilisation aussi crapuleuse. Elle n’a aucun sens. Un grand professeur me disait: « Swamijî, il n’y a pas de vie après la mort  » , et il détient un titre de professeur ! Il enseigne les hommes ! Voilà où nous en sommes. Des insensés, des escrocs, tels sont nos dirigeants; professeurs, hommes de science et philosophes se donnent la main pour nous pousser vers l’enfer le plus sombre. Tout cela parce qu’ils ne connaissent pas la valeur de la vie. Ils ignorent que la vie se poursuit après la mort. Si tel n’était pas le cas, pourquoi y aurait-il tant de variétés d’existence ? Mais ils préfèrent inventer leurs propres conclusions. Ils refusent de s’en remettre à des autorités en la matière qui leur donneraient de connaître les faits.; Ils fabriquent leur propre mode de vie. C’est là une civilisation des plus dangereuses. Dangereuse en ce sens que la vie, la forme humaine, doit tout particulièrement nous permettre de réaliser Dieu, alors qu’eux restent tout à fait aveugles devant cette question. Il n’y a aucun système d’éducation, aucune université qui enseigne ceci. Partout, on ne prêche qu’un mode de vie animal: comment mieux manger, comment augmenter sa capacité sexuelle, et ainsi de suite. C’est pourquoi le Srimad-Bhâgavatam souligne que, dans ces conditions, nous n’avons pas à être fiers de nous.

Il est toutefois possible

d’échapper à la réincarnation

Chaque lever et chaque coucher du soleil font décroître la durée de notre existence. C’est là un très bon exemple. Le soleil s’emploie à réduire chaque jour la durée de la vie de tous les êtres; cependant, il ne peut ainsi entamer l’existence du bhakta , car celui-ci est destiné à vivre. Ainsi le Mouvement pour la Conscience de Krishna offre-t-il à tous de vivre éternellement. Si un homme souffre d’une maladie, il se trouve exposé à la mort. C’est là un exemple plutôt direct, mais le principe tient: si un homme tombe malade, son médecin s’efforce de le soustraire à son mal. Et selon le même ordre d’idée, notre corps de matière représente un mal, une infection. En vérité, nous sommes des âmes spirituelles, et jamais nous ne mourons. Nous ne connaissons la mort qu’en raison du mal que représente notre corps. Ce mal, cette infection, peut également être qualifié de poussière —  » Tu es poussière et tu retourneras poussière. » C’est là un fait avéré. Car, sitôt que moi, l’âme, je quitterai le corps que j’habite présentement, celui-ci commencera à se décomposer, et après quelques jours, il sera rendu à la terre et redeviendra poussière. Ainsi peut-on dire qu’il est poussière. Or, nous devons débarrasser notre identité réelle, notre vie spirituelle, de cette poussière. Et la méthode à employer pour cela est tout à fait sublime; il s’agit simplement de prêter l’oreille au message d’Uttamasloka, ou Krishna. Il n’est pas question d’avoir recours à un appareil quelconque pour éliminer cette poussière. Non. Elle se nettoiera automatiquement pourvu que l’on écoute attentivement le message d’Uttamasloka, autrement appelé krishna-kathâ. Krishna-kathâ veut dire « les paroles de Krishna ». Ainsi, dans la Bhagavad-gitâ , Krishna nous révèle personnellement Ses instructions. Et celui qui lit la Bhagavad-gitâ ne voit pas la durée de son existence entamée par le passage du soleil. Comment cela se fait-il ? Quelle en est la preuve ? La preuve se trouve énoncée dans la Bhagavad-gitâ elle-même (IV.9), où Krishna dit: «  janma karma ca me divyam yo janâti tattvatah, « Celui qui connaît l’absolu de Mon Avènement et de Mes Actes n’aura plus à renaître dans l’univers matériel. » Car, il faut savoir que le Seigneur ne naît pas; Il est aja , ce qui signifie qu’il ne naît jamais, mais vit éternellement (ajo ‘pi sann avyayâtma bhutânâm Isvaro ‘pisan — sambha- vâmi yuge yuge ). Il nous faut donc parler de krishna-kathâ , de propos concernant Krishna. Chaque Ecriture védique relève de la krishna-kathâ , mais deux ouvrages lui sont plus particulièrement liés: la Bhagavad-gitâ , où Krishna parle directement, et le Srimad-Bhâgavatam , qui traite directement de Krishna. Donc, si nous voulons devenir immortels, nous devons employer notre temps à lire et à parler de Krishna ( uttama-sloka vartaya). Ce que confirment également d’autres passages des Ecritures: bhaktir bhavati naistiki bhagavaty uttama-sloke nasta-prâyesv abhadresu nityam bhâgavata-sevayâ. Nityam veut dire régulièrement, chaque jour, toujours, comme les classes que nous avons chaque jour; voilà le secret. Livrez-vous de façon constante à des échanges portant sur la krishna-kathâ , pensez à Krishna vingt-quatre heures par jour, et jamais le soleil ne pourra vous ôter votre vie.

Ainsi, tous les êtres meurent, mais ceux qui s’absorbent dans la krishna- kathâ, dans la Conscience de Krishna, qui se préoccupent des intérêts de Krishna, eux ne meurent pas, mais vivent. Nous avons vu que pour l’homme ordinaire, chaque lever et chaque coucher du soleil emporte un peu de la durée de son existence. Si, par exemple, un homme est âgé de cinquante ans et qu’il est destiné à mourir à quatre-vingt, cela signifie que le soleil lui a déjà dérobé cinquante ans de son existence, cinquante années qui ne reviendront jamais. Mais il n’en va pas de même pour le bhakta , qui vit au niveau spirituel. Superficiellement, nous constatons que le corps du bhakta est aussi emporté par le temps, mais il ne s’agit pas là de son corps véritable, lequel est spirituel. Rappelons-nous les propos de Krishna; tyaktvâ déham punar janma naiti mâm eti, « Après avoir quitté son corps, il n’a plus à renaître en ce monde. Il vient à Moi. » (B.g. IV.9) « Mais si c’en est fini de son corps, demandera-t-on, comment va-t-il à Krishna? Qui va à Krishna? » Car les matérialistes, les prétendus hommes de science et philosophes, identifient l’être à son corps. Ils ignorent que le corps n’agit qu’en vêtement pour l’âme. Et c’est précisément cette âme, la personne véritable, qui se rend auprès de Krishna pour y vivre à jamais. En.résumé, donc, les bhaktas , ou ceux qui s’engagent dans la Conscience de Krishna, abandonnent leur corps maladif pour retrouver leur corps originel, leur corps spirituel. Et dès qu’un être retrouve son corps spi- rituel, le soleil n’a plus d’influence sur lui. C’est ce qu’explique la Bhagavad- gitâ : « Le feu ne peut le brûler, aucune arme ne peut le tuer, l’eau ne peut le mouiller . . Partant d’indices, l’âme se trouve ainsi définie. Et rien de matériel ne peut détruire l’esprit. Notre corps présent est constitué de matière; il peut donc être mis en pièces, mais pas l’âme. Le corps matériel peut être réduit en cendres, mais non l’âme spirituelle. Il existe aujourd’hui des arbres en plastique ressemblant en tout point à de vrais arbres, mais ce ne sont pas réellement des arbres. De la même manière, notre corps actuel ne vaut pas mieux qu’un arbre en plastique. Il n’a aucune valeur. Prenez, par exemple, la chemise que vous portez; cette chemise de coton ou de fibres synthétiques peut être enlevée sans que vous ne mouriez pour autant. La Bhagavad-gitâ (11.22) utilise précisément cette image: vâsâmsi jirnâni yathâ vihâya . « L’être abandonne ses vieux vêtements pour en revêtir de neufs. » La mort revient donc simplement au fait de délaisser une enveloppe artificielle pour en reprendre une autre. Voilà tout.

Le prix de l’immortalité

Krishna dit donc dans la Bhagavad-gitâ (IV.9): tyaktva deham punar janma naiti , « Celui qui Me connaît en vérité n’a plus à renaître en ce monde. » Et comment peut-on Le connaître? Simplement en prêtant l’oreille aux propos qui Lui ont trait. Il n’est pas très difficile d’entendre, mais il faut entendre les propos d’une âme réalisée. Satam prasangam mama virya samvidah. Si vous prêtez l’oreille au discours d’un « sage de profession », cela n’aura aucun effet. Il faut recevoir cette connaissance d’un sâdhu , d’un dévot de Krishna. Même si vous vous entendez vous-mêmes en lisant des ouvrages autorisés, vous sauverez votre existence. Il suffît que vous lisiez Le Livre de Krishna , la Bhagavad-gitâ ou l’ Enseignement de Sri Caitanya pour en faire l’expérience. Et tant que vous lisez, le soleil est incapable d’entamer votre existence. Or, si vous lisez constamment, comment le soleil trouvera-t-il le moyen d’emporter votre vie? Cela signifie que vous devenez immortels.

Les gens se montrent grandement désireux de devenir immortels. En effet, personne ne veut mourir. Tout le monde sait bien qu’il mourra un jour, mais que survienne un danger, un incendie par exemple, et tous fuiront aussitôt les lieux. Pourquoi ? Parce que personne ne souhaite mourir. Bien que tout homme sache qu’il devra un jour mourir, il fuit le danger. Personne ne pense:  » Oh ! Un incendie. Eh bien puisque je dois mourir un jour, pourquoi pas aujourd’hui? » Non. L’homme ne souhaite pas mourir. Par conséquent, il se protège. C’est une simple question de psychologie; tout le monde veut vivre éternellement. Mais si vous désirez vraiment vivre éternellement, vous devez adopter la Conscience de Krishna. Cette Conscience de Krishna est si importante, et si merveilleuse; adoptez-la, et vivez.

Âyur harati vai pumsam udyann astam ca yann asau , le soleil se lève tôt chaque matin et emporte peu à peu votre vie dans son mouvement. Telle est son oeuvre. Le soleil jouit d’une grande puissance, et il est bien difficile de s’opposer à lui; mais vous pouvez le combattre. Comment? Simplement en lisant les propos de Krishna, en vous livrant à la krishna-kathâ (uttama-sloka vartaya). La méthode est donc aisée. Il s’agit de ne pas perdre son temps en vains propos. C’est pourquoi Rupa Gosvâmi nous a mis en garde:

atyâhârah prayâsas ca prajalpo niyamâgrahah

jana-sangas ca laulyam ca sadbhir bhaktir vinasyati

Ceux qui ont adopté la vie dévotionnelle, qui se sont engagés dans la Conscience de Krishna, sont certes fortunés. Mais cette fortune peut être dilapidée par les six facteurs indiqués dans ce verset; il s’agit donc de se montrer prudent. Quels sont ces six agents? Atyâhâra , ou manger plus qu’il n’est nécessaire; ou encore amasser plus de biens que requis. Âhâran signifie « amasser ». Nous avons naturellement besoin de recueillir quelque argent, mais nous ne devons pas en amasser plus que nécessaire, car Mâyâ nous suggérera alors aussitôt de, le dépenser pour elle. De même, âhâra signifie « manger »; il ne faut donc pas non plus manger plus que nécessaire. A vrai dire, en ce qui concerne toutes les activités matérielles —manger, dormir, se reproduire et se défendre —, nous devons atteindre le point zéro. Mais puisque cela n’est pas possible à cause du corps que nous avons, nous devons tout de même nous efforcer de minimiser ces besoins autant que possible. Ensuite, atyâhâra prayâsah ; ne pas dépenser vainement son énergie. Nous ne devons pas prendre de grands risques non plus que nous livrer à des tâches qui demandent trop de nous-même. Préférons plutôt les oeuvres qui ne requièrent pas de trop grands efforts. Atyâhâra prayâsas ca prajalpah : le prajalpa consiste à proférer des inepties. Et telle est bien la nature de l’être à l’état conditionné. Sitôt que s’assemblent les corbeaux, ils graillent à qui mieux mieux, et les gre- nouilles, elles, coassent. Sitôt que se rassemblent les êtres, ils se mettent à déblatérer leurs turpitudes. Ne faites pas cela. Nous avons une vaste congrégation, et elle nous fournit de nombreuses occasions d’échanges, mais si nous en profitons pour parler de tout et de rien, de la politique, de ceci ou de cela, cela devient du prajalpa. Atyâhara prayâsas ca prajalpa niyamâgrahah) par niyamâgrahah, il faut entendre l’abandon des principes régulateurs de l’existence. En fait, ce même mot, niyamâgrahah , se rapporte également au fait d’adhérer à ces principes de façon aveugle, sans en connaître l’objet. On décrit ce phénomène du nom de gardalika-pravaha; tout le monde observe règles et principes, mais sans comprendre pourquoi.

Donc, premièrement: atyâhâra ; deuxièmement: prayâsa ; troisièmement: prajalpa , et quatrièmement: niyamâgrahah. Puis, cinquièmement: laulyam, ou l’avidité; et sixièmement: jana-sanga , ou le fait de vivre au contact d’hommes ordinaires, n’ayant aucun sens de la conscience de Krishna. Ainsi des karmis, des jnanîs et des.yogis, qui n’entendent rien à Krishna, non plus d’ailleurs que les scientifiques et les philosophes. Nous ne devons pas rechercher leur compagnie. Harav abhaktasya kulo mahad-gunâ , nous savons que quiconque ignore Krishna et Son service, jouirait-il d’une grande estime aux yeux des hommes ordinaires, n’a aucune valeur réelle.

harâv abhaktasya kulo mahad-gunâ

manorathenâsati dhavato bahih

Parce qu’ils errent au niveau du mental, ils n’ont aucune valeur personnelle. Peut-être à leurs yeux ont-ils une certaine valeur, mais selon notre ligne de pensée, ils n’en ont aucune.

Nous avons donc une tendance naturelle à parler. Pourquoi, dès lors, ne pas parler de Krishna? Voilà la Conscience de Krishna. Nous nous retrou- vons entre amis, et nous voulons échanger des propos; ainsi le veut la nature. Les oiseaux le font à leur manière, et de même les animaux. Quant à nous, nous devons émettre des sons spirituels; alors seulement serons-nous à l’abri des attaques du soleil. Là réside tout le secret. Parlez toujours de Krishna, et soyez assurés que vous vous sauvez ainsi, que vous vous donnez la vie et non la mort. Parler de Krishna revient à apprendre à connaître Krishna, et Krishna dit: « Quiconque Me connaît en vérité vient à Moi après avoir quitté son corps. » Et dès que vous retournez à Krishna, à Dieu, en votre demeure originelle, c’est pour y vivre une existence d’éternité, toute de connaissance et de félicité. Voilà ce qu’on entend par les mots sac-cid-ânanda vigraha. Pourquoi donc laisser passer cette occasion ? Seuls les plus fourbes d’entre les fourbes la laissent passer, et refusent de tirer parti de la krishna-kathâ.

Les sâstras nous enseignent: smartavyam satatam visnoh vismartavyo na jâtucit nous devons toujours nous souvenir de Visnu, en toutes circons- tances.

tasmâd bhârata sarvâtmâ bhagavân isvaro harih

srotavyah kirtitavyas ca smartavyas cecchatâbhayam

Telle est la voie de la Conscience de Krishna. Nous devons entendre, chanter et mémoriser les gloires de Krishna, nous devons adorer Krishna. Et c’est ce que fait notre Mouvement: nous adorons Krishna dans le temple, nous pensons à Lui, nous parlons de Lui et nous entendons ce qui a trait à Lui. Et quiconque désire vivre de cette façon n’a besoin d’aucun pouvoir financier ni d’une haute éducation. N’importe qui peut entendre parler de Krishna; et après avoir entendu, quelle difficulté y a-t-il à en parler? Et tandis qu’on écoute et qu’on parle de Krishna, on peut se souvenir de Lui. De la même façon, tous peuvent adorer Krissna dans le temple. Quelle difficulté y a-t-il à cela? Or, il suffit d’adhérer à ces quatre principes de la Conscience de Krishna pour devenir immortel. Pas besoin d’austérités, ni de pénitences, ni d’éducation, ni de richesses…, observez simplement ces quatre principes, et vous deviendrez immortels. Il faut donc retenir ces mots: âyur harati vaipumsâm udyann astam ca yann asau, tasyarte yat-ksano nita. Le mot tasyarte désigne celui qui emploie son temps de cette façon, absorbé dans la krishna-kathâ et dans le chant des Saints Noms du Seigneur. Si vous disposez d’un peu de temps, ne restez pas oisif; si vous n’avez pas la possibilité de lire les livres ou de parler de Krsna, chantez ou récitez le mantra

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Râma Hare Rama Râma Râma Hare Hare

Puis, alternez —lisez. Soyez toujours absorbés en KrIshna. Ainsi, le soleil sera incapable de vous « tuer », et vous vivrez pour l’éternité.

La responsabilité de l’être humain

Les animaux n’ont aucun sens du bien et du mal, mais il appartient en propre à l’homme de posséder cette conscience, désignée par les mots pravritti et nivritti. La Bhagavad-gitâ enseigne: pravrittim ca nivrittim ca na vidur âsurâh janâh: ; les asura-janas , les êtres démoniaques, ignorent ces deux choses, pravritti et nivritti , c’est-à-dire ce qu’est le devoir de l’homme et ce qui ne l’est pas. La civilisation actuelle en est là. Les gens ne savent pas; ils n’ont aucune éducation quant à ce qu’il faut accomplir dans cette vie et ce qu’il ne faut pas faire. Dans son Caitanya-caritâmrta , Krishnadâsa Kavirâja dit: krishna yei bhaje sei bada catura; catura signifie « très intelligent », car nul ne peut adopter la Conscience de Krishna à moins de l’être. Or, notre objectif consiste à éduquer la population pour qu’elle acquière l’intelligence, car d’une façon générale, elle s’en trouve dénuée. Personne ne connaît la valeur de la vie, et personne ne sait non plus ce qui arrive après la mort. Les gens vivent le plus souvent comme des chiens et des chats. La Gargopanisad établit clairement cette distinction: etad viditva yah prayâti sa brâhmanah , ( ‘Celui qui quitte son corps en toute connaissance de cause, celui-là est un brâhmana (un homme d’intelligence). » Puis, lad aviditva yah prayàti sa kripanah, « Celui qui meurt sans connaître la valeur de l’existence est un kripana , un malheureux, un pauvre d’esprit. » On qualifie ce dernier de malheureux, car il n ‘ a pas su tirer parti de l’occasion unique que lui avait fournie la nature en lui donnant un corps humain. Vous tous avez un corps bien formé, un bon pays, et mille autres avantages à votre disposition; tout vous est donné. Mais si en dépit de toutes ces conditions favorables vous ne développez pas la conscience de Dieu, vous n’adhérez pas à la Conscience de Krishna, alors vous êtes des kripanas , des avares. L’avare est celui qui possède de l’argent mais ne sait l’utiliser. D’autre part, nombreux sont les marchands qui, à partir de quelques milliers de dollars obtenus de leur père, ont réussi, grâce à leur intelligence, à amasser des fortunes de plusieurs millions de dollars. Voilà la marque de l’intelligence. Et l’avarice, ou la bêtise, consiste à ne pas vouloir faire fructifier les biens que l’on a reçus.

La forme humaine que nous avons obtenue doit tout particulièrement .nous permettre de devenir des brâhmanas. C’est pourquoi notre Mouvement crée des brâhmanas . Nous ne cherchons pas à faire des sûdras  car il ne manque pas de sudras; janmana jayate sûdra , tout le monde naît sûdra. Sûdra veut dire « dénué de connaissance », « ignorant »; paricaryâtmakam karyam sûdra-karma svabhavâ-jam , le sûdra n’a pas d’intelligence, il est incapable d’aucun acte réfléchi. « Il faut travailler, gagner quelques sous, manger et dormir ». Telle est la mentalité du sudra. Il ne peut rien entreprendre d’intelligent de façon indépendante. A l’opposé se trouve le brâhmana , qui jamais ne travaille pour le compte d’autrui. Cela lui est d’ailleurs formellement interdit, même s’il se trouve en difficultés; jamais le brâhmana ne doit accepter de servir autrui comme un chien. Le mot « chien » est tout particulièrement utilisé à cet égard, car un chien ne peut vivre sans maître. Un chien qui n’a pas de maître est un chien de rue, et il peut être tué à tout moment; il n’a aucune protection. C’est pourquoi on utilise ce mot. Sûdra signifie « chien »; le sûdra doit aussi avoir un maître, et être protégé, sans quoi il ne peut vivre. Et il en va de même pour les femmes. Ces groupes sociaux —les sûdras, les femmes . . . — ne doivent pas être laissés à eux-mêmes; leur accorder l’indé- pendance veut dire courir au-devant des ennuis. La Manu-samhitâ stipule clairement: na striyah svatantram arhati ; on ne doit pas donner d’indépen- dance aux femmes. Celles-ci doivent toujours être protégées; au cours de leur enfance, jusqu’à l’âge de douze ou treize ans, disons quinze ou seize ans tout au plus, leur protection revient au père. Puis, vers l’âge de treize à seize ans, elles doivent être mariées; le père doit trouver un jeune homme qui puisse le relever de sa responsabilité. Et enfin, venue la vieillesse, elles se voient confiées à leurs fils devenus adultes. Ainsi se trouvent-elles protégées tout le long de leurs vies. Et les sûdras se placent sous la même bannière; ils doivent être protégés, mais on ne doit leur donner aucune indépendance. La Bhagavad-gitâ reprend ce point: striyo sûdras tathâ vaisyâh ; le mot striyah désigne les femmes; ainsi les femmes, les sûdras et les vaisyas appartiennent-ils tous à la même catégorie. Ce que confirme à son tour le Srimad-Bhâgavatam: stri-sûdra-dvija-bandhunam trayi na sruti-gocara . Il s’agit donc d’être élevé dans la connaissance. Et tout comme le sûdra , la femme peut être éclairée lorsque placée sous une tutelle adéquate. Il n’y a, en effet, aucune barrière, aucun obstacle à l’élévation de la femme à un niveau de connaissance supérieur. Tous peuvent être éclairés. Tous possèdent en eux la lumière. Mais d’ordinaire, les sûdras et les vaisyas ne sont pas tenus pour très intelligents, et tous sont nés sûdras (janmana jayate sûdra). Ainsi, tous peuvent devenir brâhmanas (samskarad bhaved dvija ), ceci grâce aux samskaras , aux cérémonies appropriées pour la purification. Il s’agit là du même processus que nous observons. Ce n’est pas que nous acceptons soudainement n’importe qui comme brâhmana ; il lui faut passer par les différents samskaras. Et en premier lieu, il’ doit pouvoir jouir de la compagnie des bhaktas: satam prasangat mania virya samvidah ; en bonne compagnie, au contact de personnes éclairées spirituellement, on peut aussitôt comprendre ce qu’est Dieu, et qui est Krishna. En général, les sûdras ne bénéficient pas des samskaras car ils se situent au niveau d’existence le plus bas, et il leur est de ce fait très difficile d’accepter ces voies de purification. En conclusion, le Mouvement pour la Conscience de Krishna, sous la direction des Gosvâmls et en accord avec la voie du pancarâtra ) offre à tous la possibilité de devenir brâhmana . Car à moins de devenir tel, personne ne peut saisir qui est Krishna ou ce qu’est la Conscience de Krishna.

L’importance de l’éducation

Dans la Bhagavad-gitâ , Krishna vient Lui-même dire aux hommes: « Voici votre planche de salut. » Or, celui qui après avoir lu la Bhagavad-gitâ en néglige les enseignements ne peut qu’être insensé ou puéril ( varâka): anâsritya govinda-carana-dvayam, tesâm âtmâbhimâninâm varâkânâm ; la mentalité d’un tel individu repose tout entière sur son identification au corps. A ce niveau, il n’est bien sûr pas possible de comprendre comment l’on peut s’abandonner à Krishna. Tad apy ablalatam jâlah tesâm âtmâbhimâninâm varâkânâm anâsritya , aussi, il ne prend pas refuge aux pieds pareils-au-lotus de Govinda (govinda-carana-dvayam ), L’occasion nous est donc offerte, bahûnâm janmanâm ante , mais à moins d’être éduqués par nos maîtres, par nos pères, par nos dirigeants, par nos représentants au gouvernement, par nos gurus et par nos proches, comment pourrions-nous accepter le refuge des pieds pareils- au-lotus de Krishna lorsqu’il nous enjoint: sarva dharman parityajya mâm ekam saranam vraja . Laisse là toutes ces bêtises, ne cherche plus à devenir Dieu. Abandonne-toi simplement à Moi. » Telle est la véritable éducation. Et le père ainsi que la mère doivent donner cette éducation au foyer, les diri- geants doivent la donner à travers les institutions, les politiciens dans leurs assemblées ou au cours de leurs congrès, et pareillement le guru doit enseigner aux hommes la façon dont il faut s’abandonner à Krishna. Le Srlmad- Bhâgavatam insiste sur ce point: na mocayed y ah samupeta-mrityum, gurur na sa syat, janani na sa syât, pita na sa syât … On parle souvent de soi-disant gurus ou prétendus svâmis  mais le Srimad-Bhâgavatam affirme que nul ne doit prétendre au titre de svâmi ou de guru s’il n’est pas à même de sauver ses disciples des dangers éminents que représentent la naissance et la mort. Gurur na sa syât , telle est l’injonction des Ecritures. Autrement dit, si quelqu’un ne peut pas enseigner à ses disciples l’art de s’abandonner à Dieu (govinda-carana-dvayam ), l’art de prendre refuge aux pieds pareils-au-lotus de Govinda (anâsritya) il ne doit pas devenir guru. Ce ne serait que fourberie de sa part. Et il en va de même pour les parents. Père et mère doivent être déterminés à n’engendrer des enfants que s’ils peuvent leur enseigner la conscience de Krishna et l’abandon à Dieu. C’est ainsi que se pratique la contraception naturelle; il est hors de question de s’accoupler comme les chiens et les chats. Tel est le sens de ce verset du Srimad-Bhâgavatam , qui dit que nul ne doit devenir un père ou une mère, un proche ou un ami, un roi ou un guru , s’il ne peut sauver ses subordonnés du cycle des morts et des renaissances.

En conclusion, après avoir erré à travers tant d’espèces vivantes, celui qui obtient la grâce de se voir attribuer une forme humaine ne doit pas en faire un mauvais usage et redevenir un chien, un porc, un âne ou un chameau. Il doit plutôt devenir un bhakta , apprendre à s’abandonner à Krishna et à rendre ainsi son existence fructueuse.

Pour devenir un bhâgavata , ou un dévot du Seigneur, il n’est nullement nécessaire d’interrompre ses activités. Nous avons d’ailleurs l’exemple de Maharaja Pàriksit, qui était un mahâratha , un grand général d’armée. Ainsi, même un militaire peut devenir un bhâgavata , tout autant d’ailleurs que le peuvent un marchand, un noble brâhmana ou un docte érudit. Il n’y a pas de restriction. Ce n’est pas que seuls les védântistes peuvent devenir des bhâgavatas , des brillants maîtres de la connaissance scripturaire. Au contraire, dans les temps védiques, la société se trouvait si bien organisée que tous avaient la possibilité de devenir des bhâgavatas , aussi bien le brâhmana que le ksatriya , le vaisya ou le sudra. Striyo vaisyâs tathâ sûdrâh ; Krishna déclare personnellement: « Peu importe qu’on soit une femme, un sudra ou un vaisya« , te ‘pi yânti parâm gatim « tous peuvent retourner à Dieu, en leur demeure originelle ». Comment? Mâm hi pârtha vyapâsritya ye ‘pisyuh pâpa-yonahah , « Il suffit de prendre refuge en Moi avec sérieux. C’est tout. On peut être n’importe qui, cela n’a aucune importance. » Te ‘pi yânti parâm gatim. »

Revenons-en à l’exemple de Maharaja Pariksit, qui dès son enfance avait l’habitude de jouer avec des figurines de Râdhâ et Krishna. Voilà bien l’avantage de naître dans une famille vaisnava. De même, les enfants de notre Mouvement jouent parfois avec des Formes de Jagannâtha ou de Radhâ- Krishna. C’est d’ailleurs ce que nous avions nous-même l’habitude de faire. Nous avons eu la grâce d’obtenir un bon père et une bonne mère qui ont su nous fournir cette éducation. A votre tour, vous pouvez également éduquer vos enfants dans cette voie, et ainsi devenir des pères et mères modèles. Sinon, n’oubliez pas que les chiens et les chats savent eux aussi procréer; ils le font d’ailleurs mieux que vous, vous ne pouvez les surpasser sur ce plan. Votre excellence sera de rendre vos enfants conscients de Dieu. Et pour cela, tout doit être enseigné depuis l’enfance. C’est ce que disait Prahlâda Maha- raja: kaumâra âcaret prâjno dharmân bhâgavatân iha. Si cette éducation n’a pas lieu au tout début de l’existence, si l’enfant se trouve privé de conscience de Dieu, quels seront les résultats? Peut-être enverrez-vous vos enfants dans un vaste complexe universitaire, mais ils deviendront simplement des hippies. Vous ne pouvez rien espérer de plus. Pourquoi ne pas leur apprendre dès le début à devenir conscients de Krishna? Vous verrez alors monter des générations fort paisibles et harmonieuses, vous verrez les conditions sociales s’améliorer, et tout le monde deviendra naturellement heureux. C’est avec bonheur que tous chanteront les gloires de Dieu et que tous adhéreront à la Conscience de Krishna. Chaque maison résonnera du son des cloches et du chant du montra Hare Krishna. Transformez ce monde en Vaikuntha, telle est ma requête. Il va donc du devoir du père et de la mère d’éduquer leurs enfants dès leur plus jeune âge de façon à ce qu’ils deviennent conscients de Krishna même à travers leurs jeux. Il va toujours du devoir d’une personne responsable de sauver ses subordonnés du danger éminent que représente la mort, ou du cycle répété des morts et des renaissances. A moins de pouvoir ainsi sauver ses enfants, il ne sert à rien d’en avoir. Nos écoles n’ont pas d’autre but; tous les enfants devraient les fréquenter, et nos dévots avancés devraient veiller sur eux. Engendrez une nouvelle génération, une génération de Maha- raja Pariksits. Dès leur plus tendre enfance (bâla-kridanakaih), les enfants doivent apprendre à penser à Krishna, à centrer leurs jeux sur Krishna, à manger la nourriture de Krishna: « Krishna, Krishna. » Dans ces conditions, ils ne pourront que devenir conscients de Krishna.

Nous avons nous-même vu comment les enfants imitent les prosterne- ments des adultes; et ils en retirent tout le bénéfice. Il ne faut pas croire que parce que les enfants ne comprennent pas ce qu’ils font, il n’y a pas d’effets. Qu’ils soient sérieux ou non, conscients ou non, si seulement ils se prosternent, ils en retirent le bénéfice, tout comme lorsqu’ils chantent et dansent.

Le résultat est qu’ils deviennent des bhaktas . C’est ce qu’on appelle ajnâta- sukrti (progrès inconscient). Vous trouverez ceci expliqué dans le Nectar de la Dévotion. Le temple est destiné à favoriser l’évolution des non-bhaktas si d’une façon ou d’une autre ils viennent au temple, se prosternent, dansent avec nous, prennent le prasâda et le caranâmrta , ils progressent spirituellement. Et notre Mouvement veut offrir cette possibilité à tous. Au début, les gens viennent en curieux; puis ils se mettent à danser, à chanter, à prendre le prasâda , et après quelques jours, ils décident de se raser et de se joindre à nous. Tout cela grâce à la compagnie des bhaktas. Encore une fois, donc, offrons à tous la possibilité de tirer parti de nos temples et ainsi de progresser spirituellement.

Ces textes furent écrits par Sa Divine Grâce A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada.

La perfection de l’existence …

La libération

Somme toute, notre corps est un objet inerte, mort; comme chacun le sait, il ne se déplace et ne s’anime qu’en raison de la présence de l’âme spiri- tuelle. Sitôt que celle-ci le quitte, il s’éteint. Nous sommes fortement attachés à ce sac de chair et d’os, mais les hommes de savoir connaissent la nature véritable du corps {yasyâtma-buddhih kunâpe tri-dhâluke). L’être, la personne véritable, est l’âme, cette force qui anime le corps. Nous ne sommes pas notre corps. Croyez-vous qu’en assemblant quelques os et un peu de chair vous parviendrez à produire quelque intelligence ? Celui qui croit être son corps s’identifie à un amas de chair et d’os. Tous les composants du corps peuvent être trouvés dans notre environnement, et les hommes de science peuvent bien les combiner entre eux s’ils le désirent; mais pourront-ils ainsi créer un autre homme de science, un professeur Einstein par exemple ? Certes non, car la chair et les os restent ce qu’ils sont: des éléments matériels. L’identité réelle de l’être est l’âme, mais selon son karma, il manifeste tel ou tel degré d’intelligence, ce qui n’empêche pas l’âme de s’extérioriser à travers cette enveloppe charnelle. Si, par exemple, je regarde à travers cette fenêtre, cela ne signifie nullement que la fenêtre voit; la faculté de voir n’appartient pas à la fenêtre. Ainsi, ceux qui croient être leur corps, qui vivent selon un concept corporel de l’existence, ne valent pas mieux que les vaches et les ânes.

yasyâtma-buddhih kunâpe tri-dhâtuke

sva-dhih kalatrâdisu bhauma idyadhih

yat tirtha-buddhih salite na karhicij

janesv abhijnesu sa eva gokharah

Ce corps n’est donc qu’un corps animal, ou une masse inerte, tant que nous ne tirons pas parti, en cette forme humaine, de l’opportunité qui nous est offerte de recueillir la poussière des pieds pareils-au-lotus d’un bhakta (jivan chavo bhâgavatanghri-renum na jâtu martyo ‘bhilabheta yas tu). De plus, il est mentionné: Sri visnu-pâdaya manu-jas lulasyah svâsân chavo yas lu na veda gandham ; nous avons également un sens olfactif, et nous devons l’utiliser dans la Conscience de Krsna en sentant le merveilleux parfum des fleurs et des tulasis offertes aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Le prêtre en fait offrande au Seigneur, et nous devons ensuite en accepter les reliefs sous forme de prasâda ainsi notre pouvoir olfactif se trouvera-t-il comblé. Tel fut le cas des Kumâras, lesquels étaient tous impersormalistes, mais devinrent des personnalistes après avoir senti le  parfum des feuilles de tulasi offertes aux pieds pareils-au-Iotus de Visnu. Cette opportunité s ‘offre à tous. Quiconque sent les fleurs et les tulasls offertes à Visnu, goûte le visnu- prasâda et contemple la Forme du Seigneur développera graduellement sa conscience de Krishna. En ce sens, les temples représentent une chance unique pour tous. Le processus est simple; il peut ne pas sembler tel pour un homme ordinaire, mais il est effectivement simple. N’importe qui peut sentir les fleurs offertes à Krishna; n’importe qui peut manger la nourriture offerte à Krishna; n’importe qui peut contempler la murti, si merveilleusement parée dans le temple; et n’importe qui peut écouter le montra Hare Krishna. Nous avons des sens, —la vue, l’ouïe, la parole, l’odorat, le toucher, le goût —, et il suffit que nous les utilisions en relation avec Krishna pour devenir conscients de Lui, le plus simplement du monde. Et dès que nous devenons conscients de Krsna, notre existence se trouve couronnée de succès, car nous nous affranchissons des liens qui nous retiennent à la naissance et à la mort.

L’action spirituelle

Notre corps est un instrument avec lequel nous agissons. La Bhagavad-gitâ enseigne:

îsvarah sarva-bhutânâm hrid-dese ‘rjuna tisthati

bhramayan sarva-bhûtâni yantrârudhâni mayayâ

L ‘isvara, ou Sri Krisna, le Seigneur Suprême, Se tient dans le cœur de chaque être et Se fait le témoin des actes. Il prend note de nos désirs, lesquels se succèdent sans fin, et dans Son infinie bonté, Il nous donne un corps à la mesure de nos aspirations ainsi que la possibilité de transmigrer à travers différentes espèces de corps. Il remarque par exemple: « Celui-ci aime le sang et la viande crue; très bien, Je vais lui donner un corps de tigre. Celui-là aime être nu; bon, il aura un corps d’arbre, afin qu’il puisse ainsi satisfaire son désir pendant dix mille ans .  » Le corps humain est fait pour être couvert, et non pour être exposé; mais si quelqu’un se plaît à l’idée d’être nu, dans sa vie prochaine, il obtiendra le corps d ‘un arbre, et verra ainsi son désir exaucé. Nous avons d’ailleurs à ce propos l’exemple de Nalakuvara et Manigriva. Voyant leur désir de vivre dans la nudité, Nârada leur en donna l’occasion: « Très bien, devenez des arbres et restez nus .  »

Nous avons donc pour devoir de fréquenter les temples, là où se trouve la Forme de Visnu; telle est l’injonction des Ecritures {padau nrinam tau druma-janma-bhajau), et quiconque manque de porter ses pas vers les temples ne vaut pas mieux qu ‘un arbre. Il existe, en Inde, de nombreux lieux de pèlerinage, parmi lesquels Vrndâvana. Vrndâvana est une petite ville de cinquante mille habitants tout au plus, mais on y trouve cinq mille temples, de toutes les tailles. Une douzaine d’entre eux environ sont considérés comme très importants, et ont pratiquement la taille de châteaux-forts, les autres sont plus petits. En tout, donc, pour une ville de cinquante mille habitants, on compte cinq mille temples de Krsna, tous à la gloire de Râdhâ et Krishna. Ainsi, quiconque a la fortune de se rendre à Vrndâvana voit Râdhâ et Krishna partout où il se tourne; et telle est bien la clé d’une existence fructueuse. Le fait de voir Râdhâ et Krishna’laisse en nous une impression profonde, et si vous observez les habitants de Vrndâvana, vous constaterez que, matin et soir, tous se rendent dans les temples pour y contempler les murtis de Râdhâ et Krishna.

Tout compte fait, nous n’avons pas besoin d ‘une éducation particulière, ni de philosophie, ni de science; fréquentons simplement les temples de Visnu et notre vie sera couronnée de succès. Voilà comment agit la Conscience de Krishna. Vous vous rendez au temple et vous ouvrez les yeux; quoi de plus simple ! La voie de la Conscience de Krishna est en effet très simple, mais elle est à la fois si sublime qu’à la fin elle vous confère la libération ( tyaktvâ deham punar janma naiti). Tout ce que vous avez à faire, c’est penser à Krishna. Si vous ne pouvez lire, asseyez-vous et contemplez la Forme de la mûrti, cela vaudra tout autant. Si vous dansez, jouez des cymbales ou chantez le mantra Hare Krishna, vous en tirerez un grand bénéfice, et jamais le progrès ainsi réalisé ne sera perdu. Si, d’une façon ou d’une autre, quelqu’un se montre quelque peu jubilant devant le Seigneur, Celui-ci en prend note aussitôt. Il importe donc de comprendre la nécessité de fréquenter les temples ( padau nrinam tau druma-janma-bhajau), car sinon, quelle différence y a-t-il entre vos jambes et celles d ‘un arbre immobile? On donne également aux arbres le nom de padaupa, signifiant que leurs jambes leur servent à boire; nous buvons également, mais avec notre bouche. Il existe par ailleurs un oiseau très particulier qui, lui, utilise sa bouche pour déféquer. Tous les animaux n’agissent donc pas de la même façon. Les poissons, par exemple, se servent de leurs nageoires pour percevoir les sensations tactiles. Leurs nageoires sont si perfectionnées qu’elles peuvent détecter, à près de cinq kilomètres de distance, un gros poisson risquant de les engloutir, ce qui leur donne le temps d’aller se mettre à l’abri. Tout cela est expliqué dans le Srimad-Bh âgavatam. Le Srimad-Bhagavatam renferme ainsi une énorme masse de connaissances parfaites et scientifiques concernant les différentes espèces vivantes, et décrit aussi bien leur façon d’agir, que leurs habitudes alimentaires ou leur mode de déplacement. Tout y est parfaitement expliqué, et si vous éludiez le Srimad-Bhâgavatam de façon parfaite, votre éducation sera complète. Vous n’avez, en fait, besoin d’aucun autre livre; vous trouvez dans le Srimad-Bhâgavatam tout le savoir matériel et spirituel dont vous avez besoin, et à la fin, Krishna.

Ksetrâni nana bhajatau harer yah. Ksetra veut dire « pèlerinage ». Le temple n’est pas une maison ordinaire, c’est un lieu de pèlerinage, c’est Vai- kuntha. Il existe en ce monde trois sortes d’influence: la vertu , la passion et l’ ignorance. Les sâstras enseignent que celui qui vit dans la nature se trouve sous l’influence de la vertu, celui qui vit dans une ville ou un village connaît l’influence de la passion, et celui qui vit dans les lieux où l’on s’enivre et où règne la prostitution subit celle de l ‘ignorance. Il existe ainsi trois catégories d’êtres, et en fait, tout peut se diviser selon les trois catégories que sont le sattva, le rajas et le tamas. Mais celui qui a la fortune de vivre dans un temple se trouve à Vaikuntha, au-delà même de la vertu et son premier souci doit être de prendre bien garde de ne pas choir à nouveau du monde de Vaikuntha. Ayant obtenu de vivre à Vaikuntha, il doit veiller à ne pas retomber, car le niveau de la vertu , de la passion ou de l’ignorance demeure matériel. Certains se rendent ainsi dans la forêt pour y pratiquer la méditation, mais c’est là le niveau de la vertu matérielle. Quant à celui qui vit dans un temple, il n’a aucun lien avec la vertu, la passion ou l’ignorance matérielles, car il vit à Vaikuntha. De toute façon, il n’est pas possible, à l’époque où nous vivons, de se rendre dans les Himalayas ou au fond des forêts pour y pratiquer la méditation. Ceux qui prétendent le faire sont tous des imposteurs. Une telle voie est impraticable aujourd’hui, et en outre, nous n’avons pas été éduqués dans ce sens. Jadis, en effet, les brahmacârîs se rendaient dans la forêt dès leur plus jeune âge pour y rencontrer leur précepteur, leur maître spirituel. Mais de nos jours, dès la plus tendre enfance, que ce soit à l’école, au lycée, dans les dortoirs ou ailleurs, les jeunes gens des deux sexes se côtoient et font toutes sortes de bêtises. Comment, dans ces conditions, pouvez-vous acquérir les qualités nécessaires pour pratiquer la méditation? Ce n’est pas possible. Tirez donc parti des temples et des centres que nous ouvrons, et vivez à Vaikuntha. Si les responsables veillent avec soin à ce que le temple ne devienne pas autre chose qu’un temple, vous serez saufs: Maya ne pourra vous atteindre.

L’adoration de Krishna

Il est recommandé d’emprunter la voie de l’akâma, du niskincana, celle que suit celui qui en a fini avec tous les désirs matériels. Tel est le vaisnava. A l’opposé se trouve le sarva-kâma, dont les désirs matériels ne connaissent pas de fin. Les sarva-kâmas, ou sakâmas, ou encore karmis, sont ceux qui travaillent comme des bêtes de somme. Le dur labeur est le propre des animaux, mais on apprend maintenant aux hommes à travailler comme des bêtes, si bien que leurs désirs ne connaissent point d’apaisement. Aussi les nomme-t-on karmîs, et dans la Bhagavad-gitâ, Krishna qualifie ces bêtes humaines, peinant comme des porcs et des chiens, de mûdhâs, ou insensés de la plus basse espèce. Visvanatha Cakravartî Thakura explique pourquoi ils sont considérés comme des mudhâs. Si ces karmis veulent simplement manger, dormir et s’accoupler, pourquoi se donnent-ils tant de mal? Ne voient-ils pas les oiseaux? Eux aussi mangent, dorment et se reproduisent, et eux sont libres; au moins, ils ne travaillent pas la nuit. Mais les karmîs, jour et nuit, pensent à accroître leurs revenus pour mieux satisfaire leurs sens, et cela n’a pas de fin. Comment dès lors peuvent-ils être heureux? Comment, dans de telles conditions, peuvent-ils trouver le bonheur? Les karmîs ne peuvent être heureux, car ils se mettent constamment sous le joug du labeur.

Puis il y a les jnânîs, ou moksa-kâmas, situés entre les bhaktas akâmas et les karmîs sarva-kâmas. Ceux-là sont dégoûtés du travail; ils se disent:  » J’ai travaillé si dur toute ma vie, et je n’ai pas eu un instant de repos. Tout cela n’est donc qu’illusion —jagan mithyâ. » Mithyâ veut dire « illusion », et telle est la philosophie de Sankaracarya: brahma-satya jagan mithyâ,  » J e dois maintenant trouver le brahman et me fondre en lui. » Mais ce n’est là qu’une autre forme d’effort pénible. Ils doivent maintenant se livrer à toutes sortes de spéculations et interpréter tous les textes védiques de manière à « prouver » que Dieu est mort, néant, impersonnel ou inexistant. Ils doivent rassembler tous leurs arguments, et cela leur demande aussi de très grands efforts. Quant aux yogis, ils veulent acquérir des pouvoirs magiques, pour montrer qu’ils peuvent marcher sur l’eau, voler dans les airs sans l’aide d’aucun appareil ou se rendre sur n’importe quelle planète de leur choix. Les yogis sont en effet capables de tels exploits; leurs pouvoirs leur permettent même de créer de l’or sur-le-champ. Et bien entendu, quiconque peut exhiber de tels pouvoirs s’attirera une foule d’admirateurs. Mais de tels yogis restent très difficiles à trouver. De nos jours, dans les pays d’Occident, un yogi est un simple professeur de gymnastique. Les yogis, donc, doivent également travailler dur, car ils sont encore motivés par le kâma ils désirent se rendre populaires par leur magie. Parce que les gens sont incapables de marcher sur l’eau, dès qu’un homme parvient à réaliser un tel exploit, des millions de personnes sont prêtes à s’assembler au bord de l’océan pour le regarder faire. Ces siddhis, ces pouvoirs, leur permettent également de voyager d’une planète à une autre, sans l’aide d’aucun appareil. Nous avons à cet égard l’exemple de Durvasà Muni, qui, en moins d’un an, parcourut tout l’espace intersidéral, puis revint à son point de départ. Il alla jusqu’aux planètes Vaikunçhas. Telle était sa puissance yogique qu’il put même voir Dieu en personne. Mais ses pouvoirs ne lui donnèrent pas, néanmoins, d’être excusé pour l’offense qu’il avait commise envers Ambarisa Maharaja, et c’était pour échapper au sudarsana-cakra  qu’il s’était rendu sur différentes planètes. Il alla ainsi trouver Siva, Brahmâ et tous les grands devas en les implorant:  »Sauvez-moi, je vous en prie, le sudarsana-cakra me poursuit. » Mais tous lui répondirent la même chose: « Nous sommes incapables de faire quoi que ce soit pour toi. Peut-être devrais-tu essayer d’aller voir Visnu. » Il se rendit donc auprès de Visnu, mais lorsqu’il Lui eut raconté son histoire, Visnu lui répondit qu’il ne pouvait rien non plus pour lui:. « Tu dois retourner auprès d’Ambarisa Maharaja et tomber à ses pieds pour implorer son pardon. Alors seulement seras-tu sauvé. » Voyez donc qui est le plus puissant. Ambarisa Maharaja était un bhakla , entièrement dépendant de Krishna. Ainsi, même le plus puissant des yogis ne peut vaincre un bhakta. Pourquoi? Parce que les bhaktas s’abandonnent totalement à Krishna. Cet abandon total se traduit ainsi: « Si Krishna le désire, Il me sauvera, sinon, je ne ferai rien pour me sauver moi-même. Je dois simplement servir Krishna, c’est tout. » Et c’est Krishna Lui-même qui Se charge de sauver Son dévot. Voyez Prahlâda Maharaja; c’était un simple garçonnet et son père le torturait à mort, mais il fut sauvé par Krishna. Lorsque la situation devint intolérable, le Seigneur apparut et fit périr cet être démoniaque.

Les bhaktas sont akâmas , ils n’ont aucun désir matériel; même confron- tés au plus grand des dangers, ils ne demandent pas à Krishna de les sauver. Telle est la pure dévotion — anyâbhilâsitâ-sûnyam . Par suite, le Caitanya- caritâmrta enseigne:

bhukti-mukti-siddhi-kami sakali asanta

krishna-bhakta niskâma ataeva Santa

Le mot santa veut dire « paisible ». Et nul autre que le krishna-bhakta ne peut être paisible. Le karmi désire dominer l’univers matériel, le jnâni veut se fondre en Dieu et le yogi aspire à quelque pouvoir surnaturel, si bien qu’il leur manque tous quelque chose. Leurs désirs se situent peut-être à différents niveaux, mais ils ont tous des aspirations insatisfaites. Par contre, le bhakta est akâma , il n’a aucun besoin, aucun désir; il ne veut rien de Krishna. Caitanya Mahâprabhu enseigne d’ailleurs: na dhanam na janam na sundarim kavitâm vâ jagad-isa kâmaye , « Je ne veux rien. Je ne désire pas d’argent, ni de disciples, ni de jolie femme. » Ces choses ne sont désirées que par les matérialistes. Le bhakta souhaite simplement avoir l’occasion de servir le Seigneur, c’est tout. « Hare Krishna; ô Râdhârânï, ô Krishna, Vous êtes tous deux présents ici; veuillez m’accorder de Vous servir. » C’est ce qu’on appelle akâma : les akâmas n’ont d’autre souci que de servir Krishna. Mamna janmani janmanisvare bhavatâd bhaktir ahailuki tvayi , « Mon cher Seigneur, je ne désire rien; mais accorde-moi seulement la grâce de pouvoir être engagé dans Ton service. »

Le Srimad-Bhâgavatam recommande donc ceci: « Quelle que soit votre position, sarva-kâma ou moksa-kâma , même si vous êtes un insensé qui désire quelque chose de Krishna, vouez tout de même votre culte à Krishna. Ne vous adressez pas aux devas . » Certes, nous connaissons la liste des devas avec les bienfaits qu’ils sont susceptibles d’accorder: « Si vous voulez ceci, rendez un culte à cette divinité; si vous voulez cela, rendez un culte à telle autre divinité… » Mais tout cela relève du kâma  et la Bhagavad-gitâ réprouve ceux qui s’adressent aux devas pour satisfaire ainsi leurs désirs matériels: kâmais lais tair hrita-jnânâh. Hrita-jnâna veut dire qu’ils ont perdu toute intelligence; ce sont donc des canailles mais en langage châtié, on parlera de hrita-jnâna. Visvanâtha Cakravartï explique d’ailleurs ce mot par un autre, nasta-buddhayah , qui signifie « privé d’intelligence ». Et pourquoi les adorateurs des devas sonl-ils privés d’intelligence? La réponse se trouve une fois de plus dans la Bhagavad-gitâ: antavat tu phalam tesâm , parce que les bénédictions qu’ils obtiennent ne sont que temporaires. Il est recommandé, par exemple, de rendre un culte à Uma pour obtenir une ravissante épouse, ou à Indra pour jouir d’une grande puissance sexuelle. Mais c’est là pure sottise, car même si vous obtenez une ravissante épouse et une grande puissance sexuelle, combien de temps pourrez-vous en jouir? Antavat tu phalam tesâm, très vite tout sera terminé. Et si vous êtes âgé, si vous avez soixante-dix ou quatre-vingt ans, que ferez-vous d’une ravissante épouse? C’est pourquoi, en fin de compte, nous ne devons rien désirer de matériel; toutes choses matérielles sont vaines et temporaires.

En contrepartie, Krsnadâsa Kavirâja affirme dans son Caitanya-caritâmrta: krishna yei bhaje sei bada catura , quiconque adopte la conscience de Krishna, et prend refuge en Krishna, doit être considéré comme un homme à l’intelligence parfaite. Mais la recommandation tient tout autant pour les sarva-kâmas et les moksa-kâmas : « Même si vous êtes insensés, remplis de désirs ou si vous voulez vous fondre dans l’Absolu, adorez néanmoins la Personne Souveraine, Dieu, et nul autre. »

Une question se pose toutefois: si la bhakti , la pure bhakti , demande que l’on soit affranchi de toute forme de désir ( anyâbhilâsitâ-sunyam ), comment se fait-il que le Srimad-Bhâgavatam recommande aux sarva-kâmas —ceux qui désirent toute opulence matérielle—• et aux moksa-kâmas —ceux qui aspirent à la libération— d’approcher eux aussi le Seigneur? Puisqu’ils ne sont pas anyâbhilâsitâ-sunyam , qu’ils ont encore des désirs, comment dès lors peuvent-ils devenir des bhaktas , ceux-ci étant purs, ou akâma. Et pourquoi, d’autre part, les Ecritures recommandent-elles le culte des devasl C’est qu’il s’agit d’une liberté individuelle. Les sâstras nous laissent entièrement libres, mais il existe néanmoins une instruction ultime. Krishna Lui-même traite plusieurs sujets dans la Bhagavad-gitâ, tels que le jnana-yoga , le dhyâna- yoga, le karma-yoga.. ., mais à la fin, Il dit: sarvat dharmân parityajya ma mekam saranam vraja , « Laisse là toutes tes sottises, et abandonne-toi simple- ment à Moi. » Voilà l’instruction ultime. Cela signifie donc que les sâstras nous laissent libres d’agir à notre guise, mais ils nous donnent en même temps la possibilité d’accéder à la plus haute bénédiction. Dans le cadre de la vie sociale, nous sommes libres d’observer les lois de l’Etat ou de les violer. Et de même, nous restons libres d’accepter ou de rejeter les instructions que contiennent les sâstras. Il ne s’agit pas là d’une liberté totale, mais nous jouissons néanmoins d’une certaine liberté, par laquelle nous pouvons faire un choix. C’est ainsi que dans le Srimad-Bhâgavatam, Vyâsadeva nous donne différentes possibilités: « Si vous désirez ceci, vous rendez un culte à ce deva, » et ainsi de suite ( yânti deva-vratâ devân pitrin yânti pitri-vratâh). Mais si vous êtes intelligents, udâra-dhih , alors en dépit de tous vos désirs, vous deviendrez conscients de Krishna, et vous irez à Lui {purusam param).

Krsna est ce purusam param , et Arjuna L’a reconnu comme tel: param brahma param dhâma pavitram paramam bhavân. Tout en Lui est param, c’est Lui l’Etre Suprême {purusam param). Nous retrouvons la même assertion dans la Brahma-samhitâ: Isvarah paramah krishnah . Krishna est donc param, suprême à tous égards. Il représente également le pouvoir suprême; « purusottamam » signifie que nul n’est plus grand que Lui, et c’est d’ailleurs pourquoi il est recommandé de se tourner vers Lui quels que soient nos désirs, que l’on aspire au jnâna-siddhi, au yoga-siddhi , au karma-siddhi ou au dhyâna-siddhi. Krishna dit également: yat karosi, yaj juhosi , »Quoi que tu veuilles faire. » Que vous soyez un karmi un jnani, ou un yogi, vous accomplissez toujours une certaine forme d’activité. Même la méditation, la prétendue méditation, est une forme d’activité, mentale celle-là. Le champ est donc ouvert à tous.

Penchons-nous sur le cas de Dhruva Maharaja. Il était sarva-kâma et aspirait au bonheur matériel. Insulté par sa belle-mère, il avait résolu d’obtenir un royaume supérieur même à celui de son père, et de se venger ainsi de sa belle-mère. Il était donc sarva-kâma. Or, Nârada approcha Dhruva Maharaja et lui tint ces propos: « Mon cher enfant, tu es un prince, et donc délicat; tu ne peux supporter tous les désagréments de la vie dans la jungle. C’est très difficile, tu sais; même de très grands sages n’y parviennent pas. Tu ferais mieux de retourner chez toi, et de revenir lorsque tu seras vieux. Retourne donc chez toi maintenant. » Mais Dhruva était un fils de ksatriya si déterminé qu’il lui répondit: « Cher Nârada, je vous remercie de vos instructions, mais je suis si déchu que je ne peux les accepter. Voyez donc, je suis un ksatriya , et vos instructions brahmaniques ne peuvent avoir d’effets sur moi. Si vous pouviez plutôt me donner un manlra par lequel je puisse rencontrer le Seigneur Suprême, cela me serait beaucoup plus utile, car je désire Le voir. » Lorsque Nârada Muni vit qu’il était déterminé à ne pas s’en retourner, il lui donna le mantra suivant: om namo bhagavate vâsudevâya , et Dhruva vit Krishna, ou Visnu, en moins de six mois, grâce à son étonnante détermination. Mais lorsque Krishna lui offrit de lui donner tout ce qu’il voudrait du fait de ses rudes austérités, Dhruva se sentit gêné: svâmin kritârtho ‘smi varam na yaje, « Mon cher Seigneur, je n’ai plus de désirs. Je ne veux rien, j’ai tout; et non seulement tout, mais plus que tout, car j’ai pu Te contempler. Maintenant, je ne veux plus rien d’autre. »

Ainsi l’occasion d’accomplir le service de dévotion et de se lier au Sei- gneur Suprême est-elle offerte à tous, même à ceux qui ont des désirs matériels (kâmas). Et, pour sûr, le jour viendra où ils deviendront akâma , dénués de désirs. Voilà pourquoi ce processus est recommandé. Ce n’est pas que le sarva-kâma approche Krishna pour L’embêter, « Donne-moi ceci, donne-moi cela. » Non. Qu’il agisse ainsi s’il le désire, Krsna S’occupera de lui; mais l’idée reste qu’à travers le service de dévotion offert à Krsna avec sérieux, il deviendra tôt ou tard akâma. Voilà l’optique dans laquelle il faut comprendre cette recommandation. Il ne s’agit pas d’approcher Krishna pour Lui demander n’importe quoi; ce n’est pas là la pure dévotion. La pure dévotion est akâma, c’est-à-dire qu’on ne veut rien de Krishna {na dhanam na janam na sundarim kavitâm va jagad-isa kâmaye). Toutefois il est recommandé à un bhakta néophyte et peu intelligent d’approcher Krishna même pour Lui demander toutes sortes d’avantages matériels, et par la pratique du service de dévotion, il atteindra la perfection ; ou encore, en entrant au contact d’un pur bhakta , il abandonnera tous ses désirs ineptes pour lui-même devenir un pur bhakta et simplement s’engager par la suite dans le service du Seigneur sans rien attendre en retour, sans rechercher aucun profit personnel.

La transfiguration du cœur

Selon le Srimad-Bhâgavatam , il faut tenir pour complètement endurci le  cœur qui ne change pas lorsque survient l’extase, même après avoir chanté les Saints Noms du Seigneur avec concentration. L’acier, ou la pierre, ne fondent pas très facilement, et le cœur qui ne se transforme pas après avoir chanté le mantra Hare Krsna de façon régulière peut être dit d’acier ou de pierre. A dire vrai, le hari-nâma doit précisément servir à purifier le c œur {harer nâma harer nâma harer nâmaiva kevalam). Notre  cœur déborde de conceptions erronées, à commencer par celle qui consiste à croire que nous sommes le corps. Caitanya Mahâprabhu disait: ceto-darpana-mârjanam , au fur et à mesure que vous chanterez, votre cœur se purifiera, et vous serez à même de comprendre que vous n’êtes pas votre corps. C’est ce qu’on appelle le jnâna-vairâgya; par jnâna , on entend « savoir du plus profond de notre être que le corps ne répond pas à notre identité véritable », et l’effet immédiat de cette réalisation est que l’on se désintéresse naturellement de toute chose liée au corps. Ceto -darpana-mârjanam bhava-maha-dâvâgni-nirvâpanam. Bhava signifie la répétition des naissances et des morts, ou encore,  » T u deviens ». Et ce  » T u deviens » signifie également  » T u devras mourir »; ainsi est fait le monde. Le fait d’être en devenir implique nécessairement qu’on ne peut maintenir sa position perpétuellement. Cela n’est pas possible, mais victime d’une fausse impression, dès que nous venons au monde, nous croyons que tout est merveilleux. Bhaktivinoda Thâkura a d’ailleurs composé un chant à ce sujet, où il est dit: « Mon cher Seigneur, lorsque je me trouvais dans le sein de ma mère, Tu m’es a p p a r u .  » Les êtres évolués spirituellement peu vent en effet voir Dieu dans le sein de leur mère. Lorsque l’enfant se trouve dans cette position pour le moins inconfortable, tout recroquevillé, s’il est de nature vertueuse, et spirituellement avancé, il prie Dieu de l’arracher à cet emprisonnement et à ces souffrances extrêmes. Il Lui promet également de s’engager pleinement dans la Conscience de Krihsna dès après sa naissance. Mais, selon Sri Bhaktivinoda Thâkura: janama hoila podi maya jale, dès la naissance, nous sommes pris par Mâyâ, et nous oublions. Le père, la mère et les autres proches prennent en effet l’enfant dans leurs bras et le caressent affectueusement, tant et si bien qu’il oublie la condition précaire où il se trouvait dans la matrice, pratiquement étouffé. Car, il faut bien savoir que si après être sorti du sein de la mère vous deviez êtres confinés de nouveau dans une enveloppe aussi restreinte et hermétique, vous suffoqueriez et en mourriez en moins de trois secondes. L ‘enfant dans la matrice de sa mère ne vit que grâce à la protection du Seigneur Suprême, sinon, il s’avère impossible de vivre dans de telles conditions. Nous oublions donc notre situation précédente sitôt sortis de la matrice, et enveloppés de l’affection du père et de la mère, nous trouvons que la vie est belle. Mais là se trouve précisément Mâyâ, ou l’illusion; car le fait de naître {bhava) est extrêmement pénible, comparable à une chute dans un brasier ( bhava-mahâ-dâvâgni).

La forme humaine nous offre donc l’occasion de purifier notre c œur, ce qui n’est pas possible lorsque nous naissons au sein d’espèces animales. Aussi, maintenant que nous avons obtenu forme humaine, nous ne devons pas à nouveau nous laisser égarer. Ceto-darpana-mârjanam bhava-mahâ- dâvâgniy, si cette fois nous purifions notre c œur, le brasier brûlant du cycle répété des morts et des renaissances successives pourra s’éteindre. Cependant, l’énergie illusoire possède une telle puissance que nous oublions les souffrances de notre dernière mort. Car, nous souffrons énormément à l’heure de la mort. Imaginez seulement un instant quelle souffrance ce doit être de devoir renoncer à la vie ! Nous oublions donc tout de la naissance et de la mort, mais nous devons être certains qu’aussitôt que survient la naissance, la mort nous est également promise; et plus nous avançons en âge, plus nous approchons de la mort. Nous pourrions même dire que nous avançons vers la mort. Lorsqu’un enfant naît, si quelqu’un demande:  » Quand cet enfant est-il né ?  » , et que la réponse soit:  » Hier .  » , cela signifie qu’il a déjà passé un jour, et qu’il est déjà mort d’un jour. Ainsi la mort progresse- t-elle; sitôt que survient la naissance, la mort est à nos côtés. Si je suis âgé d’un jour, cela veut dire que je suis mort d’un jour. J’ai maintenant soixante- seize ans, et cela signifie que je suis mort de soixante-seize ans. Ainsi la mort est-elle certaine. Les gens disent:  » Nous progressons, nous évoluons. » Mais quel est leur progrès? La mort est inéluctable; nul ne peut dominer la naissance ou la mort, pas plus que la vieillesse ou la maladie. Peut-être pouvez- vous fabriquer de bons médicaments, mais vous n’arrêterez pas la maladie. Notre c œur s’est donc endurci, et le voilà pour ainsi dire devenu d’acier. Nous ne prenons pas toutes ces choses en compte, et nous restons sous l’im- pression que cette civilisation matérielle est en progrès. Mais tout ce que nous perfectionnons finalement, c’est l’art de couper la pierre et le bois. Voilà notre progrès. Dans votre pays, on fabrique une maison de pierre en deux mois; or, qu’est-ce que cela veut dire, sinon que les hommes excellent à couper la pierre. Mais nous ne sommes pas faits pour couper du bois ou de la pierre; nous sommes destinés à comprendre notre identité spirituelle. Sinon, même les piverts savent travailler le bois. Ce n’est donc pas là une très brillante manifestation de notre intelligence. Et comment pouvons-nous purifier notre c œur ? Par le hari-nâma dheyaih , le chant du Nom de Hari.

harer nama harer nâma harer nâmaiva kevalam kalau nâsty eva nâsty eva nâsty eva gatir anyathâ…

Toute voie spirituelle est destinée à purifier le c œur. Que vous empruntiez la voie du karma-yoga , du jnâna-yoga, du dhyâna-yoga ou du bhakli-yoga , le but ultime consiste à purifier votre c œur. Nous vivons présentement sous l’emprise d’une conception erronée de l’existence, et toutes sortes d’impuretés se sont amassées dans nos c œurs; nous pensons ainsi ne pas être différents de nos corps. Par suite, nous ne faisons aucun effort pour réaliser que nous sommes des âmes spirituelles. Or, les animaux vivent également prisonniers de ce concept corporel de l’existence, et ils s’affairent à manger, à dormir, à s’accoupler et à se défendre, Cela veut dire que l’homme est devenu un animal, car lui aussi n’a d’intérêt que pour manger, dormir, s’accoupler et se défendre. Mais telle n’est pas notre position; la forme humaine doit nous permettre d’échapper aux rets de la naissance, de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Voilà quelle doit être notre préoccupation première : ceto darpanam arjanam.

Nous sommes fourvoyés, car tous nos prétendus dirigeants ou pourvoyeurs d’idéologie, ne sont en fait que des trompeurs —ils ignorent tout du but de la vie. Voilà la difficulté que nous devons aujourd’hui affronter; et pas seulement aujourd’hui, car ce problème existe de tout temps dans l’univers matériel, bien qu’il se soit accru dans cette ère de Kali. Mais si nous récitons le mantra Hare Krishna en prenant soin de ne pas commettre les dix offenses qui s’y rattachent, cela aura pour effet de purifier notre c œur et de nous donner accès à la libération ultime. Ceto-darpana -mârjanam bhava-maha- dâvâgni-nirvapanam. Nous connaissons ainsi la voie qui peut nous permettre d’échapper aux griffes de la naissance et de la mort. Il y a d’innombrables grands hommes de science et philosophes, mais aucun ne traite de cette importante question: comment s’affranchir de la naissance et de la mort. Et la raison en est bien simple: c’est qu’ils n’ont aucune solution, et ne peuvent d’ailleurs imaginer qu’il en existe une. Mais notre Mouvement pour la Conscience de Krishna transmet cette connaissance: « Vous pouvez vous arracher aux griffes de la naissance et de la mort, de la vieillesse et de la maladie. » Et tel est bien notre désir. Personne ne souhaite mourir, et personne ne souhaite non plus retourner dans le ventre d’une mère. Personne ne veut être malade, et personne ne veut vieillir. Mais les scientifiques de pacotille ne proposent rien pour échapper à ces maux. Le Srimad-Bhâgavatam nous indique toutefois la direction à suivre: hari-nâma-dheyaih le chant du hari-nama (harer nama harer nama harer nâmaiva kevalam).
Puis, lorsque votre chant du hari-nâma sera parfait, divers signes apparaîtront: netrejalam gatra-ruhesu harsah . En effet, il arrive parfois au cours du chant, que des larmes d’extase apparaissent et que le corps se mette à trembler — cela signifie que vous approchez de la perfection. Mais, bien sûr, il n’est pas question de manifester artificiellement de tels symptômes. Lorsque vous atteindrez la perfection, ces signes apparaîtront d’eux-mêmes. C’est pourquoi le Srimad-Bhâgavatam déclare que si un homme chante le mantra Hare Krishna de façon continue sans que ses yeux s’emplissent de larmes ou que son corps soit pris de tremblements, cela signifie qu’il n’approche pas de la perfection . Or, le moyen d’atteindre cette perfection consiste à réciter ou à chanter le mantra Hare Krishna en évitant les dix offenses que nous avons déjà mentionnées et en observant les principes régulateurs concernant le nombre de chapelets qu’il faut réciter. Sankhya-purvâka-nâma-gâna-natibhih , les Gosvâmls de Vrndâvana avaient l’habitude de réciter un nombre fixe de chapelets; ils étaient tous libérés, mais pour nous donner l’exemple, ils chantaient eux aussi un nombre fixe de mantras . Et de même, Haridâsa Thâkura conservait une semblable régularité, chantant chaque jour trois cent mille Noms de Krishna. Quant à nous, nous n’en prescrivons même pas cent mille, mais seulement vingt-cinq mille ; ce n’est donc pas très difficile. L’exercice demande deux heures au plus, et nous pouvons certainement consacrer deux heures sur vingt-quatre au chant du mahâ-mantra. Donc, si nous observons sérieusement ces principes en chantant le mantra Hare Krishna, tous les signes de l’extase apparaîtront en nous (netre jalam gatra-ruhesu harsah ). Et lorsque cela se produit, nous pouvons être assurés que nous approchons de la perfection. Mais si tel n’est pas le cas, si ces signes n’app a raissent pas, alors il faut savoir que le c œur est blindé. En effet, si nous gardons un c œur de pierre ou d’acier, nous ne parviendrons pas à le faire fondre. Aussi devons-nous nous appliquer à bien suivre le processus de manière à pouvoir faire fondre le c œur, à réaliser la transfiguration du c œur, pour ainsi atteindre la perfection. Telle est la Conscience de Krishna.

Par offense, on entend tout acte mental, verbal ou physique qui, selon les Ecritures, entrave le progrès spirituel du bhakta. Nous nous contenterons d’en donner ici les dix plus importantes:

1) Injurier, critiquer ou jalouser un bhakta, une personne qui se consacre à la propagation du chant des Saints Noms du Seigneur.

2) Séparer la Personne Suprême de Son Saint Nom , de Sa Forme, de Ses Attributs et de Ses Divertissements, en les considérant comme matériels. Ne pas reconnaître la Personne Suprême, Srî Krishna, comme la Vérité Absolue, mettre Krishna et les deva sur un pied d’égalité, ou encore croire en l’existence de plusieurs Dieux.

3) Considérer le maître spirituel comme un homme ordinaire, vouloir se mettre à sa place, ou négliger ses instructions.

4) Critiquer ou minimiser les Ecritures Védiques.

5) Juger les gloires du mahâ-mantra comme exagérées ou le prendre pour une invention. Interpréter ou salir les Saints Noms du Seigneur.

6) Accomplir sciemment des actes coupables en comptant sur le chant du mahâ-mantra pour en annuler les conséquences.

7) Considérer que les rites, les austérités, le renoncement et les sacrifices portent les même fruits que le chant du mahâ-mantra.

8) Parler des gloires du mahâ-mantra aux incroyants et aux ignorants qui refusent de le chanter.

9) Etre Inattentif pendant le chant du mahâ-mantra.

10) Demeurer attaché à la vie matérielle ou se désintéresser du mahâ-mantra même après avoir entendu ses gloires et compris les enseignements du maître spirituel.

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Le péché, concept dépassé ?

La destination des pécheurs,

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Penser que nous pouvons agir dans ce monde comme il nous plaît est une fantasmagorie.

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« Il existe en ce monde des pillards professionnels qui incendient les demeu­res et empoisonnent les gens. Il arrive également que des membres du gou­vernement ou de la royauté pillent les marchands, que ce soit en les contrai­gnant à payer de lourds impôts ou par d’autres moyens. Après leur mort, ces êtres démoniaques sont envoyés dans l’enfer du nom de Sàrameyâdana, où sept cent vingt chiens possédant des crocs aussi puissants que la foudre et obéissant aux ordres des serviteurs de Yamaràja se jettent voracement sur ces pécheurs. »

Sa Divine Grâce A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet:

Le douzième Chant du Srimad-Bhàgavatam révèle que dans l’âge de Kali. tout le monde sera profondément touché par trois problèmes: le manque de pluie, la famine et les lourds impôts décrétés par les gouvernements. Les êtres humains se livrant de plus en plus au péché, les pluies viendront en effet à manquer, de telle sorte qu’il y aura naturellement une pénurie de céréales. Sous prétexte de soulager les souffrances entraînées par la famine qui s’ensuivra, les gouvernements imposeront de lourdes taxes, particulièrement aux riches représentants de la communauté des marchands. Dans notre verset, les membres de ces gouvernements sont qualifiés de voleurs (dasyu), car leur principale activité consistera à dépouiller les gens de leurs richesses. Qu’il s’agisse d’un voleur de grand chemin ou d’un escroc faisant partie du gouvernement, les coupables seront punis au cours de leur prochaine vie dans l’enfer du nom de Sarameyadana, où ils connaîtront d’atroces souffrances causées par les morsures de chiens féroces.

« Celui qui, au cours de cette vie, se rend coupable de faux témoignages ou de mensonges en faisant la charité ou du commerce, sera sévèrement châtié après la mort par les serviteurs de Yamaraja. On l’amènera en effet au som­met d’une montagne haute de treize cents kilomètres, d’où on le jettera la tête la première dans l’enfer du nom d‘Avicimat, fait de pierres dures ayant l’apparence de vagues. Cependant, il n’y a pas d’eau dans cet enfer, d’où son nom d’Avicimat; de plus, on n’y trouve aucun refuge. Bien que le cou­pable y soit précipité de façon répétée depuis le sommet de la montagne et que son corps soit à chaque fois réduit en fragments minuscules, il ne meurt pas, et son châtiment se poursuit sans répit. »

« 0 roi, celui qui, sans être dans le besoin absolu, vole un brahmana —ou, en fait, qui que ce soit—, en s’emparant de ses bijoux et de son or, doit se rendre dans l’enfer connu sous le nom de SandaiMa, où il est dépecé au moyen de tenailles et de boules de fer chauffées au rouge. Son corps tout entier se trouve ainsi découpé en morceaux. »

Sa Divine Grâce A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet:

En général, un homme ne doit pas avoir de rapports sexuels avec une femme autre que la sienne. Selon les principes védiques, la femme d’un autre homme est considérée comme une mère, et il est strictement interdit d’avoir des rapports sexuels avec sa mère, sa soeur ou sa fille. Or, si l’on a des rap­ports sexuels illicites avec la femme d’un autre homme, c’est comme si l’on en avait avec sa propre mère, et un acte de ce genre est répréhensible au plus haut point. Notons également que le même principe s’applique à la femme: si elle a des relations sexuelles avec un homme autre que son mari, c’est comme si elle en avait avec son père ou avec son fils. Les activités sexuelles illicites sont toujours condamnées, et tout homme ou femme qui s’y livre se voit puni de la manière qu’indique notre verset.

« Un homme ou une femme qui a des rapports sexuels coupables avec une personne du sexe opposé sera puni après sa mort par les serviteurs de Yamaràja dans l’enfer du nom deTaptasurmi, où hommes et femmes sons battus à coups de fouet. On les force alors à étreindre l’un une forme fémi­nine, l’autre une forme mâle, faites de métal chauffé au rouge. Tel est le cha­timent infligé pour les activités sexuelles illicites. »

« Celui qui se livre aux plaisirs de la chair sans discrimination aucune —voir avec les animaux— est emmené après sa mort dans l’enfer du nom de Vajrakantaka-sâlmali. Là pousse un cotonnier garni d’épines aussi puissan­tes que la foudre; les serviteurs de Yamarâja y pendent le coupable, puis le tirent de force vers le sol de manière à ce que les épines lui déchirent complè­tement le corps. »

Sa Divine Grâce A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet:

L’impulsion sexuelle est si forte qu’il arrive qu’un homme s’unisse à une vache, ou une femme à un chien. Ces hommes et ces femmes sont envoyés dans l’enfer du nom de Vajrakantaka-sàlmali. Le Mouvement pour la Cons­cience de Krishna interdit toute activité sexuelle illicite à ses membres. Les descriptions des versets qui nous occupent nous permettent de comprendre à quel point les activités sexuelles illicites sont pécheresses. Certains refusent de croire en ces descriptions de l’enfer, mais qu’on y croit ou non, tout doit se dérouler suivant les lois de la nature, auxquelles personne ne peut échapper.

« L’homme fier de ses richesses en ce monde ou dans cette vie songe cons­tamment: « Je suis si riche; qui pourrait m’égaler ? » Sa vision en est déformée, et il craint toujours qu’on s’empare de son bien; en vérité, il suspecte même ses supérieurs. Son visage et son cœur se dessèchent à la pensée de perdre ses richesses, à tel point qu’il a toujours l’air d’un fantôme misérable. Il n’a aucun moyen de trouver le véritable bonheur, et ignore totalement ce que c’est que d’être dénué d’angoisse. A cause des péchés qu’il commet pour gagner de l’argent, accroître ses gains et les protéger, il doit aller dans l’enfer du nom de Sûcimukha,où les serviteurs de Yamaràja le châtieront en cousant des fils à travers tout son corps, à la façon de tisserands fabriquant une toile. »

Sa Divine Grâce A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet:

Dès qu’une personne possède plus de richesses que nécessaire, elle devient à coup sûr très fière. Telle est la situation des hommes de la civilisation moderne. Selon la culture védique, les brahmanas ne doivent rien posséder, tandis que les ksatriyas possèdent, eux, des richesses, mais à seule fin d’accomplir des sacrifices et de se livrer à d’autres activités nobles prescrites par les Vedas. Le vaisya gagne également de l’argent par des voies honnêtes —au moyen de l’agriculture, de la protection de la vache et du commerce.Cependant, si un sùdra touche de l’argent, il le dépensera à tort et à travers, sans discernement aucun, ou alors il l’accumulera simplement, sans l’utiliser. Du fait qu’il ne se trouve dans cet âge aucun brahmana, ksatriya ou vaisya dignes de ce nom, presque tous les hommes comptent parmi les sudras (kalau sudra-sambhavah). C’est ainsi que la mentalité sudra nuit considérablement à la civilisation moderne. En effet, le sudra ne sait pas comment utiliser l’argent pour le service d’amour transcendantal du Seigneur. On appelle aussi l’argent laksmi, et Laksmi demeure toujours au service de Narayana. En conséquence, l’argent, en toute circonstance, doit être utilisé pour servir Nàràyana. Chacun devrait utiliser son argent pour contribuer à l’expansion de ce grand Mouvement transcendantal pour la Conscience de Krishna. Si l’on ne dépense pas son argent de cette façon et si on en accumule plus qu’il n’est nécessaire, on s’enorgueillira à coup sûr de ses possessions illégales car, en fait, l’argent appartient à Krishna; le Seigneur déclare en effet dans la Bhagavad-gità (V.29): bhoktararh yajna-tapasàrh sarva-loka-mahesvaram — »Je suis le véritable bénéficiaire de tous les sacrifices et de toutes les austé­rités, le maître et possesseur de tous les astres. » Par suite, rien n’appartient à personne, si ce n’est à Krishna, et celui qui détient plus d’argent qu’il n’en a besoin doit le dépenser pour Krishna. S’il n’agit pas ainsi, il s’enorgueillira de ce qu’il croit lui appartenir, et devra être châtié lors de sa prochaine vie, ainsi que l’explique ce verset.

« 0 roi, celui qui dérobe la femme légitime, les enfants ou l’argent d’un autre se voit, à l’heure de sa mort, arrêté par les redoutables Yamadùtas, qui l’attachent avec la corde du temps et le jettent de force sur la planète infer­nale du nom de Tâmisra. Sur cette obscure planète, le pécheur est châtié par les Yamadùtas, qui le battent, en vociférant contre lui; de plus, il est privé d’eau et de nourriture. Ainsi, les serviteurs courroucés de Yamariija lui infli­gent de rudes souffrances, à tel point qu’il en perd parfois conscience. »

« La destination de celui qui trompe sournoisement autrui pour s’accaparer son épouse et ses enfants est appelée Andhatàmisra. Là, sa condition ressem­ble en tous points à celle d’un arbre coupé à la racine. Avant même d’attein­dre Andhatamisra, le coupable se trouve exposé à diverses souffrances extrê­mes, à tel point qu’il en perd l’intelligence et la vue. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les sages érudits nomment cet enfer Andhatamisra. »

« Celui qui considère son corps comme son être propre travaille comme un forcené afin de gagner de l’argent pour l’entretenir, ainsi que ceux de sa femme et de ses enfants; ce faisant, il se peut qu’il fasse violence à d’autres ëtres. Il est cependant contraint de quitter son corps et sa famille à l’heure de  sa mort et se voit alors jeté dans l’enfer appelé Raurava où il doit payer pour les souffrances qu’il a infligées à d’autres créatures. »

Sa Divine Grâce A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet:

Le Srimad Bhagavatam enseigne : »L’homme qui considère cette enveloppe charnelle remplie de trois éléments (la bile, le mucus et l’air) comme son être propre, qui se complaît dans l’inti­mité du foyer auprès de sa femme et de ses enfants, qui fait de sa terre natale un objet de culte, et qui ne se rend aux lieux saints que pour s’y baigner plu­tôt que pour aller trouver ceux qui possèdent le savoir véritable, celui-là ne vaut pas mieux qu’un âne ou une vache. » Il existe deux sortes d’hommes immergés dans une conception matérielle de l’existence. Sous l’emprise de l’ignorance, l’homme appartenant au premier groupe s’identifie à son corps, et de ce fait, ne vaut assurément guère mieux qu’un animal (sa eva go­kharah); quant à l’homme du second groupe, non seulement il croit être le corps de matière, mais il se livre en outre à toutes sortes d’actes coupables en vue de l’entretenir. Il trompe tout le monde en vue d’acquérir de l’argent pour sa famille et pour lui-même, et sans raison se montre malveillant à l’égard d’autrui —ce qui lui vaudra d’être jeté dans l’enfer appelé Raurava. Celui qui simplement considère son corps comme son être propre à l’instar des animaux, n’est pas très coupable. Cependant, si quelqu’un commet inu­tilement des actes répréhensibles en vue d’entretenir son corps, il sera expédié à Raurava. Telle est l’opinion de Srila Visvanatha Cakravarti Thakura. Bien qu’indubitablement les animaux vivent dans une conception corporelle de l’existence, ils ne commettent aucune faute pour subvenir aux besoins de leur corps, de leur femelle ou de leurs petits; aussi n’ont-ils pas à aller en enfer. Toutefois, lorsqu’un être humain agit de façon mauvaise et malhonnête à l’égard d’autrui pour les besoins de son corps, il doit endurer des conditions de vie infernales.

« Le royaume de Yamaràja compte des centaines et des milliers de planètes infernales, et tous les êtres impies que j’ai mentionnés, de même que ceux dont j’ai omis de parler, rejoignent tous, l’une ou l’autre de ces planètes selon leur degré d’impiété. A l’opposé, les êtres vertueux atteignent d’autres systè­mes planétaires —ceux où vivent les devas. Néanmoins, ô roi, qu’ils soient pieux ou impies, tous sont ramenés sur terre une fois que les fruits de leurs actes vertueux ou pécheurs sont consommés. »

Sa Divine Grâce A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet:

Ce verset correspond aux premières instructions données par Krishna dans la Bhagavad-gita: tatha dehantara-praptih —dans cet univers matériel, cha­cun passe simplement d’un corps à un autre sur différents systèmes planétai­res. Urdhvam gacchanti satva-stha: ceux que gouverne la vertu sont élevés jusqu’aux planètes édéniques. Adho gacchanti tamasah: ceux qui baignent profondément dans l’ignorance se retrouvent sur les planètes infernales. Les uns comme les autres, cependant, sont sujets à la répétition des naissances et des morts. La Bhagavad-gita stipule d’ailleurs que même les plus vertueux reviennent sur terre une fois terminée leur période de jouissance dans les systèmes planétaires supérieurs(ksine punye martya-lokam visanti). En con­séquence, se rendre d’une planète à une autre ne résout pas les problèmes de l’existence. Ceux-ci ne seront résolus que lorsque nous n’aurons plus à revê­tir un corps matériel, ce qui n’est possible qu’en devenant conscient de Krishna. Toujours dans la Bhagavad-gita (IV.9) Krishna déclare à ce propos:

janma karma ça me divyam
evam yo vetti lattvatah

tyaktva deham punar Jamna
naiti mam eti so ‘rjuna

« Celui, ô Arjuna, qui connaît l’absolu de Mon Avènement et de Mes Actes n’aura plus à renaître dans l’univers matériel; quittant son corps, il entre dans Mon royaume éternel ». Voilà la perfection de l’existence et la solution réelle à tous les problèmes. Nous ne devrions pas aspirer à atteindre les systèmes planétaires supérieurs édéniques, et nous ne devrions pas non plus agir de manière à être entraînés vers les planètes infernales. Toute la raison d’être de l’univers matériel est de nous amener à retrouver notre identité spirituelle et de nous permettre de retourner à Dieu, dans notre demeure originelle. La méthode très simple qui permet d’y parvenir est prescrite par le Seigneur Lui-même: sarva-dharman parityajya mam ekam saranam vraja. Il ne faut être ni pieux ni impie; il faut devenir un bhakta, et s’abandonner aux pieds pareils-au-lotus de Krishna. Cet abandon est également très aisé, et même un enfant en est capable. Man-mana bhava mad-bhakto mad-yaji math namas­kuru: il suffit de penser à Krishna en chantant ou en récitant:

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare

Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare

Il faut devenir un dévot de Krishna, L’adorer et Lui rendre notre hommage. C’est ainsi que tous nos actes doivent être dédiés au service de Krishna.

« Le roi injuste ou le représentant du gouvernement qui punit un innocent ou qui inflige un châtiment corporel à un brahmana se voit, une fois mort, emmené par les Yamadûtas dans l’enfer du nom de Sukharamukha, où les très puissants serviteurs de Yamarâja l’écrasent entre des meules comme on le fait de la canne à sucre pour en extraire le jus. Le coupable crie pitoyable­ment et perd conscience, tout comme un innocent subissant un châtiment.Voilà ce qu’il en coûte de punir un être non coupable. »

Tous ces versets  16 / 19 / 20 / 21 / 23 / 27 / 28 / 36 / 37 / etc…Ainsi que leurs explications sont tirées du Srimad-Bhagavatam 5ème Chant / Chapitre 26.

Note : Nous avons souvent des contacts sur certains forums et nous nous étonnons de l’ignorance de l’homme dans cet âge appelé Kali yuga, ou âge de fer, ou encore âge de fer et d’hypocrisie. Mais en lisant le Srimad-Bhagavatam, la Bhagavad-Gita, nous nous apercevons que l’être humain, dans ces temps sombres, est très infortuné. Il est dit dans l’un de ces écrits :

« Dans cet âge de fer, âge de Kali, ô docte sage, les hommes ne vivent que peu d’années, ils sont belliqueux, indolents, égarés, infortunés et, par-dessus tout, constamment troublés. » ( Srimad-Bhagavatam /1/1/10)

Sa divine Grâce A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada dit à ce sujet :

Les dévots du Seigneur aspirent sans cesse au progrès spirituel de l’huma- nité tout entière. Lorsque les sages de Naimisâranya étudièrent la condition de l’homme en cet âge de Kali, ils découvrirent entre autres que la durée de sa vie serait courte. Si le temps de l’existence est tellement réduit dans cet âge, ce n’est pas tant dû à un manque de nourriture qu’à des habitudes de vie irrégulières, car des habitudes régulières et une nourriture saine maintiennent aisément l’homme en bonne santé. Trop manger, trop rechercher le plaisir des sens, trop dépendre de la bienveillance d’autrui, tous ces excès, alliés à un cadre de vie purement artificiel, vident l’homme de toutes ses énergies, d’où l’amoindrissement de sa durée d’existence.

Les hommes de cet âge font également preuve d’une grande indolence, non seulement sur le plan matériel mais aussi face à la réalisation spirituelle. Or, la vie humaine est particulièrement destinée à la réalisation spirituelle: l’homme doit pouvoir découvrir au cours de son existence sa propre nature comme celle du monde qui l’entoure et de la Vérité Absolue. La naissance humaine offre le moyen de mettre un terme à tous les déboires et souffrances nés, dans l’univers matériel, de la lutte pour la vie, et de retourner auprès de Dieu, en sa demeure éternelle. Mais parce qu’ils reçoivent une éducation malsaine, les hommes n’éprouvent plus aucun intérêt pour la réalisation spirituelle. Et même s’ils viennent dans ses.parages, ils tombent alors le plus souvent victimes de maîtres dévoyés. . ! Dans cet âge encore, les hommes sont confrontés à nombre de credos politiques divergents, et aussi à une infinité de divertissements incitant au plaisir sensuel, comme le cinéma, les sports, le jeu, les boîtes de nuits, les boutiques de livres matérialistes, la mauvaise compagnie, fumer, boire, tricher, chaparder, se quereller… Toutes choses dont ils deviennent les victimes et qui rendent leur mental constamment troublé et rempli d’angoisse.

Toujours dans cet âge, des êtres sans scrupule concoctent leur propre reli- gion, leur propre voie de salut, sans tenir compte des Ecritures révélées; et il n’est pas rare que des hommes attachés au plaisir de leurs sens se laissent attirer par leur propagande. En conséquence, bon nombre d’actions impies s’accomplissent au nom de la religion, qui empêchent les hommes de trouver la paix du mental comme la santé du corps. Le brahmacarya n’existe plus, la vie étudiante est tout à fait dégradée, les chefs de famille ne suivent plus les normes du grhastha-âsrama: Et les prétendus vânaprasthas ou sannyâsis que deviennent parfois ces « grihasthas » se laissent facilement dévier du droit chemin. L’âge de Kali est aussi caractérisé par l’absence de foi qui y règne. Les hommes n’y portent plus d’intérêt aux Valeurs spirituelles; la civilisation entière y repose sur la satisfaction des sens. Et pour maintenir cette civilisation matérialiste, les nations ont créé des systèmes fort  complexes, causes de luttes constantes, où s’enchaînent guerres chaudes et froides. Les valeurs se sont tellement dégradées qu’il est devenu extrêmement difficile de raviver la conscience spirituelle des hommes. Mais les sages de Naimisâranya ont grand désir de désembourber toutes les âmes déchues; c’est pourquoi ils s’enquièrent ici du remède à tous les maux de l’âge noir auprès de Srila Sûta Gosvâmi.

Sa Divine Grâce A.C Bhaktivedanta Swami Prabupada s’exprime sur ce sujet.